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Le journal d'un esprit libre

Au nom de la terre

Au nom de la terre

Buddy était en planque depuis maintenant trois bonnes heures.
Le soleil tapait si fort sur sa vieille carlingue qu'il pouvait sentir les poils roux de son pubis roussir dans le four qu'était devenu son slip. Il était habitué à la chaleur. Un natif de Sandview apprenait à vivre avec cet inconfort. Mais ces derniers temps, la ville était devenue une véritable fournaise. Rien de comparable avec les précédents étés. Si par malheur il vous arrivait de marcher pied nu sur le sol, alors il faudrait décoller vos pieds à l'aide d'une spatule à crêpe. Et les trois pauvres arbres morts qui trainaient en ville n'offrait pas le moindre centimètre carré d'ombre.
Un véritable enfer.
Buddy releva sa casquette sur laquelle trônait un petit pin's aux couleurs des USA et s’épongea le front à l'aide d'un mouchoir collant qu'il balança à l’arrière par la fenêtre du pick-up. Il ajusta le rétroviseur et contempla son reflet.
Sa tête était cramoisie. De petites tâches aussi rousses que ses cheveux parsemaient ses joues luisantes et ses lèvres étaient recouvertes d'une poudre blanche, vestige d'une abondante salive désormais sèche. Il frotta son index au coin de sa bouche et l'emmena jusqu'à ses narines.
Non, ça ne puait pas. Ça n'avait aucune odeur.
Buddy en profita pour se curer le nez - avec cette chaleur, ses narines étaient truffées de crottes plus ou moins dures - lorsqu'il aperçut du mouvement dans le rétroviseur.
Elle était là.
Arlene.
Son gros cul posé dans son fauteuil roulant flambant neuf, elle traversait Main Street, la tronche brillante de transpiration comme si elle venait de se foutre un demi-litre de cire sur le museau. Derrière elle, un fin nuage de poussière s'élevait lentement dans l'atmosphère aride de la ville.
Arlene n'était pas handicapée. Elle était seulement trop grosse pour pouvoir se mouvoir sur ses deux jambes. Bien sûr, lorsqu'il fallait se lever et parcourir dix mètres jusqu'au distributeur de soda à volonté dans le fast-food du coin, elle le faisait sans trop rechigner. Mais pour le reste, elle préférait rester assise et rouler sans trop d'effort. Ses cent-quarante-six kilos donnaient du fil à retordre aux chaises roulantes. Quelques semaines plus tôt, Arlene resta bloquée en plein milieu de la foire, impossible de bouger d'un seul centimètre. Les roues de sa chaise avaient décidé de lâcher l'affaire et s'étaient complètement affaissées. Pour pouvoir la ramener chez elle, les forains avaient décidé de l'allongé sur une solide planche de bois maintenue entre deux caddies du supermarché.
Arlene n'avait pas eu honte. Au contraire, elle avait pesté comme une enragée, promettant de porter plainte contre le constructeur tout en envoyant chier les trois pauvres gars qui poussaient son énorme cul à travers la ville.
Avec les sous ramassé après son coup de gueule, la firme avait décidé de lui envoyé un nouveau modèle plus solide - pas motorisé, faut pas déconner non plus. Du coup, on pouvait l’apercevoir sur son nouveau bolide, le visage radieux et fier.
Sacrée Arlene.
Quarante-huit piges et toujours en vie. Comme quoi, y a des cœurs qui sont sacrément solides sur cette foutue planète.
Buddy l'observa. Depuis son vieux pick-up rongé par la rouille, il pouvait la scruter en toute discrétion. Comme tous les mardis, Arlene se rendait à la station-essence pour acheter quelques bouteilles d'alcool de piètre qualité. Le supermarché de la ville n'étant pas adapté aux handicapés, elle ne pouvait pas s'y rendre sur sa chaise roulante. Devoir se servir de ses jambes ou bien payer le double du prix ailleurs, le choix était vite fait.
Pour rejoindre la station, il fallait passer par un petit chemin de terre entre deux immeubles abandonnés et squattés par des junkies. Les vestiges d'un passé qui se voulait être glorieux, mais qui finalement a toujours été enlisé sous une couche de laideur propre aux habitants de ce trou à rats.
Lorsque Arlene disparut du champs de vision, Buddy sortit discrètement du véhicule. Il referma la porte sans faire le moindre bruit et accéléra le pas jusqu'au chemin de terre. Sur le sol poussiéreux, il pouvait facilement distinguer les traces des roues de la chaise roulante. En quelques secondes, il aperçut la grosse silhouette d’Arlene devant lui.
Cet endroit était idéal. Personne ne trainait dans le coin. Il y avait toujours une bande de camés en manque de crack qui venait vous faire chier pour un rien. Et puis, y avait cette odeur de pisse et de merde qui flottait ici tous les jours de l'année. Avec la chaleur, la puanteur en était décuplée. Le sol était jonché de papiers, de capotes usagés - et parfois encore remplies - de seringues, d’excréments humains accompagné de tranches de papiers toilettes dispersées un peu partout. Même les chacals n'osaient pas venir foutre le pif dans ce bordel.
Mais c'était le chemin le plus court pour rejoindre la station-essence. Et ça, c'était précieux pour la grosse Arlene.
Buddy se trouvait maintenant à cinq mètres d'elle. Il la regardait zigzaguait sur le sentier de terre pour éviter les déjections qui pourraient s’agglutiner sur les roues de sa chaise. Imaginez un peu le bordel si l'une des ces merdes venait s'enrouler le long du pneu. Dans ces cas-là, tout ce qui se trouve sur le sol se trouvera sur vos mains. Fallait être complètement tordue pour passer par ici alors qu'une autre route à peine plus longue menait à la même destination.
Mais avoir une paire de mains tartinée de merde chauffée sous un soleil de plomb était moins ennuyant que de faire trois cent mètres de plus.
"Hey, la grosse!"
Arlene s'arrêta brusquement. Ses roues dérapèrent sur la terre brulante et un silence pesant tomba. Elle tourna légèrement la tête en arrière et s'exclama d'une voix roque.
"Qui est là?"
Buddy attendit quelques secondes avant de répondre. Son corps tremblait légèrement. Il n'avait pas l'habitude de faire ça, surtout en pleine ville. Normalement, c'était dans sa ferme qu'il faisait ce genre de chose. Loin de tout. Loin de regards indiscrets. Assez loin pour que personne ne puisse entendre les hurlements. Du coup, aujourd'hui, il flippait. Peur de se faire chopper, peur de se louper. Mais il voulait cette chaise. Il n'avait pas les moyens d'en acheter une de la sorte. C'était la solution la plus simple et la moins couteuse.
"Qui est là?"répéta Arlenne qui commençait à pivoter sa chaise pour faire face au fils de pute qui l'avait insulté de grosse.
Lorsqu'elle découvrit le long corps maigre de Buddy, elle fronça les sourcils. Les deux se regardèrent un petit moment sans broncher.
"Je te connais, toi! assura-t-elle. T'es l'un des fils de la ferme Mckinney, non?"
Mais aucune réponse ne survint. Seul le bruit lointain du vent chaud lui parvenait jusqu'aux oreilles. Elle roula alors d'un bon mètre vers Buddy et leva la tête tout en se couvrant partiellement la vue de ses mains boudinées pour ne pas se cramer les yeux face à la violence du rayonnement du soleil qui pointait au zénith.
"Tu veux pas répondre, demanda-t-elle. Tu me suis depuis longtemps? Tu veux quoi? De l'argent? Je te préviens que tu vas regretter de m'avoir insulté de grosse! Je vais aller voir ta mère et..."
Quand elle remarqua le manche du hachoir coincé dans le pantalon de Buddy, elle se tût soudainement. Son regard se mua. La peur se lisait à présent en elle.
"Je veux ta chaise, répondit le jeune fermier. Ne fais pas la conne, sinon j'hésiterais pas à te trancher la gorge comme une truie."
Arlene fut secouée de petits tremblements qui la firent remuer sur sa chaise tel un flan dans une assiette. Elle plaqua ses mains sur les roues et recula sur le chemin tout en vociférant qu'on lui vienne en aide. Mais Buddy ne lui laissa pas l'occasion d'en dire davantage. Il se précipita sur elle, dégaina son hachoir et planta la lame entre les bourrelets de son cou. Il y eut un bruit mou et l'arme fut stoppée net par l'épaisseur de la peau. Arlene ouvrit la bouche, terrorisée par ce qu'il venait de se passer. Elle ne sentit pas de suite la douleur. Le stress venait de mettre en stand-by une partie de ses récepteurs sensoriels. Mais lorsque son agresseur s'agita dans tous les sens pour enlever la lame du hachoir coincée dans la masse adipeuse, la grosse femme beugla comme une vache violée par âne.
"Ferme ta gueule sale putain! marmonna le fermier entre ses dents. Tu vas attirer toute la ville!"
Il lui balança un coup de coude en plein visage et sentit les vibrations de l'os du nez en train de craquer. Un deuxième coup aussitôt porté fit taire Arlene qui commençait à se vider de son sang par le cou ainsi que par la bouche.
Buddy sortit enfin la lame, trempé de sueur par tant d'effort qui auraient pu être évité s'il avait pris le soin d'aiguiser ce putain de hachoir avant de vouloir s'en servir comme arme. Tant pis, pas le temps pour les remords. Fallait achever cette conne le plus rapidement possible.
Sous le soleil infernal, le sang d’Arlene semblait être fluorescent. Il se répandait le long de son corps pour venir s'étendre sur un sol si sec qu'il peinait à l'imbiber. Mais la plaie n'était pas assez profonde, pas assez mortelle. Buddy doutait même si la carotide avait été touchée. La laisser crever ainsi prendre des plombes. Il fallait employé une méthode moins propre, mais plus efficace. Celle qu'il avait l'habitude d'utiliser pour tuer les cochons quand il était pressé.
Un gros coup sur la tronche. Assez puissant pour réduire en morceaux le crâne et éclater une partie de la cervelle.
Souvent, la gueule des bêtes étaient totalement déformées après le premier coup. Leurs yeux sortaient de leurs orbites et ils restaient figés comme ça, telles d'affreuses statues. Buddy évitait tout contact visuel avec elles. Il en faisait même des cauchemars. Par contre, son frère Teddy lui s'en foutait royalement. Il se prenait souvent en photo avec les cadavres les plus moches. Ceux dont la langue sortait et pendait comme une bite après un orgasme. Ceux dont la tronche ressemblait plus à du hachis parmentier qu'à une tête de porc. Teddy développait lui-même les photos dans son petit laboratoire près de la cave et les collait dans sa chambre juste au-dessus de son lit. Une drôle d'ambiance dans cette piaule. Le genre d'endroit qui vous foutez les boules jusqu'à la fin de votre vie.
"Ahhh... Je... Au... Secours... Je..."
Arlene venait de plaquer ses mains contre la plaie. Sa voix était humide et de drôle de gargouillis résonnaient depuis sa gorge. Ses yeux roulaient de gauche à droite, cherchant la moindre once de vie qui pourrait la sortir de cette galère. Mais ce putain de chemin était toujours aussi vide. Pas un seul toxico dans les alentours, pas un seul clodo en train de se branler derrière les buissons, pas un seul gamin s'amusant à buter des lézard. Rien. Que dalle. Arlene allait rendre l'âme au beau milieu d'une ville et personne ne saura jamais qui avait fait le coup.
Soudain, un nuage passa et la lumière éclatante du soleil disparut quelque peu. Quand la grosse femme leva les yeux au ciel, elle s'aperçut que ce n'était pas un nuage, mais le hachoir tenu en bout de bras au-dessus de la tête de Buddy. Elle voulut partir en courant, mais elle se remémora rapidement que non, ce n'était pas possible.
Finalement, c'était quand même chiant de trimballer son cul dans une chaise roulante toute la journée, surtout quand on pouvait marcher.
Puis le hachoir vint s'écraser contre son cuir chevelu.

 

Buddy gara le pick-up sur une parcelle de l'ancien champ de betterave. Quelques année auparavant, divers légumes poussaient jusqu'à perte de vue ici. Mais depuis que la sécheresse sévissait d'années en années, plus rien ne sortait de cette terre aride. Les seules plantes courageuses qui osaient pointer le bout de leur nez étaient des mauvaises herbes jaunies et friables comme de la cendre.
Le jeune fermier sortit un paquet de cigarettes de la poche arrière de son jean et en fourra une entre ses lèvres. Il prit un certains temps avant de l'allumer. Sous cette chaleur étouffante, le moindre effort devenait un calvaire. Alors, il préféra s'adosser contre la taule brulante de son véhicule et attendre quelques minutes ainsi, histoire aussi d'évacuer les dernières images du visage d’Arlene se décomposant sous les coups de hachette.
Buddy en avait chier pour déplacer le corps de la bonne femme. Il l'avait fait rouler jusqu'à un tas de buisson touffu et sec. Puis, il avait recouvert les parties visibles du cadavres avec des poubelles qui trainaient sur le chemin. Sacs plastique, journaux, morceaux de pneu éclaté ; cette ville était un vrai dépotoir et chaque coin de rue ressemblait à une poubelle à ciel ouvert. Pour le moment, Arlene n'était plus visible. Mais bientôt l'odeur de son corps pourrissant sous le soleil alerterait le voisinage. 
A part si une bande coyote se chargent de transformer cette grosse vache en un tas de merde fumant.
Buddy venait d'allumer sa clope. Le goût acre de la nicotine lui fit du bien. C'était l'un des rares moment de la journée qu'il appréciait. Il fallait en profiter, avec tout le boulot qui allait lui tomber dessus prochainement, il n'aurait peut-être plus l'occasion de se prendre ce genre de pause.
Il jeta un coup d’œil à ses mains. Ses doigts étaient colorés d'une teinte rouge.
Le sang.
Quelle poisse à nettoyer.

Teddy sortit de la vieille grange et aperçut son frère en train de fumer contre le tas de ferraille qui lui servait de bagnole. Il cracha un petit mollard sur le sol et s'avança d'un pas lourd en direction de son frangin.
"Alors, tu l'as? demanda-t-il une fois arrivé à hauteur de Buddy qui sursauta brusquement.
— Putain, tu m'as fait peur! Je t'ai pas entendu arriver!
— Désolé, j'voulais pas te foutre la frousse" s'excusa Teddy qui contourna le pick-up pour jeter un œil à l'arrière.
Elle était là, repliée sur elle-même et brillante sous le soleil - bien que quelques traces de sang mélangées à de la poussière la recouvraient en partie.
"Sainte-Marie Mère de Dieu, elle est vraiment sublime! s'exclama Teddy.
— Je te l'avais dit, rétorqua Buddy. Elle est quasi neuve! Ça coute un bras ce genre de modèle! Maman sera la plus heureuse.
— Et comment ! Maddie finit le gâteau. Je lui ai dit de se bouger le cul pour que tout soit terminé dans les temps."
Teddy découvrit les traces de sang sur les doigts de son frère. Il les désigne d'un mouvement de tête et demanda :
"Comment ça s'est passé avec la grosse?
— Je lui ai donné un coup de hachette en pleine gueule.
— Comme pour les cochons?
— Ouais, comme pour les cochons.
— Tu as pris une photo pour moi?"
Buddy balança sa clope devant lui. Elle roula sur la terre dure comme de la pierre et se faufila dans un sillon causé par la sécheresse.
"Non, j'ai pas pris de photo! Bordel de merde, Teddy! Faut arrêter avec ce délire! Ça tourne pas rond chez toi parfois!
— Arrête de monter sur tes grands chevaux pour si peu! C'est juste une connerie, rien de sérieux!"
Buddy scruta le visage de son petit frère. Ils avaient deux de différence, mais beaucoup les croyaient jumeaux. Seul leurs tailles étaient bien différentes. Teddy était plus petit et potelé, alors que Teddy était grand et fin. Leur visage, lui, était presque identique.
Les deux frangins se dirigèrent vers l'arrière du véhicule et en sortirent la chaise roulante. Lorsqu'elle fut dépliée, Teddy siffla de contemplation.
"Trop cool! Hâte de voir la tête de maman!"
 

La mère de famille se prénommait Suzie.
Une bonne femme de cinquante piges dont les jambes furent amputées au-dessus des genoux quelques mois après un accouchement dramatique. Un accouchement qui donna naissance à un enfant mort né qui changea le court de l'existence des Mckinney.
Depuis bien des années, les récoltes furent minces. Bien trop minces pour subvenir aux besoins de la famille. Niveau bétail, il n'y avait plus rien à en tirer. Toutes les bêtes moururent les unes après les autres de déshydratation et sous-nutrition. Quand l'ultime vache rendit l'âme, Suzie accoucha de son sixième enfant. Malheureusement, la tête du nourrisson se détacha comme un fruit moisie au bout de sa branche et resta entre les mains du médecin de famille qui manqua de se briser la nuque en tombant à la renverse devant une telle abomination. L'enfant, sans doute atteint d'une maladie, était bien trop fragile et faible. Le reste du corps fut enlevé morceaux par morceaux. A chaque fois que l'on en saisissait une partie, celle-ci se décrochait dans un bruit spongieux.
Alors que le docteur transpirait à grosse goutes, les mains plongées dans les entrailles de Suzie tel un spéléologue, la mère de famille eut soudainement une vision.
Dieu lui avait envoyé un message.
Comment aurait-elle-pu élever ce gosse alors que les autres crevaient de faim? Lui offrir la vie, c'était le condamner à une existence misérable et insupportable.
"Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage" avait affirmé Jean.
Et si ce don de Dieu n'était pas voué à la vie, mais à nourrir la vie?
Une idée qui explosa dans les profondeurs de la cervelle de Suzie tandis que le toubib lui arracha un morceaux de jambes coincé dans l'utérus.

"JOYEUX ANNIVERSAIRE! JOYEUX ANNIVERSAIRE! JOYEUX ANNIVERSAIRE MAMAN, JOYEUX ANNIVERSAIRE!"
La famille était au complet autour de la table.
Suzie dont les affreux moignons ressemblant à deux membres atrophiés gesticulaient sur l'air de la chanson. Des moignons depuis lesquels d'énormes varices prenaient naissances et terminaient leur course au niveau de l'aine. Elle contemplait ses cinq enfants avec une certaine fierté.
Buddy et Teddy, trente et vingt-huit ans, les deux frangins inséparables qui étaient devenus les hommes de cette maison depuis que leur père s'était immolé dans la grange à bétail. Ce faible n'avait pas supporté la situation actuelle et avait préféré abandonné sa propre famille plutôt que de relever la tête et affronté sa destiné. Suzie espérait seulement qu'il en avait longtemps chier avant de ressembler à une putain de saucisse carbonisée. Les fragiles, c'étaient pas son truc.
Il y avait aussi Maddie. Vingt-trois ans. Un visage tacheté de cicatrices. Vestige d'une acné ravageuse qui sévissait depuis ses douze ans. Malgré sa tronche ressemblant à un fromage granuleux, ses gros yeux bleus ainsi que ses cheveux roux lui attribuaient un certain charme. Malheureusement, les seuls amants qu'elle eut connu dans sa jeune vie de femme furent ses frères.
De l'autre côté de la table se trouvait Gaby. Quatorze ans. Elle caressait son gros ventre rond. Sept mois plus tôt, Buddy et Teddy avaient déversé au fond d'elle assez de sperme pour remplir les anciens seaux servant à la traite des vaches. A quelques semaines de l'accouchement, l'adolescente avait doublé de volume. Légèrement retardée, elle ne se rendait toujours pas bien compte que son futur marmot allait finir en pâté, tout comme le rejeton de sa sœur ainée.
Et tout près de Suzie était assise Linda.
Petite blondinette de huit ans.
Encore trop jeune pour se faire engrosser.
Enfin, tous les tests ne furent pas concluant, pour le moment.
Dans un berceau non loin de la gazinière luisante de tâches de graisse se trouvait un bébé. Il n'avait pas de nom. Il était le fils de Maddie. Son père? Teddy, ou bien Buddy. Mais cela n'avait aucune importance. Dans quelques mois, il finirait éparpillé dans l'un des nombreux pot de verre ornant les étagères de leur petite boutique familiale nommée "Les Produits De Notre Terre".
Modeste échoppe aménagée dans l'ancien garage de la maison proposant divers produits faits maison. Fromage, pâté, rillettes, abats.
Depuis la conception jusqu'à la vente, tout était fabriqué sur place. Un savoir faire que Mr Mckinney avait transmis à ses enfants bien avant qu'il ne décidât de se transformer à une torche humaine. Mais lorsque toutes les bêtes disparurent une à une, il fallut trouver une solution rapidement au risque de perdre la ferme et de finir dans la rue.
Dieu envoya son message au bon moment.
La mort du nouveau né fut une révélation.
Le soir même de l'accouchement, la famille toute entière dina les reste du gamin repêché entre les moignons de Suzie.
Et ce fut un délice - bien que pas assez.
L'idée était donc née : Teddy et Buddy, seuls hommes de cette famille, devaient féconder leur mère afin de garantir un apport en viande de qualité.
Malheureusement, ils ne pouvaient pas se contenter d'un tel plat une fois tous les neufs mois. Il fallait trouver d'autres pondeuses, comme ils aimaient les appeler ainsi.
Les trois sœurs durent écarter leurs cuisses à leurs frères, et par la même occasion leur offrir leur virginité. Maddie tomba enceinte rapidement. Elle venait d'avoir dix-huit ans. Ce fut la première des quatre grossesses qu'elle connut jusqu'à présent.
Pour Gaby, alors âgée de neuf ans, ce fut un échec. Il fallut attendre ses douze pour que la magie puisse opérer. Mais son jeune âge - et la consanguinité - ne lui offrirent qu'une fausse couche. Le jour de ses quatorze ans, on apprit qu'elle était de nouveau enceinte. Toute la famille croisa les doigts afin que son gosse ne finisse pas au fond des chiottes comme le précédent. Et pour le moment, tout semblait se dérouler pour le mieux.
Linda était bien trop jeune.
Mais parfois, la nature était bien faite. Buddy et Teddy croyait dur comme fer qu'un miracle pouvait de nouveau survenir. Dieu leur avait bien filé un petit coup de pouce, il pouvait encore le faire, non?
Alors, une fois par mois, ils s'aventuraient dans la chambre de leur petite sœur. Et une fois par mois, Suzie s'endormait sous les lamentations de sa fille qui résonnaient à travers la demeure. Pour se rassurer, elle priait. Encore, et encore. "Chaque être humain a son chemin de croix à effectuer" se disait-elle.

"Un peu de silence tout le monde, s'écria Buddy qui venait de se mettre debout sur sa chaise. Je voudrais porter un toast en l'honneur de notre chère mère qui fête aujourd'hui ses cinquante ans."
Le calme s’abattit dans la cuisine. Tous les regards étaient dirigés vers l'ainé de la famille. Ses cheveux roux retombaient sur ses épaules et luisaient sous la lueur blafarde de l'ampoule vissée au plafond. Tous les volets de la maison étaient fermés. Il fallait faire barrière à cette chaleur épouvantable qui sévissait dehors. Malgré ces efforts, la température dans la pièce était abominable. Chaque corps transpirait à grosse goutes, imprégnant l'atmosphère d'une odeur âcre et acide à la fois.
"Bien, reprit Buddy. Maman, pour te remercier de ton amour qui chaque jour submerge cette maison de bonheur, Teddy et moi-même, ainsi qu'aux noms de tous enfants, nous t'offrons cela !"
Depuis la porte donnant accès au salon, Teddy apparut en poussant la chaise roulante préalablement volée. Lorsque Suzie découvrit son cadeau, son visage se déforma de surprise et elle ne put s'empêcher de laisser couler quelques larmes qui firent ruisseler l'épaisse couche de mascara agglutinée sous ses yeux.
"Oh, mon Dieu! s'exclama-t-elle. Vous êtes des anges! Vite, faites-moi essayer cette merveille!"
Depuis que son ancienne chaise rendit l'âme quelques mois plus tôt, Suzie se déplaçait sur un fauteuil roulant construit par ses fils. Deux roues de vélo soudées sur un squelette métallique surmontée d'une chaise de camping. Difficile à manœuvrer, fragile et bruyant.
Le cul posé sur le siège, la mère de famille lâcha un long râle de délectation qui titilla l'excitation de Buddy. Il aimait voir sa mère prendre du plaisir.
"Cette sensation est divine, déclara Suzie tout en caressant du bout des doigts les accoudoirs immaculés de quelques traces de sang séché. Regardez-moi cette finition, cette qualité!
— Ça vaut une blinde un truc pareil, annonça Teddy, fier comme jamais.
— Ouais, plusieurs milliers de dollars, dit Buddy à son tour.
— Plusieurs millier de dollars? répéta Suzie, surprise et inquiète. Où avez-vous trouvé le fric? Vous savez qu'on a pas les moyens et que...
— T'inquiète pas, m'man, rassura Teddy qui venait de croquer dans un cornichon, je l'ai piquée."
La cinquantenaire poussa un léger cri de soulagement. Elle esquissa un sourire et fit signe à ses deux fils de s'approcher.
"Ouf, je suis rassurée. Venez ici que je vous embrasse mes chéris!"
Les deux frangins embrassèrent goulument l'un après l'autre leur génitrice , enroulant leur langue avec la sienne, mélangeant salive et morceaux de nourriture coincés quelque part dans la bouche. Devant ce spectacle des plus dérangeants, les trois filles continuèrent de déguster leurs plats.

Le reste du repas se passa dans la joie et la bonne humeur. Et quand vint le moment de manger le gâteau, Suzie prit la parole en direction de ses deux fils.
"Qui était la propriétaire de cette chaise roulante?
— La grosse Arlene, répondit Buddy sans aucune hésitation.
— Bien fait pour sa sale gueule, renchérit Suzie. J'ai jamais pu me la voir celle-là. Tu en fais quoi? Tu l'as laissé rentrer chez elle à pied? Pour une fois dans sa vie, elle s'est servie de ses jambes. Dire que moi je rêve de me déplacer debout et elle, alors qu'elle le peut, préfère poser son gros cul de vache dans une putain de chaise roulante.
— Je l'ai tuée, rétorqua l'ainé avec la même assurance dans la voix.
— Quoi? Tu as buté Arlenne?
— Ouais. Pourquoi, fallait pas?
— J'en sais foutrement rien s'il le fallait ou pas! Mais pourquoi tu n'as pas ramené son corps ici? Ce gros tas aurait pu nous offrit assez de viande pendant plusieurs mois! Et avec le taux de gras qu'elle se tapait, on aurait pu fabriquer de la graisse!"
Buddy se gratta la tête. Il n'y avait pas pensé. Du moins, il croyait qu'elle était bien trop grosse pour en faire quelque chose. Les gros, c‘était une vraie plaie. 
"J'suis désolé, maman. Je peux retourner la chercher. Elle n'aura pas encore pourrie.
— Nan, répondit Suzie qui ne souhaitait pas s'énerver le jour de son anniversaire. C'est pas grave. On a encore du stock dans la cave. Mais faudrait pas tarder à partir à la chasse. Les bébés, c'est bien, ça nous permet de récolter du lait maternel pour nos fromages et la viande est si tendre que c'est un véritable succès, mais le rendement est trop lent, beaucoup trop lent.
— Tu veux que j'aille chasser ce soir, demanda Buddy qui écoutait attentivement les paroles de sa mère.
— Non, pas ce soir. Ce soir, vous m'engrossez. Bientôt, je ne pourrais plus tomber enceinte. Nous devons profiter du temps qu'il me reste en tant que femme féconde. Et puis, ce sera une belle façon de clôturer cette merveilleuse journée, hein, mes chéris?"
Teddy et Buddy se firent un clin d’œil.
La nuit allait être riche en émotions.
Suzie était le genre de femme qui aimait prendre son temps pour être comblée. Et ça, ses fils le savaient bien.

Le lendemain matin, Buddy se leva avec un sacré mal de tête. La nuit fut courte et mouvementée. Suzie en avait demandé encore et encore, jusqu‘à ce que son frère et lui ne la supplie de leur laisser un petit temps de repos afin de retrouver la vigueur nécessaire pour un nouvel orgasme. L‘alcool coula à flot, et les hurlements bestiaux de la matriarche firent trembler toute la baraque.  Lorsqu’elle s‘endormit enfin, le vagin remplie à ras bord, Buddy s‘en alla dormir sur le vieux canapé du salon tandis que son frère s‘écroula sur le sol de la cuisine, son sexe gonflé et endolori entre les mains. Il se plaignit durant plusieurs minutes qu‘il allait perdre son membre si on ne l‘emmenait pas voir le Docteur Murray, mais après quelques jérémiades accompagnées de larmes discrètes, il s‘effondra lui aussi de sommeil.
 

Buddy enjamba Teddy qui ronflait sur le carrelage gras et se dirigea vers le frigo. Il se servit une bière et s‘installa sur l‘une des chaises qui entourait la table. Les restes de la veille y étaient encore entassés. Une nuée de mouches s‘y agglutinaient déjà, déposant leurs larves qui ne tarderaient pas à grouiller sur le moindre centimètre carré de viande froide. 
Buddy les dégagea d‘un geste de la main et saisit un morceau de gâteau pour venir le fourrer dans sa bouche. Il le mâcha bruyamment et l‘avala avec une certaine difficulté. 
Sur la porte du frigo était attachée à l‘aide d‘aimants une petite photo sur laquelle on pouvait distinguer les deux frères ainsi que la mère de famille sur la chaise roulante. Souvenir de la soirée d‘anniversaire. 
Sur le cliché, Teddy tenait dans ses mains le bébé sans nom. Dieu seul sait pourquoi il avait absolument voulu prendre ce gosse avec lui. L‘alcool lui était sans doute déjà  monté à la tête. Quand à Buddy, il faisait le con. C‘était une habitude chez lui. Il n‘était pas capable de se tenir sérieusement dès qu‘il voyait un appareil photo devant sa tronche. C‘était plus fort que lui.
“Putain, ma tête!“
Teddy remua sur le sol. Il ne portait que sa vieille paire de chaussette trouées. Durant la nuit, sa mère lui avait fait la remarque pendant qu‘il était en train de lui fourrer sa queue entre les seins. Elle lui avait demandé si ça ne le gênait pas d‘avoir son gros orteil en dehors de la chaussette lorsqu‘il portait ses botes. En guise de réponses, Teddy avait craché son jus entre les bourrelets du triple menton de Suzie qui ne tarda pas à lui foutre une rouste. 
“Dans ma chatte, je t‘ai dis! Dans ma chatte!“ avait-elle gueulé tout en s‘essuyant le cou à l’aide du vieux doudou de sa fille.
“Bien dormi? demanda Buddy qui venait d‘avaler un nouveau morceau de gâteau.
— Dormi? J’ai eu mal au gland toute la nuit. Dès que je fermais l’œil, j‘avais l‘impression que ma queue était prise dans un piège à souris!
— Maman était dure avec nous. J‘espère que ça portera ses fruits.
— Avec tout ce qu‘on lui a laissé au fond du trou, j‘espère bien. J‘ai franchement pas envie de recommencer ça une nouvelle fois.“
Teddy se releva avec peine et inspecta l‘état de son sexe. Hormis qu‘il était rouge comme une tomate trop mure, tout avait l‘air d‘être en ordre.
“Tu vas chasser aujourd’hui? demanda-t-il en s‘asseyant au bord de la table, le trou de balle à quelques centimètres d‘un plateau de fromage au lait maternel.
— Non, je pensais faire un peu de pâté avec la viande congelée. On a épuisé pas mal de stock pour l‘anniversaire de maman. La boutique est pratiquement vide et Tommy m‘a demandé de lui préparé un kilo d‘abats pour une soirée dans son bar. 
— Des abats? On en a encore?
— Pas au frigo en tout cas.
— Va falloir piocher dans la réserve alors?
— Ouais, et il ne nous reste qu‘une bête.“
Les deux frangins se fixèrent pendant un court instant. Les temps étaient difficiles. Ils savaient que les méthodes qu’ils employaient n‘étaient pas trop éthique. Mais c‘était le seul moyen pour eux de faire perpétrer cette petite affaire familiale dont ils étaient si fiers.
“Bon, occupe-toi de la viande, moi je vais aller chasser, annonça Teddy. 
— Fais gaffe à toi. N‘oublie pas que j‘ai buté la grosse Arlene hier. Il risque d‘y avoir du mouvement en ville.
— T’inquiète pas pour ça. Ne dis rien à maman, je ne veux pas qu‘elle se fasse un sang d‘encre. Dis-lui que je suis parti faire un tour à la foire.“
Les deux frères se séparèrent.
Buddy sortit de la maison et traversa la cours sous une chaleur plus écrasante que celle de la veille. Lorsqu‘il disparut dans la grange, le pick-up démarra avec Teddy au volant. 
Fini la fiesta, il était temps de se mettre au boulot.

 

Un four.
Un putain de four.
Voilà à quoi pensa Buddy quand il pénétra dans la grange. Derrière lui, la vieille porte vermoulu manqua de se briser en deux lorsqu’elle claqua. 
Une odeur de poussière, de foin et de putréfaction lui monta immédiatement au nez. Mais ça, il n’en avait rien à foutre. Cette puanteur, il l’a connaissait si bien qu’il arrivait à l’ignorer sans même grimacer. En revanche, voir les cadavres de ses vaches lui faisait toujours aussi mal.
Bien entendu, il n’en restait désormais plus grand chose. Juste un squelette parsemé de chair noire et de quelques insectes pas trop regardant sur la qualité de leur nourriture. Mais avant qu’elles ne soient réduites en cet état, elles étaient passées par toutes les phases de la décomposition. Autant dire que durant les premières semaines, il fallait avoir le cœur bien accroché pour de ne pas dégueuler. 
Buddy les aimait bien ses vaches. Elles avaient toutes un surnom.
Katja, Mia, Anissa, Ava, Diamond... Des noms de stars du porno qui lui permettaient d’assouvir certaines pulsions nocturnes. Quelques fois, au moment d’éjaculer, il aimait penser à l’une de ses génisses. Il se voyait en train de soulever leur queue et de les pénétrer sauvagement tel un taureau, hurlant de plaisir, s’abandonnant à ses instincts les plus primaires.
Mais une fois l’orgasme passé, Buddy s’en voulait. Il trouvait ça malsain et Dieu n’accepterait pas de lui ouvrir les portes du paradis s’il continuait à se branler sur le cul de ses vaches.
Les avoir laisser crever de soif dans cette maudite grange fut l’une des épreuves les plus douloureuses qu’il eut connu. En guise de sépulture, il avait préféré les abandonner là, dans cet endroit qui les avait vu grandir. Ce lieu tout entier était leur tombe. Une sorte de sanctuaire.
Sur chaque cadavre, il avait planté une petite croix en bois et avait gravé leur nom à l’aide d’un vieux briquet trouvé dans une carcasse de bagnole. Et parfois, il venait ici en pleine nuit pour prier. C’était sa façon de leur rendre hommage.
Buddy traversa la grange, l’esprit quelque peu troublé. Arrivé près de l’ancienne cuve à lait, il se pencha et souleva une planche de bois en prenant garde ne pas s’enfoncer une foutue écharde dans les doigts. 
Il la balança derrière lui et un épais nuage de poussière s’éleva alors pour venir se disperser dans les airs, traversé par de nombreux faisceaux lumineux provenant des dizaines de trous qui parsemaient la toiture.
Cette fois-ci, l’effluve qui remonta depuis la petite trappe lui arracha un jet de bile qui termina dans une brouette rongée par la rouille.
Cette odeur de pisse et de merde, Buddy ne la supportait plus. C’était le principal inconvénient de cette planque. Aucune aération et une chaleur étouffante qui faisait remonter à la surface ces relents immondes et nauséabonds. Et quand on dégageait enfin la planche de bois qui servait de porte, on se prenait un nuage de puanteur en pleine gueule. Un truc si horrible qu’on pouvait se demander comment il était possible de vivre dans un tel atmosphère.
Buddy inspira longuement afin de rester en apnée le plus longtemps possible, puis il descendit dans la trappe à l’aide de la petite échelle en acier qui était fixée au mur. Lorsqu’il posa ses deux pieds sur le sol, il se retourna et inspecta la pièce.
Elle était là.
Les deux jambes attachées à de lourdes chaînes elles-mêmes solidement ancrées dans les cloisons, la jeune femme releva la tête vers son ravisseur. Elle ne put s’empêcher de lâcher un petit cri et se précipita dans l’un des coins de la salle pour venir s’asseoir en repliant ses genoux contre sa poitrine volumineuse. 
Autour d’elle, le sol était jonché d’excréments et de flaques d’urine. Elle n’était pas la seule responsable puisque les déjections des anciens prisonniers ne furent jamais enlevées. Et dans un trou à rats comme celui-ci, le noir était des plus total quand on refermait l’ouverture de la trappe avec la planche. 
C’était pour cela qu’il était difficile de marcher ici sans tomber sur une trace de merde qui s’étendait sur plusieurs mètres. Dans une telle obscurité, c’était tout bonnement impossible  de ne pas venir sans foutre plein les pieds - et ailleurs. Alors, quand Buddy remarqua le corps de sa captive recouvert de croutes marrons, il se retint de dégobiller une nouvelle lampée de bile acide. 
« Putain, tu t’en es foutue encore partout! Et qui c’est qui va devoir laver toute cette merde ? C’est bibi! »
La jeune femme ne répondit rien. Elle se contentait de fixer  avec de petits yeux l’enfoiré qui la retenait ici depuis bien trop longtemps. 
Tout en avançant avec précaution jusqu’à elle, Buddy sortit de sa poche arrière une bouteille de chloroforme et un morceau de tissu dont il se servait régulièrement pour s’éponger le front de cette transpiration tenace qui lui pourrissait l’existence. Il déversa le contenu du flacon contre le mouchoir et s’approcha de sa prisonnière qui ne tarda pas à se déporter le long du mur. 
« Tout doux, lança-t-il. Tout doux. Tu me fais penser à Ava, l’une de mes vaches. Elle était méfiante et très maligne. »
La jeune femme recula jusqu’à tendre ses chaînes à leur maximum. Elle voulut contourner Buddy, mais celui-ci l’attrapa par les cheveux et la ramena vers lui d’un coup sec. 
« Viens ici ! M’oblige pas à te péter les genoux! »
Sans plus attendre, il plaqua le tissu contre le visage de sa proie et attendit que les vapeur de chloroforme fassent effet. 
La femme se débâtit pendant quelques instant, griffant au passage les avant-bras de son agresseur. Mais sa tête se mit brusquement à tourner et un voile noir ne tarda pas à recouvrir son champs de vision.
Au-dessus d’elle, Buddy la contemplait. Il regardait ses gros nichons qui se balançaient de gauche à droite tandis qu’elle se mouvait de plus en plus lentement jusqu’à s’immobiliser complètement. 
Lorsqu’il relâcha son étreinte, le corps flasque de la jeune femme tomba sur le sol dans un bruit sourd. Les chaînes claquèrent les unes contre les autres, puis le bruit s’estompa de façon aussi brusque qu’inattendue, comme happé par une force maléfique.  
« Dommage, elle était plutôt bonne cette garce. » pensa Buddy, le regard perdu sur les formes pulpeuses de sa victime.
Lors des parties de chasse, les deux frangins prenaient garde à ne choisir que des femmes ou des hommes plutôt bien en chair. Les maigres ne donnaient aucune viande. Seuls leurs os pouvaient servir pour concocter quelques bouillons. Non, ce qu’ils préféraient, c’étaient celles et ceux qui en avait sur la carcasse. Il fallait pouvoir récupérer un maximum de bidoche. Les trop gros n’étaient pas non plus  des cibles de qualité. Le surplus de graisse rendait la viande indigeste. Et surtout, c’était loin d’être une partie de plaisir lorsqu’il fallait les transporter jusqu’ici. 
Lors de leur début dans cette belle aventure familiale, Buddy et son frère avait chassé un gros bonhomme tout droit venu du Texas. Il était resté  coincé dans la trappe au niveau de son cul. Teddy était descendu en premier et le pauvre bougre resta dans l’obscurité la plus totale pendant plus de deux heures. Ajoutez à cela les odeurs de merde, de pisse et putréfaction, et vous comprendrez pourquoi il préférait maintenant chasser plutôt que de s’occuper du gibier. 
Finalement, les deux frères avaient opté pour une solution radicale : découper le texan à même la trappe. Malheureusement pour lui, la douleur le sortit de sa torpeur. Quand il se réveilla en poussant des hurlements à vous arracher les tympans, Buddy était en train de lui déchiqueter les bourrelets de son ventre à coup de scies à bois. En dessous de lui, Teddy lui tirait les jambes  si fort que son fémur finit par sortir de sa cavité dans un claquement sec.
Afin de travailler dans de bonnes conditions, Buddy décida de trancher la gorge du pauvre homme histoire de pouvoir se concentrer sans avoir à entendre ses mugissements d’enfant gâté.
Après cet échec, les deux frangins se jurèrent de ne plus jamais chasser d’obèses.


Grâce à un ingénieux système de poulie, Buddy avait pu extraire sa proie depuis la cave sans devoir se la coltiner sur les épaules pendant qu’il escaladait l’échelle. Il l‘avait ensuite foutu dans une brouette dont le fond n’était qu’un amas de sang séché et l’avait emmené jusqu’à une petite pièce derrière la cuisine de la maison.
C’était une salle sombre, sans fenêtre et aux murs épais. Bien plus fraîche que le reste de la baraque, c’était ici que Buddy transformait le gibier en délicieux mets qu’ils revendront à prix d‘or dans leur boutique. 
C’était aussi la pièce la plus propre de la maison. Sur le sol, le carrelage blanc reflétait la lumière froide des néons qui grésillaient de façon presque imperceptible. Les murs étaient parsemés de petites tâches marrons. Même avec la plus grande des précautions, il était difficile d‘empêcher le sang de gicler.
Au centre de la pièce, une table en acier inoxydable qui avait un coûté un bras à la famille, mais dont la qualité leur procurait une certaine fierté. Et à ses côtés, une petite table sur laquelle plusieurs ustensiles de boucher y étaient entreposés. Un veritable attirail de professionnel.

Buddy déposa le corps nu de la femme sur la table. Il inspecta son poitrine : elle respirait toujours. 
Parfait.
Il fallait les abattre au dernier moment.
Il plaça son index le sternum et le fit glisser sur la peau jusqu’à contourner le sein gauche. Il remonta jusqu’au téton et le pinça légèrement. Au même instant, il sentit sa bite se dresser dans son pantalon.
“Non, non et non! s‘écria-t-il en reculant de quelques mètres. Tu n‘as pas le droit de baiser la viande! Maman ta l‘as interdit, tu comprends?“
Tout en vociférant contre lui-même, Buddy s‘auto-gifla jusqu’à ce que son visage prit une teinte rougeâtre. Après quelques secondes de réflexion, il s‘avança vers la table et scruta de nouveau le corps inerte de la femme. Son regard descendit jusqu‘à son pubis, et sous la touffe de poils brun, il devina le clitoris qui n‘attendait que d‘être titillé.
Sans laisser le temps à son pénis de réagir, Buddy plongea la main au milieu des outils et saisit un couteau dont la lame argentée semblait scintiller. Et dans le feu de l‘action, il trancha la gorge de sa proie. Le visage de celle-ci changea quelque peu, et un bruit d‘air aspiré à travers une paille jaillit depuis le sillon gorgé de sang. Un flot d’hémoglobine se déversa dans les petites rigoles de chaque côté de la table pour finir dans un récipient, le tout sous un bruit poisseux et épais.
Buddy restait de marbre. Il contemplait ce corps dont la vie disparaissait petit à petit. Et lorsque le cœur cogna une dernière fois dans sa poitrine, le jeune fermier se mit au travail.
 

Le soleil commençait légèrement à décliner. Le ciel devint orange et l‘horizon sembla s‘embraser en un clin d’œil. L‘air était toujours aussi chaud. Des odeur d‘herbes sèches inondaient l’atmosphère au point d‘en devenir écœurant.
Buddy sortit de la maison. Il était recouvert de sang et son visage portait les stigmates d‘une nuit trop courte et d‘une journée trop longue. 
Cette salope lui avait filé du fil a retordre. Il faillit se trancher la main gauche en voulant lui sectionner l’humérus. La lame était passée à quelques centimètres de son poignet. Ce genre de connerie, ça ne lui arrivait jamais. Mais bosser toute l’après-midi comme un nègre alors qu’il n‘avait dormi que quelques heures, c’était de l’inconscience pure et dure. 
Enfin bon, le travail était enfin terminé. Celle qui lui avait foutu une bien belle trique quelques heures auparavant reposait désormais  dans plusieurs bocaux. Les plus grosses partie de son corps étaient en train de roupiller dans le séchoir et ses viscères marinaient dans une sauce maison à l‘ail et aux petits oignons.
Au loin, un nuage de poussière se dispersa dans les airs. 
Teddy revenait de la chasse.
Lorsqu'il gara le pickup dans la petite allée recouverte de gravier, Buddy repéra plusieurs corps allongés sous une bâche à l'arrière du véhicule.
"On dirait que la chasse s'est bien passée? demanda-t-il tout en écrasant son mégot de cigarette sous le talon de sa botte.
— Oh oui ! répondit son frère de manière enjouée. J'ai toute une famille à l'arrière de la caisse.
— Ils sont morts?
— Non, endormis. Je les ai choppé un par un dans une caravane au sud de la ville. Il y a deux mômes qui n'ont pas plus de dix ans, une ado et les deux parents."
Buddy souleva la bâche.
Il examina les corps, les palpa - et en profita pour glisser une main sous les nichons de la mère - puis il se retourna vers Teddy.
"Pourquoi ils saignent?
— Je les ai d’abord assommé avec mon marteau, puis je les ai shooté au chloroforme comme tu m'as dit. C'était y a environ quarante minutes.
— Faut les foutre dans le caveau avant qu'ils se réveillent" ordonna Buddy, exaspéré par la quantité de travail qui l'attendait.

 

La nuit était tombée.
Buddy était allongé sur son lit dont les ressors grinçaient au moindre mouvement. Dans la chambre d'à côté, il entendait sa jeune sœur Linda qui pleurait sous les coups de bassin de Teddy. Il ignorait si son frère prenait du plaisir à baiser cette gamine ou bien s'il faisait pour la famille. Dans tous les cas, il savait que c'était mal. Mais comme le disait si bien sa mère - qui n'avait pas bouger de son lit de toute la journée afin d'éviter de perdre toute la semence logée au fond de sa chatte gonflée par des heures de labourage - tout le monde avait son lot de sacrifices à faire afin que leur belle petite famille puisse subsister.
Mais ce soir, il était trop crevé. Chaque mouvement qu'il faisait lui était insupportable.
Demain, il aura retrouvé la vigueur d'un cheval de course et il pourra à son tour tenter de féconder sa petite sœur, même si c'est mal.
Avant d'éteindre la petite lampe de chevet poussiéreuse qui trainait sur le sol au milieu de mouchoirs usagés et de slips sales, il plongea sa main droite dans la poche de sa salopette ensanglantée qui lui servait aussi de pyjama. Il attrapa la chose molle et velue du bout de ses doigts et la sortit délicatement pour venir l’amener juste devant son visage. Quand il déplia ses doigts, il l'a vit enfin.
"J'aurais tant voulu te goûter quand tu étais encore entière, dit-il tout bas. Mais maman me l'interdit."
Dans la paume de sa main trônait un amas de chair sanguinolente entouré de poils bruns et secs. Au centre, le clitoris se dressait sur un ou deux centimètres tandis que les lèvres noircies par un sang coagulés s'ouvrait timidement pour laisser entrevoir un trou béant.
À la vu de cette vulve décharnée, Buddy sentit son pénis se dressait.
Finalement, il n'était plus si fatigué.
Et puis, ce genre de vaginette pourrissait en moins de deux, il fallait en profiter.
Dans les râles de plaisir qui s'échappaient des deux chambres, désormais on n'entendait plus les pleurs de Linda.
 


 

 







   
 

 

 

 

 


 

 

 
 

 

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