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Le journal d'un esprit libre

Au nom de Satan

Au nom de Satan

AU NOM DE SATAN

 

    " C'est ça, avale tout mon enfant ! C'est le jus du Saint-Esprit!"
    La prostituée eut un mal de chien pour ne pas dégueuler. Non pas à cause du goût. Du sperme reste du sperme. Même si parfois certains clients giclaient un truc qui ressemblait plus à de la sauce soja qu'à du foutre, elle en était rarement écœurée.
    Le souci avec le père Sullivan, c'était les quantités astronomiques qui sortaient de son engin. On pouvait remplir un magnum de champagne juste avec un seul orgasme. Et lorsqu'il lui fallait avaler tout ce liquide, autant vous dire que la moitié lui ressortait par le nez. Pas tous les jours faciles comme job, ça non.
    " Je suis mitigé avec toi, Wendy, annonça l'homme de Dieu tout en remontant son pantalon.
   — Comment ça ? répondit la jeune femme toujours à genoux, le teint orange et le visage humide.
   — Je sais pas si tu mérites ta place en Enfer ou au Paradis. Avec un tel talent de suceuse, je connais deux ou trois petits anges perchés là-haut dans les nuages qui aimeraient glisser leur asticot entre tes chicots. Mais le Diable est au courant de tout ça. Il ne laissera pas passer cette occasion afin de t'avoir à ses côtés pour l'éternité. Et là, ce ne sont pas une ou deux pipes par semaine qu'il te demandera, mais bien ton corps tout entier jusqu'à ce que ton âme finisse par rejoindre celles des damnés."
    Wendy se releva. Elle remit à l'intérieur de son soutien-gorge l'un de ses seins qui en était sortie et s'essuya le visage avec une serpillère qui trainait par terre.
    "Je ne veux pas finir comme esclave sexuelle auprès du Diable, dit-elle soudainement inquiète pour son avenir post vitam. Que dois-je faire mon Père?"
    L'intéressé s'avança jusqu'à la jeune femme et glissa une main dans ses cheveux blonds décolorés.
    "Je peux prier pour toi et m'arranger que le Seigneur soit clément avec toi.
    — Vous feriez ça pour moi?
    — Évidemment, Wendy. Tu sais que tu es ma préférée. Et ça depuis que tu es enfant."
    Le père Sullivan attrapa une mèche de cheveux et il la fit rouler lentement entre ses doigts.
    " Tu étais déjà si craquante, si douce, si fragile. Je ne veux que ton bien.
    — Merci, mon Père, merci infiniment. Je ne sais pas comment vous remercier!"
  L'homme d'Église tira alors violemment la tête de la prostituée vers son visage. Il plaça ses lèvres desséchées par le soleil contre l'oreille de Wendy et lui chuchota:
    " Sois gentille avec moi, et tu ne connaitras pas l'Enfer. Demain, viens donc me voir après la messe de onze heures et pense à te faire un lavement. Tu ne veux pas que ça finisse comme la dernière fois, hein?
    — D'accord mon Père, répondit-elle. Je serai là et je serai propre, je vous le promets.
    — Bien, très bien."
    Le père Sullivan lâcha les cheveux de la jeune femme et lui tapota les fesses.
    "Bon, file bosser un peu sinon j'en connais un qui ne sera pas content."
    Tout en la regardant s'en aller, il porta ses mains à sa moustache et en brossa les poils avec ses doigts.
    Quelle conne, pensa-t-il.

    Le père Sullivan était un homme respecté à Sandview.
   Non seulement il détenait un charisme sans égal, et en plus de cela, beaucoup de miracles avaient vu le jour entre les murs de sa petite église.
   Par exemple, le vieux Richard avait retrouvé l'usage de sa jambe. Il avait disparu derrière la porte du bâtiment à cloche-pied et en était ressorti en sprintant comme un cheval de course.
    George, l'ancien gérant de la pompe à essence, tombait jour après jour dans la démence. Il disait voir des extraterrestres chaque soir une fois le soleil couché. Les martiens cherchaient à faire le plein dans leur soucoupe volante et ils en voulaient terriblement au vieux bougre d'avoir lâché la station. Du coup, le père Sullivan régla le problème en trois heures chrono. Plus jamais George n'avait parlé des petits hommes verts, plus jamais.
    Et dans une petite ville comme Sandview, ce genre de nouvelles défilaient plus vite qu'une balle de révolver. En quelques mois, les demandes d'exorcisme avaient explosé. Pour faire le tri, il fallait allonger la monnaie ou payer avec un service.
   Les plus riches se ruinaient pour faire disparaitre une voix caverneuse qui régnait dans le fond de leur esprit, les plus pauvres devaient trouver une autre solution.
    Les filles comme Wendy ouvraient leurs cuisses. Une place auprès du Seigneur valait tous les sacrifices du monde.
    Mais lorsque l'on ne possédait rien, Dieu restait invisible.
    Enfin, ça, c'était avant que le père Sullivan ne trouve la solution.


    "Mon Père, puis-je vous parler en tête à tête?"
    Sullivan releva les yeux. Devant lui se tenait madame Baker, une grosse femme au physique ingrat. Elle portait la même robe de chambre rose depuis des années. Un truc épais qui n'avait rien à foutre en plein milieu du désert. Même les Esquimaux trouveraient ça trop chaud. Là-dessous, ça devait suinter comme jamais.
    Elle fixait le prêtre avec ses gros yeux globuleux. Ses épais sourcils n'en formaient qu'un seul. Ils étaient si buissonneux qu'une famille d'oiseaux aurait pu faire un nid là-dedans sans que jamais personne ne s'en rende compte.
    Le père Sullivan expira longuement par le nez. Il venait de se faire sucer par l'une des putes les plus sexy de la ville, et voilà que Miss Égouts se ramène devant lui. De quoi vous foutre la nausée cette bonne femme.
    Même un nécrophile n'en voudrait pas
    "Madame Baker, que puis-je pour vous? demanda-t-il en s'efforçant de rester poli.
    — J'ai un souci mon Père, un souci de santé."
  Son visage rond et rose tremblait. Un fin opercule luisant recouvrait sa peau. Sous le soleil, elle rayonnait de laideur.
    "C'est assez difficile d'en parler, reprit-elle.
    — Allons, vous pouvez tout me dire. Je suis un homme de Dieu, vous n'avez rien à craindre de moi."
    La grosse femme frictionna ses mains l'une contre l'autre et, armée de courage, se lança:
    "Ça concerne ma chatte."
    La tête de Sullivan recula légèrement.
    "Votre chatte ? J'ignorais que vous possédiez un animal de compagnie."
    Madame Baker se mit à rougir subitement. Son visage gras ressemblait désormais à une tomate trempée dans de la cire.
    "Non, mon Père, vous n'y êtes pas. J'ai pas d'animal chez moi, mon mari ne le tolérerait pas. Je parle de ma chatte entre mes jambes. J'sais pas comment on dit ça autrement."
    T'es sérieuse la grosse? Tu viens ici pour me parler de ton trou à MST?
    "Ce n'est pas grave, répondit Sullivan l'esprit tourmenté. Continuez.
    — Elle me fait un mal de tous les diables. Le docteur ne sait pas trop quoi faire. Il m'a dit que c'était peut-être un cancer, mais il sait pô. Je devrais aller à Phoenix pour voir les meilleurs spécialistes, mais j'ai pas les moyens.
    — Je vous comprends. Je suis désolé de l'apprendre et je peux vous certifier que je vais prier pour vous."
    Sullivan s'apprêtait à lui tourner le dos quand la voix de madame Baker résonna dans toute l'église.
    "Mon Père, aidez-moi autrement s'il vous plaît. Mon mari a peur de venir y fourrer sa queue. Il me dit que c'est contagieux et il veut pas qu'on la lui coupe si jamais elle s'infecte. Je me sens sale et délaissée."
    Sale? Commence par prendre une douche gros tas de bidoche!
    "
Madame Baker, dit le prêtre en se plaçant juste devant elle. Qu'attendez-vous de moi exactement?
    — Je sais que vous faites des miracles et…
   — Je suis désolé de vous interrompre, mais vous êtes au courant que mes services ne sont pas gratuits, bien au contraire. Et vous venez de me dire que vous n'avez pas d'argent. Donc, je suis navré. Je ne peux rien faire pour vous." 
    La bouche de la grosse femme tressauta. Elle baissa la tête et de ses doigts boudinés, elle saisit la ceinture entourant sa robe de chambre. Devant elle, le père Sullivan s'éloignait en direction de l'autel.
    "Mon Père ! "s'écria-t-elle.

   Alors, elle arracha sa ceinture et son peignoir s'ouvrit, dévoilant un corps aussi suant que son visage. Ses énormes seins retombaient mollement contre une armée de bourrelets et une touffe de poils secs descendait de son bas ventre jusqu'à ses cuisses jonchées de varices. Un tatouage impossible à identifier entourait son nombril disgracieux.
     Le prêtre lâcha un cri d'effroi.
   "Non de Dieu! Mais vous avez perdu la tête ou quoi? hurla-t-il tout en la pointant du doigt. Cachez-moi cette horreur! Vous êtes dans la maison de notre Seigneur ici, pas dans votre chambre à coucher!"
    Madame Baker s'empressa de rattacher sa ceinture et se mit à pleurer, le visage enfui entre ses mains.
    "Je suis désolée, mon Père, déclara-t-elle, la morve au nez. Je sais que vous acceptez ce genre de services. Je voulais vous offrir mon corps en échange d'un miracle. Je me sens si honteuse, que Dieu me pardonne !"
    Sullivan se rapprocha d'elle, le cœur battant.
    Seigneur, comment as-tu pu engendrer de telles monstruosités?
   "Il est vrai que j'accepte des services plus charnels. Mais soyons réalistes une minute, vous n'êtes pas ce genre de fille. Vous ne pouvez pas vous comparer physiquement à la petite Wendy ou bien Megan. Il y a des limites à tout."
    La grosse femme renifla bruyamment et finit par s'essuyer le nez en remontant sa robe de chambre sur son visage. Le prêtre détourna les yeux un moment.
    "Il n'y a aucune solution pour moi alors?" questionna-t-elle.
    Sullivan caressa sa moustache. C'était un réflexe qu'il avait lorsqu'une idée germait dans son esprit.
    "Il existe une solution, madame Baker. Mais avant toute chose, me faites-vous confiance?"

 

    Installée sur une chaise en plastique dans la cuisine de l'église, Madame Baker attendait le retour du père Sullivan. Sous ses yeux rougis, de larges traces noires de maquillages retombaient jusqu'à ses pommettes grasses. Elle contemplait ses doigts de pied qu'elle venait de sortir de ses pantoufles rose bonbon.
    "Madame Baker ! Me voilà enfin!" lança le prêtre en entrant dans la pièce.
    La grosse femme se redressa sur sa chaise et remit ses panards dans ses chaussons.
  "Je ne vais pas y aller par quatre chemins, commença-t-il, mais je dois vous prévenir que ce que je m'apprête à vous dire va peut-être vous surprendre, voire vous choquer. Êtes-vous sûre de vouloir l'entendre?"
    Madame Baker secoua frénétiquement la tête de haut en bas en guise de réponse.
    "Parfait. Écoutez-moi attentivement."
    Sullivan posa ses deux coudes sur la table et s'approcha de son interlocutrice. La lueur de l'ampoule de la cuisine se reflétait contre son crâne chauve.
    "
Si Dieu ne veut pas vous écouter, alors nous devons nous adresser à son rival.
    — Son rival? répéta-t-elle.
    — Exactement."
    Le prêtre se repoussa en arrière et vint poser ses jambes sur la table. Il croisa ses pieds et se trifouilla une dent à l'aide de son index.
    "Vous savez, madame Baker, il n'y pas que Dieu qui puisse accomplir des miracles. Satan le peut aussi."
   Devant ces mots, la grosse femme sursauta sur sa chaise. Elle ramena ses mains potelées à son visage et chuchota :
    "Satan? Mais mon Père, vous n'avez pas le droit de prononcer ce nom dans une Église!"
    Sullivan émit un rire gras.
   "Et pourquoi pas? Hein? Vous pensez que je vais me faire foudroyer par le Seigneur tout puissant, car j'ai osé proférer le nom du Malin?"
    Il secoua la tête, ramena ses pieds sur le sol et se leva d'un bond pour venir contourner la table et s'asseoir sur l'un des rebords à proximité de madame Baker.
    "Satan peut vous apporter une sacrée aide. Et à la différence de Dieu, il n'est pas surchargé de prières et de demandes à la con."
    Outrée par les mots du père Sullivan, Baker ne put s'empêcher d'ouvrir sa bouche en grand lui donnant un air de donut.
    "Allons, ne faites pas la prude! dit-il après avoir remarqué le visage étonné de la grosse femme. Les gens demandent l'aide du tout puissant pour tout et n'importe quoi. Comment voulez-vous qu'il réponde à tout le monde ? Alors que Satan, personne ne veut avoir affaire à lui. Les gens se chient dessus seulement lorsqu'ils entendent son nom. Alors, lui demander de l'aide, ça ne leur viendrait jamais à l'esprit."
    Madame Baker affichait une mine effarée. Elle remua sur sa chaise comme un asticot au bout d'un hameçon.
    "Mon Père, comment dois-je m'y prendre pour que..."
    Elle hésita un instant.
    "Pour que Satan me vienne en aide?"
    Sullivan enfonça ses mains dans ses poches et se racla la gorge avant de répondre.
    "C'est simple, m'dame Baker. Satan, lui ce qu'il aime, c'est les sacrifices humains."
    La grosse dame fit un bond sur elle-même. Elle posa l'une de ses mains sur sa poitrine comme si elle était victime d'un infarctus.
    "Des sacrifices? Mais de qui? Oh mon Dieu, c'est terrible ce que vous me dites là mon Père, c'est terrible!
    — Allons, allons, pas besoin de se m'être dans un tel état. Réfléchissez bien à ce que je viens de dire au lieu de monter sur vos grands chevaux.
    — Je suis désolée mon Père, mais j'étais loin d'imaginer ça.
    — Les sacrifices se font depuis la nuit des temps. Y a rien de surprenant là-dedans.
    — Mais quand même, mon Père. Une vie humaine, c'est pas rien."
  Sullivan se frotta la moustache. Cette bonne femme commençait rudement à le faire chier. Dire qu'il pourrait faire une sieste ou bien aller boire une bière fraiche en compagnie de deux ou trois putains. Mais non, le voilà qu'il se coltine cette grosse dinde qui joue la traumatisée à chacun de ses mots.
    "Madame Baker, on parle ici de votre vie. Si vous ne faites rien, la prochaine fois qu'on se reverra ce sera à votre enterrement, vous comprenez? Alors, mettez de côté vos émotions et soyez plus pragmatique!"
    La grosse femme le fixa avec d'énormes yeux ronds.
    Elle doit comprendre un mot sur deux cette idiote.
    "Voulez-vous vivre, oui ou non? demanda-t-il tout en plongeant son regard dans le sien.
    — Oui, bien sûr que je veux vivre.
    — Alors, trouvez-moi quelqu'un afin d'abreuver Satan en sang."
  Sous son épaisse robe de chambre, un frisson germa sur le corps de madame Baker. Elle se frotta machinalement les cuisses, l'esprit ailleurs.
    "N'importe qui? questionna-t-elle.
    — Non, pas n'importe qui. Il me faut une vierge. Ce soir, je vous donne rendez-vous à 23 h 30 dans l'église. Venez avec celle qui offrira corps et âme à Lucifer. "

 

    La nuit venait de tomber sur Sandview. Malgré un ciel d'encre, la chaleur continuait de faire rôtir les cervelles dans leur boite crânienne. Au Tommy's Bar, les filles dansaient sur leur podium, frottant leur minou contre les barres de pôle dance qui grinçaient dangereusement à chaque acrobatie. Le sol était jonché de billets collants. La bière coulait à flots, la musique résonnait et tous les poivrots de la ville gueulaient à s'en déchirer les cordes vocales. Et quand Tracy, la seule noire du staff, écarta ses cuisses pour venir s'y glisser le goulot d'une bouteille de whisky et se vider le contenu au fin fond de son estomac en passant par l'entrée du bas, ce n'était plus désormais que quelques cris que l'on pouvait entendre dans la pièce, mais un véritable concert de hurlements bestiaux.
    Les billets volèrent à travers le bar. Tracy en ramassa une poignée et, la bouteille coincée entre jambes à l'aide d'une main, elle s'avança devant la foule en furie. Elle repéra un groupe de trois gars dont la sueur sur leur tronche trahissait leur excitation, monta sur leur table et tout en les fixant des ses yeux félins, annonça à son public :
    "Qui veut boire directement à la source?"
    Sur ça, elle dégagea le goulot depuis son vagin et laissa un flux de whisky couler sur les visages assoiffés des trois types qui se battaient presque pour en recevoir le plus possible dans la bouche.
    "C'est qu'ils ont soif ces trois gaillards! cria Tracy qui, de ses deux mains, écartait ses lèvres vaginales.
    — Encore, encore! implora l'un des gars dont ses cheveux mi-longs lui collaient au visage.
    Mais quand son pote, un type qui portait une casquette rouge et jaune, recula sur sa chaise et cracha sur sol, la mine écœurée, Tracy ne put se contenir. Elle explosa alors de rire et arrosa les trois hommes de son urine.
    "Elle nous pisse dessus la salope!" hurla le gars à la casquette.
    Les deux autres levèrent les yeux en direction de la strip-teaseuse qui continuait de leur uriner en pleine face.
    "Oh! La pute! s'écria celui dont les cheveux collés recouvraient pratiquement toute sa figure. Sale négresse, tu vas le regretter!"
    Il se leva d'un bond et empoigna Tracy par le bras. Il leva son poing, mais n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit qu'une chaise vint se briser sur son crâne. Il retomba aussi rapidement qu'il s'était levé, la tronche ensanglantée.
    Derrière lui se tenait Tommy, le gérant du bar. Un type d'un mètre quatre-vingt-dix pour cent trente kilos. Des mains grosses comme des pelles et une gueule si cabossée qu'il ressemblait à une peinture de Picasso. Il scruta les deux autres gars et les pointa un à un de son index géant.
    "Encore un qui ose la toucher et je lui brise la nuque, pigé?"
    Il s'accroupit, plongea une main dans la poche de celui qu'il venait d’assommer et en sortit plusieurs billets.
    "On touche pas mes filles sans payer. Même si c'est pour la cogner."
    Puis, il tourna la tête vers Tracy.
    "Arrête tes conneries et retourne sur scène."
    La jeune femme hocha la tête et s'en alla se trémousser devant le reste du public qui avait déjà oublié ce qu'il venait de se passer.
    "Bonne ambiance ce soir, tu trouves pas?"
    Sullivan se retourna. Derrière lui se tenait l'un des frère Mckinney. Lequel, il n'en savait foutre rien. Ces deux frangins se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. L'un était plus grand et maigre que l'autre, mais impossible de se souvenir qui est qui.
   "Ouais, cette petite Tracy n'a pas froid aux yeux, lui répondit-il tout en pointant la strip-teaseuse d'un mouvement de tête.
    — Oh ça non! J'ai entendu qu'du bien sur elle! Les nègres, elles ont un côté sauvage qu'on trouve pas chez nos gonzesses."
    Le prêtre se contenta de hausser les sourcils. S'il n'avait pas un sacrifice à faire, il aurait bien voulu passer la nuit avec Tracy. Mais connaissant Tommy, les tarifs pour espérer glisser un doigt dans le fion de la garce seraient des plus élevés.
    "J'vous paye un coup, mon Père? proposa le frère Mckinney.
    — C'est gentil, mais je dois partir. Le devoir m'appelle.
    — Je comprends, mon Père. Faut pas faire attendre le tout puissant.
   — Celui que je m'apprête à rencontrer est bien plus impatient que notre Seigneur," rétorqua Sullivan en avalant les dernières goûtes de sa bière.
    Il posa sur le comptoir du bar quelques dollars et salua Mckinney un hochement de tête.
    Tracy allait gagner un sacré pactole ce soir. Le public n'en avait que pour elle, ignorant les autres filles qui regardaient d'un air envieux leur rivale qui s'en mettait plein les poches.
    Sullivan s'était approché de la scène. Il manqua de glisser dans une flaque d'un liquide inconnu et fit un signe à Tracy. La jeune femme s'approcha du prêtre et s'accroupit pour être à sa hauteur.
    "Mon enfant, tes péchés sont nombreux et le Seigneur ne te pardonnera pas si tu ne cherches pas à te confesser, s'écria Sullivan en direction de la strip-teaseuse. Viens donc me voir à l’église afin de...
    — Hein? Parle plus fort, j'entends rien ! répondit Tracy qui dans cette position offrait une vue mémorable de son intimité.
    — Viens me voir à l'église!" répéta le prêtre qui sentait la chaleur lui monter à la tête.

    Cette salope me fait bander comme un âne!
    "Ouais okay, mon Père. Je vais y réfléchir. Vous savez, Dieu et moi on est pas trop copains!
    — Justement mon enfant, je peux vous...
    — J'suis désolée, la coupa-t-elle, je dois retourner danser sinon Tommy va me taper sur les doigts! À plus mon Père!"
    L'enfant de putain!
  Le prêtre l'observa se déhancher et glissa une main sur son entre-jambes. C'était pas le moment de s'asticoter. Il devait convoquer Satan pour faire plaisir à une grosse vache rongée par un cancer de la chatte.
    Seigneur, parfois tu es injuste!
    Il sortit du bar, les oreilles bourdonnantes. Comment Diable faisaient-ils tous pour ne pas être sourds ici?
En arrivant devant son église, il aperçut madame Baker qui tenait par la main une fillette qui semblait ne pas trop comprendre ce qu'elle foutait là en pleine nuit.
    À la vue de l'enfant, Sullivan se gratta la moustache et sourit.
    Certes ce n'était pas Tracy, mais il y avait quand même moyen de s'amuser un peu.

 

    "Aidez-moi, nom d'un chien!" hurla Sullivan en direction de Baker.
    La grosse femme posa ses mains contre les épaules de la fillette afin de la maintenir contre la croix. De son côté, le prêtre attacha les deux pieds de la môme ensemble et fixa le tout avec du fil de fer.
    Bien, passons aux bras!
   Malgré le mouchoir placé dans sa bouche, la gosse s'époumonait comme une chanteuse d'opéra. Elle remuait sur la croix de bois, tordant son cou dans tous les sens telle une possédée.
   "Mon... mon Père, balbutia madame Baker qui vraisemblablement regrettait d'être là, vous êtes sûr qu'on ne pas l’assommer? J'ai déjà vu mon mari faire ça aux cochons, je pense pas que c'est difficile.
    — Non ! cria Sullivan qui tentait tant bien que mal d'accrocher l'un des bras de la fille sur la croix. Il faut qu'elle soit consciente si vous voulez que ça marche!"
    Il serra si fort le fil de fer contre le poignet que les doigts se détendirent instantanément. La gosse poussa un hurlement quelque peu étouffé par le morceau de tissu fourré dans sa bouche.
    Sullivan se précipita sur l'autre bras puis le fixa solidement. Il recula pour contempler le travail, s'épongea le front à l'aide de sa tunique et s'adressa à Baker.
    "C'est bon, vous pouvez la lâcher."
    La grosse femme s'effectua et recula elle aussi.
    "Bon Dieu, elle vient d'où cette gamine, demanda le prêtre.
    — C'est la fille de mon voisin. Je l'ai déjà gardée de temps en temps."
    Sullivan observa la gosse. Elle remuait sur la croix, le visage rouge et trempé de sueur.
   Elle est mignonne dans son petit tee-shirt rose, pensa-t-il. Deux ou trois ans de plus et elle aurait pu trouver un job chez Tommy. C'est dommage.

    Les cloches de l'église résonnèrent.
    23 h 45.
    Bientôt minuit. Elle devait rendre son dernier souffle à 00 h 00. Pas une minute de plus ou de moins.
    "Faut se bouger le cul, s'écria-t-il en direction de madame Baker qui portait toujours et encore sa robe de chambre rose. Aidez-moi à relever la croix."
    Ils saisirent la croix et placèrent le haut de celle-ci dans un petit trou qui lui était dédié. La fillette gesticulait si fort qu'elle se tranchait elle-même la peau des tibias et des poignets.
    Il y eut un petit ploc, et la croix fut plantée dans le sol.
    Une croix retournée.
   "Bien, lança Sullivan. Maintenant, on doit la foutre à poil."
Baker voulut dire quelque chose, mais le prêtre l’attrapa par son peignoir.
"Écoutez-moi bien, espèce de grosse truie. Vos regrets je m'en contre bas les couilles, pigé? On ne peut plus faire marche arrière, Satan va être invoqué et cette gamine échangera son âme contre un service qui vous permettra de continuer à vous faire fourrer par votre mari. Si jamais nous reculons, Satan en personne viendra vous rendre une petite visite et ce n'est pas d'un putain de cancer que vous allez crever, mais des miles tourments les plus abominables qui soient. Alors je ne veux plus vous entendre!"
    Madame Baker resta figée sur place, la bouche légèrement ouverte, un mince filet de bave lui coulant sur le menton. Quand elle reprit ses esprits, elle vit Sullivan en train d'arracher les vêtements de la gamine. Elle le regarda faire sans broncher.
    Cette gosse était une merdeuse de toute façon. Elle se souvint qu'une fois, lorsqu'elle l'avait gardée, elle avait chié dans sa baignoire. Pas une merde d'enfant, oh ça non. Mais un truc titanesque qui avait tellement collé à la fonte qu'elle avait dû se racheter une nouvelle baignoire. Et tout ça à cause d'une merde de gosse.
    Alors, qu'elle crève cette petite garce! De toute façon, elle était vouée au Diable. Faut voir comment elle s'habillait parfois. Même pas onze piges qu'elle se trimballait déjà le cul à l'air. Et depuis le jour ou elle a choppé un semblant de nichons, elle ne passait pas une journée sans les faire pointer sous le nez de tout le quartier. Elle aurait fini pute et se serait fait égorger par l'un de ces mecs bizarres de la fête foraine. Ce n'était pas une grande perte tout compte fait.
    Sullivan recula de quelques pas et scruta la gosse accrochée la tête en bas. Il posa son regard sur ses petits seins et sur sa vulve. Il sentit un début d'érection sous sa tunique.
    T'as de la chance que tu dois rester vierge...
    Il tourna la tête vers Baker et lui demanda d'approcher. La grosse femme obéit sans lâcher la môme du regard.
    "Bon, dans deux minutes il sera l'heure d'expédier..."
    Il pointa l'enfant de son pouce et demanda :
    "Comment elle s'appelle?
   — Jenny, elle s'appelle Jenny.
   — Bien, dans deux minutes il sera l'heure d'expédier Jenny auprès de Satan, notre Seigneur de l'ombre."
   Il désigna un seau à moitié rempli d'un liquide vert et pâteux.
  "Vous allez prendre ce seau et l'emmener sous Jenny. Quand viendra le moment de son exécution, vous devez récolter un maximum de sang, compris?"
    La grosse femme acquiesça énergiquement et s'en alla chercher le récipient.
   "Je fais quoi du truc à l'intérieur? demanda-t-elle en secouant le seau.
    — Balancez-le par terre, faites pas chier avec vos questions à la con!"
    Sullivan sentait le stress monter en lui. Il fallait pas se louper. Satan n'appréciait pas trop qu'on lui promette une vierge et que finalement, ça foire. C'était le genre de truc qui pouvait vous maudire à tout jamais.
    Baker revint, le seau entre les mains.
    "Bon, venez avec moi", ordonna le prêtre.
    Il se pencha vers le visage de la gosse et chuchota aux oreilles de Miss Peignoir dégueulasse :
    "Restez près de la petite. Mettez le seau en dessous d'elle, ça va pisser le sang. Vous restez là jusqu'à son dernier souffle, pigé?"

    Elle acquiesça et se positionna à genoux.
    23 h 59.
    Sullivan souleva un drap poussiéreux pour en sortir un grand pieu de plus d'un mètre ainsi qu'une petite masse. À la vue des deux objets, madame Baker fit de gros yeux.
    Qu'allait-il bien pouvoir foutre avec ces trucs?
    Le prêtre prit tabouret, le plaça près de la croix et monta dessus.
    Aller, tu l'as déjà fait, reste concentré et tout ira bien.
    Il leva le pieu et déposa la pointe entre les jambes de Jenny.
    Et comme d'habitude avant chaque sacrifice, il avait peur. Non pas de l'acte en lui-même, mais de la vengeance de Satan s'il venait à échouer.
    Dong ! Dong !
   La cloche sonna les douze coups de minuit. Les vibrations retentirent dans tout l'édifice et firent trembler les murs.
    Baker ferma les yeux.
    Elle n'entendit qu'un bruit humide accompagné d’abominables hurlements étouffés. Un liquide chaud ne tarda pas à couler sur ses mains pour venir ensuite ruisseler le long de ses avant-bras. Elle ouvrit alors les yeux et vit la cascade de sang qui déferlait sur le sol.
    "Bon Dieu, vous êtes aveugle ou quoi? cria Sullivan. Foutez-moi ce seau au bon endroit!"
    Elle osa relever la tête et découvrit le prêtre donnant de grands coups de masse dans le pieu enfoncé entre les cuisses de Jenny. À chaque nouveau coup, il y avait craquement pour l'accompagner. Un son qui lui rappela le bruit des crackers explosant entre ses dents.
    La grosse femme tourna la tête et lâcha sur le sol un geyser de vomi chaud. Plus elle se vidait, plus les coups de masse s'intensifiaient.
    "Attention, ça va sortir! s'écria Sullivan depuis son tabouret. Poussez-vous!"
    Baker eut à peine le temps de s'écarter que la pointe du pieu sortit par le cou de la gamine. Devant cette vision, elle tomba sur ses fesses, écrasant de ses mains le vomi qui bouillonnait encore.
    "C'est bon, c'est terminé", annonça le prêtre au-dessus d'elle.
    Son visage était couvert de sang.
    Il se positionna à deux mètres de la croix et examina la fillette empalée.
    "Merde ! Ce n'est pas ressorti par la bouche!"
    Baker se releva avec beaucoup de mal. Elle s'essuya les mains et la bouche sur sa robe de chambre et demanda, paniquée :
    "Et... c'est grave?
   — De quoi? D'avoir loupé la bouche?
   — Oui...
   — Non, pas du tout. C'est juste que c'est plus classe je trouve."
    Il fit un pas en avant, saisit le seau et remua le liquide à l'intérieur.
    "Bon, dit-il, vous n'avez plus de temps à perdre. Rentrez chez vous et badigeonnez-vous la chatte avec ce sang. Foutez-en dedans, buvez-en, faites tout ce que vous voulez, mais il faut que votre corps en absorbe le plus possible."
    Baker grimaça de dégout.
    "Vous êtes certain que...
    — Oui, bordel de Dieu! Prenez ça et cassez-vous! Le reste, je gère!"
    La grosse femme prit le seau, posa un dernier regard sur le cadavre de la gamine qui parfois semblait bouger, puis elle s'en alla de sa démarche lourde et pantouflarde.

 

    Une semaine venait de s'écouler.
    Une semaine durant laquelle Sullivan avait tant bien que mal essayé de se faire Tracy, mais sans succès. Cette salope pensait être trop bien pour lui.
    Tant pis.
    Qu'elle ne vienne pas pleurnicher le jour l'Enfer s'ouvrira sous ses pieds.
    En train de faire briller le bois des bancs de l'église à l'aide d'un torchon en tissu, le prêtre ne remarqua pas la présence derrière lui. Et lorsqu'une voix résonna entre les murs du bâtiment, il crut faire un arrêt cardiaque. Il se retourna brusquement et vit madame Baker. Pour une fois, elle portait autre chose que sa robe de chambre. Ce qui était plutôt bon signe.
    "Madame Baker? Vous m'avez foutu une trouille bleue!
    — Oh, je suis désolée, mon Père."
    Sullivan balaya l'air d'un revers de main.
    "Ce n'est rien. Que me vaut votre présence ici? Tout va bien?
    — Oh oui! Aucune douleur depuis que j'ai... que je me suis... enfin, vous savez. Je pense que je vais mieux, mon Père, je revis!
    — Vous m'en voyez ravi. Si tout va bien, tant mieux.
    — Mais y a quand même un petit souci...

    — Ah? Et quoi donc?
    — C'est mon mari. Son cœur ne va plus très bien. Le doc a dit qu'il risque de clamser d'un moment à l'autre...
    — Je suis désolé de l'apprendre. Et je suppose que vous souhaitez que vous rende un service?"
    Baker se mordilla les lèvres. Elle avait encore plus de maquillage que d'habitude. Sa peau avec la couleur et la texture d'une vieille orange.
    "Ce sacrifice a tellement bien fonctionné, peut-être pourriez-vous le refaire pour mon époux?"
    Sullivan balança son torchon sur un banc et fourra ses mains dans ses poches.
    "Vous connaissez le tarif", répondit-il.
    La grosse femme se retourna et hurla le prénom de son mari dans l'édifice. Sa voix résonna longuement comme le bruit d'une explosion en pleine montagne.
    La porte de l'église s'ouvrit et un homme trapu aussi gros que son épouse entra. Il tenait dans ses bras velus une enfant de quelques années.
    Baker plongea son regard dans celui du prêtre et annonça :
    "Je vous présente mon mari et notre fille."
    Sullivan attrapa alors sa moustache à l'aide de ses doigts et la frictionna d'un mouvement saccadé.
    Derrière sa main, on pouvait distinguer son sourire.

 

FIN

 

 

 

 

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