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Le journal d'un esprit libre

Mon chien Stupide - John Fante

Mon chien Stupide - John Fante

Résumé :

Coincé entre une progéniture ingrate et un talent de plus en plus incertain, le personnage principal de Mon chien stupide oscille entre un cynisme salvateur et des envies de fuite.

Fils d'immigrés italiens, il caresse le rêve d'un retour à ses racines, fantasmant sur une vie paisible aux terrasses des cafés de la Piazza Navona à Rome.

Mais pour l'heure, il faut courir le cachet, écrire des scénarios médiocres pour des séries télé affligeantes... ou le plus souvent aller encaisser un chèque des allocations de chômage. L'existence tumultueuse de la famille est bouleversée lorsqu'un gigantesque chien décide de s'installer dans la maison, pour le plus grand bonheur de l'auteur raté mais au grand dam du reste de sa tribu.

 

***

 

Voici ma première lecture d'un des livres de John Fante.
Et quelle surprise!

Imaginez : vous êtes un écrivain raté, gagnant quelques sous grâce à des scénarios bidons. Votre famille est sur le point d'imploser, vous ne vous entendez avec aucun de vos enfants, votre mariage touche à sa fin et un beau jour (plutôt durant une nuit ) vous trouvez un énorme chient, un Akita, sur votre pelouse. 
Mais voilà, les chiens et vous, c'est fusionnel. Vous êtes nostalgique de votre Rocco, puissant chien abattu lâchement sur une plage lorsqu'il s'attaquait à une baleine échouée.

Alors vous décidez de le garder.
Alors le chaos se répand dans votre demeure familiale.

 

***

Drôle, sarcastique, bourré d’humour noir et grinçant à la limite du politiquement correct, ironique, tragique et bouleversant, voici un livre que j'ai lu en une journée. Un livre qui m'a donné l'impression d'être passé par toutes les phases émotionnelles possible.
Merveilleusement bien écrit, l'auteur retranscrit avec perfection un climat dans lequel s'engouffre le protagoniste, totalement désabusé de la situation. Quand le rêve américain fout le camp, cela donne "Mon chien Stupide".

 

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"J'ai eu l'impression d'assister à un duel dans l'Ouest sauvage. Jamie léchait ses lèvres. Mon cœur battait la chamade. Nous nous sommes arrêtés pour regarder.

Rommel a frappé le premier, enfonçant profondément ses crocs dans la fourrure de la gorge de Stupide. Autant mordre un matelas. Stupide s'est libéré, dressé sur ses pattes arrière, tel un ours, utilisant ses pattes avant pour tenir le Teuton à distance. Rommel aussi s'est dressé sur ses pattes arrière ; gueule contre gueule, ils ont essayé de se mordre. Mon Rocco, spécialistes des bagarres de rue, les aurait étripés tous les deux s'ils avaient employé cette tactique contre lui. Mais Rommel était un adepte du combat sur deux pattes, dans le strict respect des règles, pas de coups bas, pas de morsures au bas-ventre, la gorge comme seule et unique cible autorisée.

Il a frappé plusieurs fois, mais sans pouvoir s'accrocher. À ma grande surprise, Stupide ne mordait pas. Il grondait, ses mâchoires claquaient, il rugissait pour égaler les rugissements de Rommel, mais de toute évidence il voulait seulement se battre, et pas tuer. Il était de la même taille que Rommel, mais son poitrail était plus puissant et ses pattes frappaient comme des massues.

Après une demi-douzaine de charges, le match nul semblait inévitable, et il y a eu une pause momentanée dont les chiens ont profité pour se jauger. L'alerte Rommel était immobile comme une statue tandis que Stupide s'approchait de lui et commençait à décrire des cercles autour du berger allemand. Rommel observait cette manœuvre d'un air soupçonneux, les oreilles dressées. Selon toutes les règles du combat de chien classique, on aurait dû s'en tenir à un match nul, les deux animaux regagnant leurs pénates respectifs avec leur honneur sauf.

Mais pas Stupide. Vers la fin du deuxième cercle, il a soudain levé ses pattes vers le dos de Rommel. Touché ! C'était un coup fantastique, sans précédent, osé, humiliant et si peu orthodoxe que Rommel s'est figé sur place, incrédule. On eût dit que Stupide préférait batifoler plutôt que lutter ; ça a jeté Rommel, ce noble chien qui croyait au fair-play, dans une confusion terrible.

Alors Stupide a révélé son but incroyable : il a dégainé son glaive orange en bondissant sur le dos de Rommel ; tel un ours, il a immobilisé Rommel de ses quatre pattes puissantes, puis entrepris de mettre son glaive au chaud. Quelle finesse ! Quelle astuce ! J'étais enchanté. Dieu, quel chien !

Grondant de dégoût, Rommel se débattait pour échapper à cet assaut obscène, son cou se tordait pour atteindre la gorge de Stupide, son arrière-train se plaquait au sol pour échapper aux coups de glaive. Il savait maintenant que son adversaire était un monstre pervers à l'esprit dépravé, et il se tordait en tout sens avec l'énergie du désespoir. Enfin libre, il s'est éloigné furtivement, la queue basse pour protéger ses parties. Stupide gambadait autour de lui pendant que Rommel battait en retraite vers sa pelouse où il s'est couché en montrant les crocs. Il y avait de l'écœurement et du dégoût dans le gémissement qui est monté de sa gorge : il ne voulait plus entendre parler de cet adversaire révoltant, trop répugnant pour qu'on l'attaque.

 

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