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Le journal d'un esprit libre

Je tape la manche - Jean-Marie Roughol & Jean-Louis Debré.

 

 

"Très souvent, quand je m'approche de certaines personnes, elles sortent leur portable pour faire croire qu'elles sont occupées, et dès qu'elles m'ont dépassé elles le remettent dans leur poche. [...]. C'est un coup classique."

 

 

 

Voilà déjà quelques années que je suis préoccupé par le sort des SDF et je n’hésite pas à aider dès que je le peux, en plus de faire une action chaque année en période de fête (voir cet article : Sans abris = sans Noël?)

Trouver un livre de style « biographique » sur la vie d’un SDF quelconque est une chose rare. Et surtout écrit par un politicien, Jean-Louis Debré (Président du Conseil constitutionnel, ancien Président de l’Assemblée nationale, ancien ministre de l’Intérieur…). Voilà de quoi réchauffer les cœurs. Les hautes instances s’intéressent aussi au sort des classes les plus démunies.

 

« Je tape la manche » est un récit écrit par Jean-Marie Roughol, homme approchant de la cinquantaine et qui a passé plus de vingt ans dans la rue. De son enfance à aujourd’hui, il nous raconte comment il s’est retrouvé sur le trottoir à « taper la manche » parmi l’insécurité, la misère, le froid et les autres dangers du monde de la rue.

 

Après une préface de Jean-Louis Debré qui nous explique qu’il a rencontré à plusieurs reprises Jean-Marie devant le drugstore des Champs-Elysées, il lui propose d’écrire sa vie et d’expliquer la raison pour laquelle il s’est retrouvé dans la rue.

Une fois le récit terminé, Jean-Louis l’a lu, transcrit, apporter quelques modifications et corrections. Durant des mois, ils ont travaillé ensemble et Jean-Marie a finalement été invité au Palais Royal pour des séances d’écritures (imaginez le choc pour lui !). Belle initiative du Président du Conseil constitutionnel !

 

 

Puis commence le récit.

Jean-Marie nous raconte son enfance et les vagues souvenirs de sa mère qui s’absentait souvent, l’habillait en fille et qui finalement a disparu.

Il fut placé dans une famille dans le sud de la France et alors que tout avait bien commencé, sa nourrice se révéla être une personne sadique, le punissant sans raison et qui devenait gentille seulement quand une inspectrice annonçait sa venue.

Finalement, il retrouva son père qui de par son alcoolisme et ses changements d’humeur entraina à plusieurs reprises la fugue de Jean-Marie.

Il nous raconte les conneries faites avec ses copains de jeunesses, son premier boulot dans une crêperie à Pigalle et de son patron qui avait décidé de le prendre sous son aile et de le loger. Puis arriva une fille dans sa vie et il plaqua tout. Malheureusement, ça ne durera pas et quelque temps après, le voilà de nouveau dans la rue.

 

Squat, métro, parcs, hôtels miteux… nombreux sont les endroits où Jean-Marie a dormi. Si ce n’étaient pas les junkies camés et totalement hors d’eux qui représentaient un danger, c’étaient alors les gens qui l’agressaient sans raison et lui volaient ses affaires. De rue en rue, quartier par quartier, Jean-Marie doit trouver le bon endroit pour taper la manche et espérer récolter quelques pièces afin de se payer une chambre d’hôtel pour pouvoir dormir sous un toit et dans un lit.

Mais la rue est difficile. Il faut savoir se défendre pour garder sa place, savoir éviter les flics pourris qui ne cherchent parfois qu’à le faire dégager sans raison, savoir rester calme et fort devant les injures portées à son égard.

Parmi tous ces déboires, il rencontre aussi des âmes charitables. Grâce à Robert Hossein, il fait de la figuration dans le spectacle Ben-Hur, il rencontre d’autres stars plus ou moins généreuses (mention spéciale à Mélenchon qui je cite « Toujours très distant, méprisant à notre égard, jamais une petite pièce.)

 

Il nous raconte ses rencontres, ses amitiés, ses copains. Certains disparaissent, d’autres meurent. Ses amours, ses enfants. Il nous explique comment l’arrivée des Roms a changé bien des choses. Leurs façons d’agir, leurs façons de voler, d’arnaquer. Les faux malades et mutilés.

Il nous explique que finalement, la rue est en lui et lui-même fait partie de la rue. Il a réussi à se trouver un toit pour sa compagne et lui, et arrive à rapporter assez d'argent à la fin du mois pour survivre (faisant la manche quinze heures par jour). Mais l’angoisse du lendemain est sans cesse présente et nul ne sait ce qu’il pourra devenir dans le futur.

 

***

 

Le livre fait moins de 200 pages et se lit très vite. La lecture est simple ainsi que la compréhension. Nous ne sommes pas dans la grande littérature et c’est cet aspect-là qui m’a beaucoup plu. Le texte parle de la rue, de la violence omniprésente, du mal-être que cela peut représenter, physiquement et psychologiquement. Alors, à quoi bon vouloir transformer cette brutalité en poésie ? Jean-Louis Debré n’a que retranscrit et corrigé le texte de base afin que la lecture soit homogène, mais les mots sont de Jean-Marie (qui avant de donner son récit s’excuse plusieurs fois pour le nombre de fautes d’orthographe). Nous sommes dans le vif du sujet et nous avalons les pages une par une comme un enfant écouterait avec grande attention une histoire avant de dormir.

Sauf que cette histoire n’est pas drôle. Cette histoire-là est facile à trouver. Il suffit de regarder autour de vous dans les villes, il suffit de croiser le regard de ces hommes et femmes qui, pour survivre, osent ouvertement vous demander de l’aide. Ces personnes pour qui le luxe représente une douche chaude et un lit. Ces personnes qui se font agresser sans aucune raison. Ces personnes qui jour après jour subissent des injures ; je cite « une grosse merde qui traîne sur le trottoir », « t’as qu’à travailler comme tout le monde », « tu salis le trottoir, j’habite ici et je n’aime pas les pauvres »… et bien d’autres.

 

La pauvreté est un fléau. Le problème est réel et personne n’est épargné. Après avoir lu ce livre, je suis encore plus touché et préoccupé par le souci des sans-abris. C’est un récit qui vous ouvre les yeux, un récit qui change de bien d'autres biographies nous racontant comment untel est devenu si riche. Ici, la seule richesse que possède Jean-Marie et ses copains sont leur humanisme envers eux-mêmes. Même dans la détresse la plus totale, ils sont prêts à aider et à donner.

 

Je vous conseille ce livre.

Pour vous, pour eux, pour Jean-Marie et son courage.

 

***

 

J’ai pu contacter Jean-Marie sur internet et c’est avec grand plaisir que j’ai appris qu’il vivait mieux maintenant. Je lui souhaite une bonne continuation et espère que toutes ces galères ne seront bientôt plus qu’un vague souvenir.

 

  

 

 "J'aurais aimé avoir un père comme Robert Hossein. Je serais peut-être devenu archéologue, j'ai toujours été passionné par les dinosaures, les Mayas, les Aztèques, les pyramides d'Egypte. Hélas, ça n'a pas été le cas. A la place, j'ai eu droit à une mère absente, un père alcoolique et une nourrice sadique."

 

 

 

 

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