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Le journal d'un esprit libre

La ville fond - Quentin Leclerc

La ville fond - Quentin Leclerc

"Bram lisait son journal quand il s'aperçut qu'il était en retard. Bram s'aperçut de son retard après avoir consulté sa montre et non en lisant son journal. Bram avait été à ce point distrait par la lecture de son journal qu'il en avait oublié de consulter sa montre et de vérifier l'heure si bien qu'il s'était mis bêtement en retard, bêtement et absolument en retard. Bram replia à la hâte son journal, débarrassa sa vaisselle dans l'évier et s'empressa d'enfiler sa veste.
Puis il mit un temps infini à retrouver ses clés, qu'il retrouva finalement, par chance se dit-il, dans une des poches inutilisées de sa veste. II se précipita à l'extérieur et referma la porte d'entrée derrière lui avant de se diriger d'un pas rapide vers son arrêt de bus."

 

Livre acheté sur un coup de tête. Je ne connaissais pas l'auteur et n'avais jamais entendu parler de cet ouvrage. Je l'ai feuilleté dans la librairie et j'ai été stupéfait par le style d'écriture.
Sans réfléchir ni demander conseil, le voilà dans mon petit sachet et c'est le soir même que je commence la lecture.

Et quelle lecture mes amis !

Nous suivons les aventures de Bram. Homme veuf qui comme à son habitude doit quitter son petit village pour se rendre en ville afin d'y acheter des médicaments. Malheureusement pour lui, voilà que son bus habituel est en panne... A partir de là commence un enchevêtrement de situations plus étranges les unes que les autres.
Apparition d'enfants méchants, mort soudaine de la tenancière du bar, village envahi de policiers puis de villageois rebelles qui semblent sortir du siècle dernier, meurtre en tout genre, rues infestées par des centaines de porcs... Bref, tout est possible, rien de s’emboîte et nous vivons à travers un personnage totalement dépassé par la situation et qui, face à tous ces évènements reste entêté à l'idée de rejoindre la ville, quoi qu'il arrive...


"Le fermier se réveilla en sursaut car ses porcs s'étaient échappés de la porcherie. Le fermier savait que ses porcs s'étaient échappés de la porcherie car il s'était réveillé en sursaut. Le fermier ne se réveillait en sursaut que lorsque ses porcs s'échappaient de la porcherie, ce qui était déjà arrivé plusieurs fois ces derniers mois."

 

 

Avec des airs de récit post-apocalyptique, voici un livre atypique bien étrange. Rêve ou réalité? Folie due à un manque de médicament? On ne sait pas trop... bien que le dernier chapitre soit le plus clair au niveau de la narration - alors que Bram a enfin pris son médicament - rien ne permet de savoir si toute cette aventure n'était que le fruit de son imagination ou pas.
Un récit qui semble parfois n'avoir ni queue ni tête, qui peut déranger les lecteurs pas prêt à gober autant de répétitions et de situations absurdes. La seule solution qui s'offre face à cette folie littéraire est l'ouverture d'esprit et l'imagination afin d'y lire les métaphores et de les interpréter comme il le pourra. Distorsion dans l'espace et dans le temps, on peut facilement se perdre comme notre protagoniste sans trop comprendre là où on va atterrir.
Par exemple, Bram se retrouve sans cesse dans son petit village alors que quelques lignes auparavant, il tentait de fuir vers la ville (à pieds, en bus, en vélo...). Nous sommes confrontés pratiquement aux mêmes scènes - tout comme le village reste le même - mais un détail vient changer la donne - tout comme le village de Bram, qui parait si identique jusqu'à ce qu'une nouvelle situation vienne le perturber.

Je ne sais pas si l'auteur a voulu nous faire partager ses pensées philosophiques, mais certains passages sont en effet très subtils et il est facile alors de transposer le récit à un monde actuel que nous connaissons bien.
Chaque fin de paragraphes et chapitres se terminent avec l'insistance sur le fait que la ville fond. Et que plus jamais rien de sera pareil...mais pour Bram, la chose la plus importante à l'heure actuelle est d'avoir son médicament.


Un O.V.N.I de la littérature. Une quête mystérieuse et loufoque à souhaits qui nous rappellera avec aisance la structure de certains de nos rêves où tout semble tomber dans le grotesque sans que cela soit alarmant pour autant.
Une chose est sûre, avant d'entamer la lecture de "La ville fond", oubliez vos préférences en matière littéraire et ouvrez votre esprit et votre imagination pour ce voyage vers cette fameuse ville qui fond dont l'accès est plus difficile à atteindre que l’Atlantide.

 

"Quand Bram entra dans la boucherie, le bouche se tenait derrière le comptoir, et il demanda à Bram ce qui lui ferait plaisir. Bram dit qu'il aimerait goûter quelques tripes, alors le bouche emballa les siennes dans du papier fin et les tendit à Bram qui les paya le prix fort sans sourciller. Bram revint dans le bar et vit le chauffeur assis le visage dans une mare de café. Comme le chauffeur ne semblait pas en état de consommer les tripes du boucher, Bram invita la serveuse à les partager, suite à quoi elle mit le couvert. Bram et la serveuse mangèrent en tête à tête les tripes du boucher tout en soulignant à quel point elles étaient délicieuses."

“La folie est le propre de l'homme.”

Blaise Cendrars

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