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Le journal d'un esprit libre

La ballade de Black Tom - Victor Lavalle.

La ballade de Black Tom - Victor Lavalle.

Résumé :
Musicien noir sans grand talent, le jeune Charles Thomas Tester vivote à Harlem en cette année 1924. Il pousse la chansonnette dans les rues pour un public de Blancs amateurs de jazz, et, à l'occasion, fait des petits boulots. Un jour, il croise le chemin de Robert Suydam, un occultiste qui l'engage pour jouer chez lui contre une somme faramineuse. Pourquoi ? Quels sont les buts de l'excentrique Suydam ? Va s'ensuivre une plongée dans l'étrange pour Tester, qui en sortira changé à jamais. En août 1925, H. P. Lovecraft vit avec Sonia Greene à New York. Il n'est pas heureux. Son mariage semble peu épanouissant, sa carrière littéraire peine à décoller et il déteste la ville. En à peine quarante-huit heures, il écrit "L'Horreur à Red Hook", l'un de ces textes les plus détestables, les plus racistes, dans lequel il règle ses comptes avec la mégapole et la " faune " qu'elle abrite. Près d'un siècle plus tard, Victore LaValle, romancier noir américain, newyorkais, réécrit de manière magistrale le plus odieux des textes du "reclus de Providence".

 

 

"A H.P. Lovecraft, avec tous mes sentiments contradictoires."

Voilà la note de l'auteur que nous pouvons lire avant d'entamer le récit. Et pour cause?
"La ballade de Black Tom" est une novella qui pourrait servir de prologue à la nouvelle très controversée de Lovecraft "Horreur à Red Hook".
 

Pratiquement considérée comme une réécriture, "La ballade de Black Tom" a cette capacité à nous transporter dans une atmosphère effrayante et fantastique totalement absente dans "Horreur à Red Hook". 
Car pour en apprécier la qualité du texte, je vous recommande de vous intéresser à la nouvelle de Lovecraft. Bien que très moyenne - pour ne pas dire mauvaise -, "Horreur à Red Hook" nous entraine lentement dans une folie grandissante dont le protagoniste principal va s'échouer. Nous sommes très loin des habitudes littéraires de H.P, très loin de sa force imaginaire et de son amour pour le fantastique. Ici, la lenteur du récit est entièrement pollué par un racisme éloquent et parfaitement assumé.
Une réhabilitation du texte était plus qu'attendu.

 

***

 

"Mais Tommy Tester ne se sentait pas capable de se joindre aux réjouissances. Hier encore, la promesse de ce monde nouveau aurait pu le tenter, mais aujourd’hui, elle lui semblait sans valeur. Tout détruire et confier ce qui restait à Robert Suydam et ces imbéciles ? Qu’est-ce qui changerait vraiment ? L’humanité n’était pas responsable de ce gâchis ; elle était ce gâchis."

 

***


C'est donc dans un New-York des années 1920 que Charles Thomas Tester va rencontrer cet homme curieux, Robert Suydam, aux convictions particulières, et qui après s'être entouré d'étrangers de tout horizon va pouvoir enfin concrétiser son but ultime.

Nous restons un genre littéraire purement Lovecraftien, hanté par les Grands-Anciens prêts à déverser sur notre monde leur puissance désastreuses.
Mais là où la nouvelle originale semble stagner, "La ballade de Black Tom" se fraie un chemin parmi un angoissant mystère que nous, lecteurs, sommes curieux de découvrir malgré la menace représentée.

Tout en réunissant les ingrédients que Lovecraft s'adorait à mélanger, Victor Lavalle réussit à enchainer plusieurs clins d’œils satyriques envers H.P. tout en gardant un profond respect pour ses œuvres.

Et quand le personnage principal - Charles Thomas Tester alias Tommy - s’entreprend à partir à la rencontre des forces du mal, nous ne pouvons qu'être finalement compatissant envers lui qui subit les outrages racistes des blancs - ici la police - à son égard. 

Une histoire sous couvert de vengeance qui prendra une ampleur horrible et grotesque.
 

La ballade de Black Tom - Victor Lavalle.

Un récit que j'ai adoré, si bien que je n'ai pu en détacher mon regard jusqu'à la dernière ligne, le tout avalé d'une traite.

Étant un fan inconsidéré de H.P. Lovecraft, j'apprécie cette tendance à la reprise ou bien à la réécriture de son monde littéraire. Mais des auteurs tel Victor Lavalle sont rares.
Reprendre "Horreur à Red Hook" était en défi assez fou. Mais au final parfaitement maitrisé.

Et quel plaisir de pouvoir enfin apprécier cette nouvelle qui à part retranscrire le malaise de Lovecraft dans sa nouveau quartier n'apporte rien de comparable à ses autres œuvres.

Merci Victor!

 

Un grand merci aux éditions "Le Bélial'" qui en plus de nous offrir la meilleure revue SF (Bifrost), nous propose avec sa collection "Une heure lumière" des livres de qualité.
De quoi lire durant les longues soirées d'hiver qui approchent.

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