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Le journal d'un esprit libre

Au nom de la drogue

Au nom de la drogue

 

Il est préférable de lire AU NOM DE LA SCIENCE avant d'entamer celle-ci.
Vous pouvez la retrouver sur ce lien : Au nom de la science

 

AU NOM DE LA DROGUE

 

    Jackson venait de passer une nuit de merde.
    Son manque le rendait parano. Le moindre bruit le faisait sursauter. Et quand il se réveillait en panique, le visage trempé de transpiration et les lèvres desséchées, il bondissait sur sa table de chevet pour se munir de son Uzi chargé à bloc.
    Les Vietcongs n'étaient pas loin.
    Depuis la guerre, ces enflures de Viets ne le lâchaient pas. Ils pouvaient les sentir dans chaque recoin de la baraque. Ces tordus ne pointaient jamais le bout de leur nez, ça non ! Ils l'épiaient discrètement de façon invisible.
    Des pros du camouflage.
   Dans leur cambrousse, ils aimaient se fondre dans le décor pour mieux vous surprendre. Avec un peu de chance, ils vous butaient de manière décente. Une balle logée dans la cervelle, rapide et propre.
    Mais si vous n'étiez pas chanceux, alors ils se contentaient de vous blesser pour vous handicaper le temps de vous prendre sur le dos et de vous emmener dans leur repaire de psychopathes.
    Là-bas, ils s'amusaient avec vous.
    Torture en tout genre. Du truc le plus basique à la mort la plus atroce.
    Jackson l'avait vécu.
    Il avait vu son pote Carl se faire dépecer comme un lapin. Les Viets l'avaient écorché vif en le maintenant en vie. Carl en avait chié avant d'inspirer une dernière fois. Le pauvre gars n'était plus qu'un corps dénudé offrant la pire des douleurs lorsque la moindre brise de vent venait l'effleurer.
    Le genre d'image qui vous restait gravé à tout jamais dans la tête.
    Depuis son retour au pays, Jackson n'avait pas passé une seule nuit sans rêver de Carl ou bien d'autres de ses camarades. Des cauchemars où s'entremêlaient des images sanglantes et des cris à faire frissonner le Diable en personne. Et quand il se réveillait enfin, Jackson longeait les murs de peur de tomber nez à nez avec un Viet.
    Puis il y eut cette rencontre.
    Une rencontre qui avait littéralement changé la vie du vétéran.
   En poudre, en résine, en gélule, en capsule ou bien en cristal. À fumer, à sniffer, à s'injecter ou bien à avaler. La drogue, sous toutes ses formes. De la plus bénigne à la plus addictive, Jackson les connaissait presque toutes. Elles étaient la solution à ses crises de paranoïa qui, avec le temps, devenaient de plus en plus violentes. Sa femme, Michelle, exténuée par un quotidien parsemé de cris et de pleurs s'était pendue au bout d'une corde après des années de fatigue et de stress. Jackson était tombé sur son cadavre se balançant lentement au-dessus d'une marre de pisse et d'excréments. Comme un dernier message de la part de son épouse.
    "Lave-moi le plancher ! Voilà ce que tu as fait de moi espèce de taré!"
    Jackson n'avait pas pleuré.
   Il avait seulement contemplé celle qu'il avait épousée vingt-cinq ans auparavant. Celle qui avait juré être toujours là pour lui et l’accompagner dans les pires épreuves de son existence.
    Elle avait trahi sa promesse.
    Mais elle avait laissé un bon paquet de pognon après sa mort.
   Issue d'une famille aisée, Michelle avait gagné le gros lot après le décès de ses parents, riches entrepreneurs qui s'étaient tués dans un accident de deltaplane.
   Et quand celle-ci avait décidé de rejoindre l'autre monde en se pendant à une vieille corde de chanvre sentant le cheval malade, elle avait par la même occasion offert à son époux une très confortable retraite. Et dans un patelin comme Sandview, avoir du fric c'était pouvoir habiter le seul et unique beau quartier de la ville. Loin du centre et de tous les écervelés qui s'y trouvaient.
    Mais avoir de l'oseille, c'était surtout pouvoir se payer une grosse quantité de drogue afin de faire fuir ces démons aux allures de Vietnamiens assoiffés de sang.

    Cette nuit fut horrible.
    Un cauchemar immonde.
   Michelle était là, la peau putréfiée et le visage gonflé comme celui d'un cadavre repêchés en haute mer après des jours de trempette. Elle était nue, allongée sur un chemin poussiéreux. Elle regardait Jackson en souriant. Son cou portait les marques de sa pendaison. Puis, elle fut recouverte par une nuée de Viets, la queue à l'air et leur chapeau de paysan en guise de seul vêtement. Comme une bande de hyènes dévorant une pauvre gazelle, les Vietcongs s'acharnaient sur le corps nauséeux de Michelle qui continuait de sourire. Tandis que certains lui arrachaient les membres à coup de machette, d'autres la baisaient par tous les orifices possibles. Et quand le trou était prisé par l'un de ces suppôts de Satan, ils n'hésitaient pas à la planter à l'aide d'une baïonnette pour pouvoir venir la pénétrer dans la plaie fraichement ouverte.
    Ce genre de rêve, c'était le quotidien de Jackson. Chaque nuit, un nouveau cauchemar prenait place dans son esprit. Et chaque nuit, l'horreur grandissait. De pis en pis. Toujours plus loin dans l'abject, toujours plus loin dans la folie.
    Le seul moyen d'empêcher ces sombres pensées de prendre le dessus était de s'endormir sous l'emprise d'une drogue.
   Jackson avait commencé par fumer de l'herbe. Mais après quelques jours, les angoisses nocturnes revinrent de plus belle et encore plus violentes. Alors, il se tourna vers quelque chose de plus puissant. N'y connaissant rien à toutes ces substances illicites, il fit l'erreur de s'envoyer une ligne de cocaïne dans le nez. L'effet était pire. Il ne ferma pas l'œil de la nuit et ses crises de paranoïa se multiplièrent. Non seulement il avait peur de s'endormir, mais en plus de cela il pensait que des Vietcongs s'étaient immiscés dans sa maison. Ils pouvaient les entendre chuchoter dans leur langue incompréhensible.
    L'héroïne lui fit du bien.
    Et l'effet ne sembla pas s'estomper avec le temps.
    Le seul souci, c'était qu'il en était devenu accro.
   Il dépensa un fric monstre pour s'acheter ses doses. Son compte en banque se vidait à mesure que les traces de piqure se répandaient sur sa peau irritée et prurigineuse
    Et quand son dealer fut abattu par le shérif de la ville, les cauchemars et les crises d'angoisse reprirent. Jackson voulut se faire exploser le crâne à coup de fusil de chasse. Il avait passé une journée entière assis sur son canapé en cuir craquelé avec son arme entre les mains. La télévision allumée, il avait fixé l'écran, le regard vide et le corps parcouru de frissons. Il s'était demandé si une fois mort, ses cauchemars cesseront enfin.
    Et si ces images m'accompagnent dans le néant? Et si je deviens prisonnier de ces rêves?
  Alors, il avait hésité. Le canon de fusil logé entre ses doigts rongés par l'arthrose, il avait longuement réfléchi à la situation. Hors de question de quitter ce monde de fou pour finir dans un univers encore plus sadique et torturé.
    Tandis que les larmes noyaient peu à peu ses yeux rougis par la fatigue et le manque, il entendit cette voix. Une voix porteuse d'un message providentiel. Et pour une fois, elle ne venait pas des plus petits recoins de son esprit chaotique. Non, elle provenait seulement de la télévision.
  Un reportage sur une nouvelle drogue qui faisait des ravages aux États-Unis. Une drogue facile à se procurer et aux effets dévastateurs.
    Le fentanyl.
    Un opiacé utilisé comme sédatif dans le traitement des douleurs sévères.
    Cinquante fois plus puissant que l'héroïne.
    Le genre de truc qui éloignerait les Vietcongs pendant un bon moment.
    Et si c'était facile à trouver dans le pays, ça l'était encore plus à Sandview, là où tout était possible.
   Le pharmacien de la ville, un dénommé John Pickle, avait fourni Jackson pendant plusieurs semaines contre un gros paquet de fric. Ici, tout le monde pouvait être corrompu. L'argent rendait la vie plus supportable dans un coin pareil.
    Mais face à la demande de tous les junkies de la ville, les stocks de fentanyl furent vite épuisés. Et Jackson sombra de nouveau dans la démence.
   Il fallait tenter le tout pour le tout. Si les pharmacies étaient surpassées, il devait s'adresser à d'autres personnes ayant un lien direct avec le marché du médicament.
    Et le seul qui était capable de lui refiler quelque chose d'assez puissant, c'était le docteur Murray. Un toubib aux allures de savant un peu fou qui avait une réputation douteuse par ici. Mais en même temps, il était le seul à exercer dans ce trou à rat.
    Pour ne pas éveiller les soupçons, Jackson fit un tour sur Internet et rechercha les dérivés du fentanyl et autres médocs plus ou moins susceptibles de pouvoir l'aider. Et après avoir fouillé un grand nombre de sites, il éteignit son vieil ordinateur avec un seul nom en tête, la buprénorphine.
  Un médicament largement consommé dans le monde par des milliers de toxicos. Peut-être pas aussi puissant que le fentanyl, mais toujours bien mieux que rien.
    Jackson prit alors la route de l'hôpital, la tête remplie d'images traumatisantes de la nuit passée.

 

    Le toubib lui avait refilé une poudre qu'il confectionnait lui-même. Selon ses dires, c'était quelque chose d'incroyablement puissant. Pour se la procurer, Jackson avait dépensé cent cinquante dollars. C'était le prix à payer pour calmer les démons qui s'amusaient à le torturer.
    La journée passa lentement.
   Dehors, la chaleur écrasante veillait à cuir toutes âmes assez vaillantes pour poser un pied dans la rue. Du coup, le vétéran préféra rester dans son salon, les stores fermés et la télévision allumée. Jackson regardait les images défiler sans trop y prêter attention. Ce qu'il souhaitait, c'était tester cette mixture qui lui avait couté presque trois fois le prix de sa drogue habituelle.
    Il voulait se percer les veines et voir son sang se mêler à ce doux poison qu'il vénérait et détestait en même temps.
    Ces drogues auraient sa peau.
    Mais sans elles, il serait déjà mort.
    Alors, il passa plus de douze heures affalé sur son divan comme un cafard desséché en plein désert. Les lèvres humides de salive, les mains tremblantes, le cœur palpitant. Quand le ciel bleu disparut pour laisser place à une nuit de couleur encre, Jackson se précipita dans la salle de bain et sortit d'un petit meuble à la peinture écaillée son kit du drogué.
    Tel un professionnel du shoot, il répéta les gestes devenus malheureusement trop habituels.
   Sous la flamme d'une bougie, la poudre du toubib se mit à fondre lentement dans la cuillère. Quand les premières bulles apparurent à la surface du liquide semblable à du caramel, Jackson y plongea l'aiguille de sa seringue et aspira le contenu.
    Quelques secondes plus tard, le nectar parcourait les veines du vétéran.
   Il s'en alla jusqu'à sa chambre, laissant son kit sur le sol carrelé de la salle de bain baigné d'une lumière bien trop blanche.
    Lorsque le lit lui apparut, il n'eut pas le temps de s'y allonger qu'il entendit un gémissement depuis la rue. Des cris, y en avaient souvent dans le coin. Si ce n'étaient pas ces petits cons d'adolescents qui jouaient dans le quartier, c'était le voisin qui tapait sa femme. Parfois, les flics débarquaient pour arrêter quelques dealers de shit qui profitaient du calme de cette partie de la ville pour vendre leur camelote aux gosses de riches. Mais là, les hurlements étaient différents. Et quand on gueula de nouveau, Jackson fut pris d'un long et insupportable frisson. 
    Ils étaient là.
    Les Vietcongs étaient dans la rue.
    Il pouvait reconnaitre leurs murmures parmi des milliers. Impossible d'oublier ce timbre de voix.
    Le vétéran s'approcha de la fenêtre de sa chambre et risqua un coup d’œil.
    Il les vit.
  Trois Viets habillés comme des villageois. Leur chapeau de merde niché sur la tête. Ils marchaient lentement dans la rue, armes dans les mains. De vieux fusils si rouillés qui crachaient des balles infectées au tétanos. Si la blessure ne vous tuait pas, la maladie le faisait. L'un d'eux tourna la tête en direction de la baraque. Jackson recula de la fenêtre. Ces connards étaient venus pour lui. Ils voulaient en découdre, se venger des saloperies qu'il leur avait fait subir dans leur jungle.
    Ils allaient payer pour cet affront.
   Le vétéran plongea au sol et sortit une mallette poussiéreuse qui trainait sous le lit. Il l'ouvrit et s'arma d'un pistolet mitrailleur. Il enfila une ceinture dans laquelle reposaient trois magasins de cartouches et son couteau de chasse. Le même couteau qui avait servi pour trancher la gorge à ces enflures quelques décennies plus tôt.
    On cria de nouveau et quelque chose cogna contre la vitre. Ils l'avaient vu. Dans quelques minutes, ils rentreraient chez lui pour le découper en petits morceaux avant de refourguer le reste de son cadavre à des cochons engraissés par tant de bidoche humaine.
    Jackson s'adossa près de la fenêtre et attendit. Il tendit l'oreille et crut percevoir des chuchotements dans son allée. Ils s'approchaient. Ces fils de putes n'étaient plus loin. Alors il inspira et compta jusqu'à trois.
   Un.
   Deux.
   Trois.
   Il brisa la vitre d'un coup de crosse et tira une rafale de balles. Deux des Viets furent propulsés en arrière sous l'impact. Le troisième eut à peine le temps de lever les yeux que la moitié de sa tête vola en éclats.
    Jackson se remit à couvert.
    Il était surpris par sa dextérité et son acuité visuelle. Il n'avait pas tiré depuis bien des années et pourtant, il venait de faire mouche sur trois cibles vivantes. Ce genre de truc, c'était comme le vélo, ça ne se perdait pas.
   Le vétéran dévala les escaliers qui le menaient à son rez-de-chaussée et s'apprêtait à sortir dans la rue quand il crut en entendre une voix dans son dos. Il se retourna et appuya sur la détente. L'arme cracha une giclée de balles qui ravagèrent le mobilier du salon.
    Personne.
   L'ennemi se cachait quelque part. Les Viets étaient des pros dans ce domaine. Leur petite taille était un sacré avantage.
    Vous voulez jouer à ça, bande d'enfoirés… murmura Jackson.
    Lorsqu'il était en pleine cambrousse avec ses camarades, un sergent avait dit :
    "Si vous avez du mal à chopper le serpent au fond de son trou, cramez le tout."
    Il avait raison, le sergent. Un bon gars. Dommage qu'une mine lui avait arraché la moitié de son corps. Il aurait pu être décoré d'une médaille ou deux. Le genre de type qui se serait fait lyncher à Woodstock si ses exploits avaient été divulgués à l’Amérique. Certains secrets n'avaient pas leur place dans ce monde de fragiles.
    
On chuchota de nouveau. Cette fois-ci, ça venait du couloir menant à la cave.
   Les Viets se planquaient dans la baraque. Peut-être avaient-ils déjà placé quelques pièges. Une charge explosive, un fil et un détonateur. Facile à faire, discret et sacrément mortel.
    Jackson renifla un grand coup et cracha un mollard jaune sur le carrelage jonché de débris. Il se baissa, sentit son dos craquer et se faufila jusqu'à la cuisine en ignorant la douleur naissante au niveau de ses lombaires. Arrivé près de son four, il ouvrit les portes de l'armoire située sous les plaques chauffantes de sa cuisinière et en sortit deux grosses bombonnes de gaz attaquées par la rouille et parsemées de taches de graisse. Sans prendre le temps de réfléchir de nouveau à la situation, Jackson ouvrit les robinets à fond et s'assura que le gaz était bien en train de s'y échapper. L'odeur lui monta rapidement au nez et il s'éclipsa prudemment en dehors de la maison.
   Caché derrière la palissade en bois qui délimitait son jardin, il attendit plusieurs minutes, le visage impassible et le souffle posé. Ses réflexes physiologiques ne l'avaient pas quitté. Plusieurs dizaines d'années auparavant, il vivait la même chose. Posté durant des heures dans la cambrousse à épier les sauvages qui voulaient le transformer en repas traditionnel. Il fallait être patient, et intelligent. Beaucoup se précipitaient dans la gueule de l'ennemie et finissaient pendus à des arbres en guise de trophées.
    Cinq minutes venaient de s'écouler.
    Il était temps d'illuminer le quartier. Un feu d'artifice, ça faisait toujours plaisir à voir, non?
    Jackson se releva et pointa son arme vers la fenêtre de la cuisine. Il remarqua qu'il tremblait légèrement. 
   C'est rien mon vieux, se dit-il à lui-même, ce n'est qu'une baraque. Rien d'autre qu'une baraque dont les mauvais souvenirs hantent chaque recoin.
   Il pressa la détente. La MP5 cracha une rafale de balles qui brisèrent la vitre pour venir terminer leur course quelque part dans la pièce.
    Puis ce fut l'explosion.
    Une boule de feu prit soudain naissance et l'entièreté du rez-de-chaussée fut soufflée. L'onde de chaleur embrasa les quelques arbustes se trouvant dans le jardin et Jackson fut propulsé en arrière. Le toit explosa par endroit, délivrant dans la nuit une majestueuse flamme qui illumina le ciel.
     "Bordel de Dieu!" s'écria le vétéran allongé dans un carré d'herbes sèches couvertes de merdes de chiens.
    Autour de lui, des cris ainsi que des voix stridentes résonnaient. Ce tintamarre avait alerté les Viets. Ils allaient rappliquer d'une minute à l'autre.
    Jackson bondit sur ses jambes. L'adrénaline avait fait disparaitre tous ses rhumatismes et douleurs. Rien de tel qu'une petite guerre pour vous offrir une deuxième jeunesse!
    Lorsqu'il se retourna, il aperçut deux Viets en direction de sa position. Une femme et un homme. Pas des soldats, sans doute des paysans. Mais il fallait se méfier d'eux comme de la peste. Sous leurs faux airs de villageois se cachaient de redoutables ennemis assoiffés de sang. Au pire, on considérait ça comme des dommages collatéraux.
    Alors, tout en se remémorant ces camarades tombés au combat en 1968, Jackson enclencha un nouveau chargeur dans son arme et devant le regard ahuri des deux  Viets, il les aspergea d'une vingtaine de balles. Leurs corps s'affalèrent dans une marre de leur propre de sang sur laquelle se reflétait les flammes dévorant le reste de la maison.
    Une porte claqua.
   Les Vietcongs venaient de s’incruster dans la maison des Brown, ses voisins. Il devait les empêcher de commettre un massacre.
    Le vétéran sprinta jusqu'à la demeure et défonça la porte en s'élançant contre elle. Dans sa chute, il devina une présence à ses côtés dans l'entrée du salon. Sans avoir le temps d'y faire face, on lui sauta dessus pour le saisir au cou.
    Un vieux Viet aux mains solides comme des enclumes, le visage ravagé par la haine.
    Le bougre avait de la force.
   Jackson lâcha son arme et s'agrippa aux puissants avant-bras de son agresseur. Derrière eux, une femme hurlait dans un langage incompréhensible.
    Les deux hommes roulèrent sur le côté, renversant un vase qui se brisa dans un fracas assourdissant.
    Le vieux ne lâchait pas l'affaire. Et Jackson sentait sa force faiblir petit à petit.
    Lui qui avait survécu à l'Enfer allait clamser comme un con sous les mains d'un Vietcong dans son propre pays. Tu parles d'un comble!
    Le vétéran jeta un regard à sa gauche.
    Les morceaux de vase, pensa-t-il, l'esprit troublé par le stress de la situation.
    Il relâcha le bras de son assaillant et sentit une pression monstre s'abattre sur sa gorge. Il n'avait que quelques secondes, pas plus. Dans un court instant, son cou craquerait comme un bâton sec. Il devait se sortir de là.
    Jackson balança sa main à l'aveuglette à ses côtés et tâta le sol. Ses doigts entrèrent en contact avec un épais morceau de porcelaine. Il le saisit fermement et frappa son ennemi aussi fort qu'il le put. Le coup fut porté au niveau des côtes. Le Viet cria de douleur, mais ses mains ne relâchèrent pas leur étreinte. Alors, un nouveau coup vint perforer la peau entre deux côtes flottantes. La douleur tétanisa le vieux qui se redressa vivement, lâchant sa proie. Jackson profita de la situation et l'attrapa par les cheveux pour venir ramener sa tête vers lui.
   "Passe le bonjour à tes compatriotes, sale enfant de putain!" s'écria le vétéran, le visage ruisselant de transpiration.
    D'un coup de lame improvisée, il trancha la gorge du Viet qui beugla comme un veau tout en aspergeant le visage de Jackson d'un sang noir et poisseux.
    La femme était toujours là. Elle gueulait encore et encore, tétanisée par la mort de celui qui devait être son mari. Elle s'apprêta à prendre une bouffée d'air afin de mieux hurler quand sa boite crânienne explosa comme un ballon de baudruche rempli d'eau.
    Elle tomba mollement par terre, vidant le contenu de sa tête sur le sol.
    Jackson la fixait, l'arme au poing, le canon fumant.
   Deux de moins. Mais à en croire le bordel dehors, le travail était loin d'être terminé. Alors, le vétéran se redressa. Son dos craqua et il lâcha un râle de soulagement tout en se nettoyant partiellement le visage à l'aide de son avant-bras. Le sang du vieux lui collait aux yeux. Il en avait même avalé une petite quantité. Mais pas le temps de faire sa toilette, la chasse n'était pas terminée.
    Une sacrée nuit s'annonçait.
    Une nuit qui ferait de lui un héros.
    Jackson le super vétéran.
    Ça sonnait plutôt bien.
    La seule chose qu'il regrettait, c'était de ne pas avoir profité des effets de la drogue de Dr Murray.
    Cela dit, il se sentait plutôt bien.

 

FIN

 

 

 



 

 



 

 


 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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