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Le journal d'un esprit libre

Raconte-moi une histoire...

Raconte-moi une histoire...

 

Présentation

 

  Voici une nouvelle quelque peu étrange. L'idée m'est venue après avoir vu une image circulant sur les réseaux sociaux. Je n'en dirai pas plus pour le moment afin de ne rien dévoiler. Pour la première fois de ma vie, je me suis senti mal à l'aise en l'écrivant. J'espère que l'effet sera le même lors de votre lecture.

 

Conseils :

  La lecture prend environ dix minutes. Lisez-la d'un seul coup, sans pause, s'en prendre le temps de réfléchir. Avalez-la comme un fait divers sur un journal, comme une mauvaise nouvelle que l'on vous raconterait.



La version en PDF est téléchargeable ci-dessous :

Bonne lecture.

 

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 Raconte-moi une histoire...

 

  Sous la lumière rassurante de la veilleuse, la petite fille venait juste de rentrer dans son lit, faisant tomber par mégarde l’une des peluches au sol. Elle n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit que son père l’avait déjà prise en main et la plaçait délicatement près des épaules de son adorable enfant. Après l’avoir bordé jusqu’au menton, il lui caressa les cheveux, faufilant ses doigts dans ses bouclettes blondes, ce qui avait tendance à apaiser la fillette.
 
Il n’était pas encore l’heure de dormir, et ça, elle le savait très bien. Elle sortit ses deux bras de dessous la couverture et les posa le long de son corps. Tout en fixant son père, elle lui demanda :
  — Papa, tu peux me raconter une histoire s’il te plait ?
  L’homme ne fut pas surpris. Comme chaque dimanche soir, il prenait le temps d’endormir sa fille en lui contant une histoire et, il l’observait s’évader au pays des songes, un sourire aux lèvres.
  — Bien sûr ma chérie. Aujourd’hui, je vais te raconter une véritable histoire. Une histoire qui en plus d’être vraie, arrive très souvent et partout dans le monde. Es-tu prête ? lui demanda-t-il tout en la chatouillant sous les bras.
  La fillette se mit à rire et hocha la tête en signe d’acquiescement. Alors le père se redressa quelque peu et s’humecta les lèvres avant de prendre la parole.
  Le calme avait inondé la pièce et la veilleuse continuait de dessiner sur le mur son aura bienveillante.

 

***

 

  Il était une fois, une belle petite famille qui vivait heureuse dans leur maison, loin du vacarme de la ville et du stress de ses habitants. Dans leur campagne, ils avaient tout pour être radieux : une belle forêt entourait leur bâtisse, des champs dans lesquels les enfants pouvaient courir et s’amuser à cœur joie, un potager qui leur offrait des fruits et légumes toute l’année et à quelques centaines de mètres, un point d’eau qui par temps chaud servait de véritable oasis.
  Ils étaient en bonne santé et jour après jour, leur joie de vivre emplissait d’amour leur demeure qui aurait pu être la parfaite définition du mot bonheur.

  Un jour d’automne, alors que les feuilles mortes tapissaient le sol d’une couverture orange sous l’épais manteau nuageux qui camouflait le ciel, un bruit étrange survint depuis le sud de la forêt. La mère de famille, Catherine, qui venait de mettre au monde son nouvel enfant, regarda par la fenêtre de son salon. Dans ses bras se trouvait le nouveau-né, Théo, qui bien trop petit pour comprendre quoi que ce soit, se contentait de téter sa mère.
  Sa grande sœur Marie et son grand frère Sylvain étaient dehors en train de s’amuser. Paul, le père, était dans le potager. Les premières chutes de température n’allaient pas tarder à tomber, il fallait préparer les prochaines récoltes et commencer à protéger les jeunes pousses.

  Un bruit sourd retentit de nouveau. Quelques corbeaux qui logeaient dans les arbres s’envolèrent, croassant à tue-tête en signe de complaintes.
  Puis un troisième coup, bien plus fort cette fois-ci. Au loin, deux silhouettes gesticulaient en direction de la maison. Il s’agissait de Sylvain et Marie qui courraient à toute allure pour rejoindre leur demeure.
  Depuis le salon, Catherine eut du mal à les apercevoir. Quand elle finit enfin par les reconnaitre, elle remarqua que quelque chose venait de sortir du sous-bois et filait à grande vitesse vers eux. La chose ressemblait à un véhicule, un peu comme ceux que l’on peut croiser en ville. Mais il était bien plus gros, bien plus long aussi. Elle voulut ouvrir la fenêtre pour hurler à son mari d’aller les aider, mais à peine sa main fut posée sur la poignée qu’elle lâcha un cri d’effroi.
  Le véhicule venait de rouler sur les enfants. Elle en vit un s’envoler dans les airs telle une poupée de chiffon et l’autre passa sous les roues, laissant sur le sol qu’une longue trainée rouge.
  Quand elle se rendit compte qu’un filet de bave coulait lentement depuis sa bouche ouverte, le véhicule était déjà devant la porte d'entrée. Sur le parechoc, une bouillie rose commençait à sécher.
  Alors Catherine recula de quelques pas et, manquant de faire tomber Théo sur le sol, se mit à courir dans la maison. Elle accourut dans la véranda qui donnait sur le potager et s’apprêta à sortir quand elle remarqua trois êtres difformes qui tenaient dans leur bras son mari.
  À la vue des ces monstruosités, elle fit deux pas en arrière et renversa un pot de fleurs qui se brisa sur le sol dans un fracas assourdissant.

   C’est alors qu’ils retournèrent et la fixèrent.
  Eux.
  Ceux qui venaient de tuer ses enfants pour leur plus grand plaisir.
  Ceux qui venaient de s’immiscer dans sa vie. Dans cette vie qui quelques minutes auparavant n’était que tout ce qu’une famille pouvait espérer.

 

  Ils s’approchèrent de Catherine. Leurs yeux hideux la dévisagèrent. Une fumée chaude s’échappait depuis leurs nez plats et humides et, d’un air malsain et pervers, ils sourirent à tour de rôle. À leurs pieds se trouvait Paul, inconscient, le visage ensanglanté.
  Personne ne put entendre les hurlements de Catherine. Et puis, même si ses cris avaient été perçus, est-ce que quelqu’un aurait fait quelque chose pour lui venir en aide ? Tout le monde était au courant de genre de pratique, pourtant, dans ce monde-là, personne n’osait en parler. Alors, agir contre ça, cela relevait de l’utopie !

  L’un des trois monstres avait arraché Théo des bras de sa mère. Et devant ses yeux noyés de désespoir, il lui fracassa le crâne avec un marteau. L’enfant qui avait vu le jour quelques semaines auparavant n’était plus qu’un corps inerte et sans valeur. Sa mère, sous des pleurs hystériques et incontrôlés essaya de se libérer de l’étreinte de son agresseur qui la tenait fermement. Mais ces choses étaient bien trop fortes, bien trop puissantes. Même si elle parvenait à s’en échapper, il en restait encore deux autres tout aussi costauds à semer.
  L’assassin de son bébé allongea le corps du défunt nouveau-né sur une table et empoigna un couteau qui trainait là. À ce moment-là, Catherine ferma les yeux. Elle sentit son esprit partir. Un voile noir recouvrit ses sens et lorsqu’elle crut s’évanouir, quelque chose l’agrippa par les cheveux. Elle chuta en arrière, trainée par la créature qui l’emmena de l’autre côté de la cuisine. D’un geste rapide et brutal, la chose arracha le pull de la jeune femme, dévoilant au grand jour sa poitrine. Il saisit l’un de ses seins et pressa dessus de toutes ses forces. Un liquide blanc en jaillit et se déversa dans une casserole placée préalablement sur le sol. Le lait maternel s’écoula lentement. Trop lentement pour ce monstre qui, impatient, resserra la prise avec plus de fermeté. La douleur tétanisa la jeune femme qui malgré ses coups de poing et autres tentatives de défense ne put se délivrer de ce calvaire.
  C’est seulement après avoir essayé de récolter un maximum de lait que le monstre relâcha Catherine qui s’écroula au sol, ses deux mains posées en croix sur sa poitrine violacée. Dans une peur incommensurable, elle fouilla la pièce du regard. Son mari était allongé en position fœtus et recevait des coups de pieds de la part de l’une de ces choses qui s’esclaffait à chaque cri de douleur que poussait le pauvre homme.  À côté se trouvait le meurtrier de son bébé. Il était debout et avec le plus grand soin, coupait en petits morceaux le corps de Théo qui à présent n’était plus qu’un tas de chair sanguinolent. Celui qui venait de lui prélever son lait maternel s’avança jusqu’aux plaques de cuisson et plaça la casserole au-dessus des flammes bleutées qui dans quelques minutes feront bouillir ce précieux liquide qui jadis, assurait la croissance de son enfant.

  Son mari était de nouveau inconscient. Sa tête ressemblait à un ballon de rugby. L’une des créatures se mit alors à hurler dans une langue incompréhensible. Elle semblait engueuler celle qui venait de battre Paul par pur sadisme. Les deux monstres crièrent tout en fixant l’homme qui gisait dans son sang. Puis l’un d’eux regarda Catherine et d’un mouvement lent du bassin, il mima une copulation. L’autre comprit et s’avança en direction de la casserole sur le feu. Il regarda le lait, puis posa son regard sur Paul et enfin sur la jeune femme. Il se mit à sourire et s’avança vers une chaise avant de s’asseoir dessus. Sans rien dire, il resta les yeux rivés sur la pauvre martyre qui s’était accroupie dans l’un des recoins de la cuisine. 

Une heure passa.
La jeune femme s’était endormie. Épuisée et abattue, elle s’était écroulée sur le sol. Quand elle ouvrit les yeux de nouveau, elle vit les trois créatures attablées. Ils mangeaient avec appétit et parlaient leur langue venue d’un autre monde.
  Une odeur agréable flottait dans l’air. Une odeur qui ne lui était pas inconnue. Elle se releva avec difficulté et marcha lentement jusqu’à la table. Son mari était toujours sur le sol, mais ses yeux étaient grand ouverts et vitreux. Elle ne chercha pas à savoir s’il était mort ou pas.
  Une fois à proximité des trois monstruosités, elle posa son regard sur le contenu de leurs assiettes. Dans une sauce blanche sur laquelle flottaient quelques champignons et légumes se trouvait un morceau de viande, tendre et juteux.
  Une viande qu’elle connaissait bien.
  Une viande qu’elle avait portée en elle.
  Une viande qu’elle aurait aimé voir grandir, voir vivre.
  Une viande qui était son fils.
  Et elle s’écroula de nouveau sur le sol. 

 

***

 

 

  — Et voilà ma chérie, dit le père à sa jeune fille.
  La lumière de la veilleuse paraissait soudainement plus fade et plus morose. Le silence était pesant et quelques grincements provenant du placard rajoutaient une couche d’angoisse à cette ambiance cauchemardesque.
  La fillette avait remonté sa couverture jusqu’à ses pommettes et dévisageait son père avec de grands yeux angoissés. Apeurée, elle demanda d’une voix tremblante :
  — Mais… papa… c’est… c’est terrible ! Où est-ce que ça arrive ce genre de chose ? Hein ? Papa s’il te plait réponds-moi ! Hurla-t-elle avant d’éclater en sanglots.
  Et le père, souriant et calme, reprit entre ses doigts l’une des bouclettes blondes de la chevelure de son enfant avant de lui chuchoter à l’oreille :
  — Ici même ma chérie. Cela s’appelle de la blanquette de veau et tu en as mangé ce soir. Bonne nuit.

 

 

Stéphane G.

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  Si la lecture de cette nouvelle vous a donné faim, je connais de bons psychologues qui pourront vous aider. Si au contraire, elle vous à mis mal à l'aise, alors posez-vous quelques questions.
  Des questions comme : le plaisir gustatif mérite-t-il d'affliger autant de souffrance? Que pouvons-nous faire pour limiter la casse?

Et enfin, pourquoi un père raconterait ça à une enfant? Car toute vérité, aussi affreuse qu'elle est, mérite d'être exposée. Et je suis sûr que ce détail a retenu votre attention, surtout si vous êtes parents.


  Je ne vais pas m'attarder sur le sujet, car celui-ci mériterait un article bien plus long et détaillé. Mais la réalité est choquante, la mort n'est jamais douce, même pour les animaux.


  Et pour finir, voici l'image que j'avais vu sur Facebook :

 

 

 

Bon appétit!

 

 

"Le propre d’une intelligence, c’est de pouvoir poursuivre deux raisonnements à la fois : comprendre que les choses sont désespérées et vouloir les changer quand même."

Francis Scott Fitzgerald

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