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Le journal d'un esprit libre

Le peuple des abattoirs - Olivia Mokiejewski

Le peuple des abattoirs - Olivia Mokiejewski

Résumé :
«  Leurs journées commencent en général avant celle des autres, au milieu de la nuit. Ils saignent, découpent, dépècent et désossent. L'obsession est de suivre les cadences et de tenir. Au départ, c'est un petit boulot, et ça devient un métier. En France, 50  000 ouvriers travaillent dans les abattoirs. Ils tuent et découpent, chaque jour, trois millions d'animaux et les transforment en steaks, côtelettes ou saucisses. Pendant trois ans, je suis partie à la rencontre de ces mal-aimés qui nourrissent les Français. Je les ai écoutés, j'ai entendu leur souffrance. Pour ce livre, je les ai rejoints sur la chaîne, quelques jours, sans me cacher, histoire de ?faire les gestes?. Pour comprendre.  »Cet endroit à part, où l'on travaille dans le sang et les viscères, on le voit rarement d'aussi près. Pas même en vidéo. Sans parler de la «  tuerie  », le lieu auquel personne ne veut penser. Alternant portraits, rencontres et témoignages, Olivia Mokiejewski nous offre un récit puissant et salutaire. Bienvenue dans le monde tabou de l'industrie et de la mort.

 

Olivia Mokiejewski s'attaque à de nombreux sujets et problèmes de société, qu'ils soient éthiques et/ou écologiques.

 

Étant végétarien depuis janvier 2017 et engagé dans la cause animale, je ne pouvais pas passer près de ce livre sans devoir me le procurer.
Nous avons tous vu les vidéos de la L214 montrant les horreurs se déroulant dans les abattoirs français. Et même si l'on mange de la viande, il est très difficile de cautionner de tels actes.
Mais finalement, nous ne connaissons rien de ce qui se cache entre les murs froids et austères de ces lieux de mort. Nous blâmons ceux qui torturent, ceux qui tuent, ceux qui s'amusent de la souffrance du futur steak que l'on trouvera dans une barquette au Monoprix du coin, mais qui sont les autres?
Qui sont ceux qui malgré la violence physique et psychologique de leur quotidien, travaillent ainsi pour nourrir le peuple?

Ce livre nous apporte une vision brutale et honnête de ces ouvriers oubliés et rongés par leur métier dont les conditions se dégradent d'années en années pour une seule raison : le profit.

 

"A l'usine, on ne travaille pas avec sa tête, mais avec ses bras. Je n'ai pas eu ce que je voulais. C'est comme ça. Avoir fait autant d'études pour au final bosser à l'abattoir..."

 

Loin du livre moralisateur, Le peuple des abattoirs nous plonge dans l'univers méconnu et horrifiant de la mise à mort de milliers d'animaux, véritable massacre quotidien qui permet à des millions de français de se nourrir.
Olivia Mokiejewski va donc travailler durant six jours dans un abattoir et cumuler différents postes. Découpe, numérotation...
Le seul qu'elle n’exécutera pas sera celui de la mise à mort - elle en sera seulement spectatrice.
Ici, les cadavres passent par centaine. Et il faut être physiquement et moralement solide pour suivre la cadence.
Il y a un quotas à respecter, un profit à faire. Pas le temps de trainer. Parfois, selon le poste, le temps pour réaliser la tâche n’excède pas les vingt secondes.
Et si on se blesse?
Tant pis, il faut appliquer le protocole.

Les pauses sont courtes. L'ambiance entre ouvriers est bonne. La dureté du travail rend solidaire.

L'auteur retranscrit beaucoup d'interviews.
Et derrière l'abject labeur se trouve des hommes et des femmes détruits par leur activité professionnelle.
Des ouvriers gagnant de quoi survivre. Des ouvriers cassés par divers problèmes de santé liés à la répétition de leurs gestes quotidiens.
Certains sont fiers de leur boulot, d'autres en sont dégoutés. Mais tous le font pour pouvoir vivre et la plupart n'ont plus le choix. Il est une nécessité, aussi horrible qu'il puisse être.

 

"Jacky et sa femme n'ont pas pris un seul jour de vacances ensemble depuis vingt ans. Si son CDD se transforme en CDI, c'est la première chose qu'ils feront avant d'être trop vieux ou malades."


Le livre est ponctué de différentes enquêtes et interviews. Oliva parcourt la France et se rend sur le terrain d'anciens abattoirs désormais fermés, laissant leurs ex-employés dans une précarité soudaine et alarmante.
Ce sont des milliers de personnes qui du jour au lendemain se sont retrouvées sans emploi.
Le système des abattoirs français n'est pas assez rapide, le rendement est trop faible. Et bien que les cadences soient totalement folles et à la limite du possible : ce n'est jamais assez.
Alors ils ferment. Les indemnités tombent et on oublie ceux et celles qui se sont tués à la tâche.

Véritable problème de société, la demande en viande est énorme. D'autres pays européens ont créé d'incroyables complexes de mises à mort, tuant plus de 20 000 cochons par jour.
Et pour les curieux, des visites sont organisées.
Le monde de demain?
Un monde où la mort parait propre et sans douleur, un monde en pleine expansion et qu'il faudra nourrir si l'on ne change pas notre raisonnement face à la viande.

Et derrière le goût du bacon et le faux-filet saignant, il y a des gens qui, pour répondre à la demande, subissent les assauts d'une hiérarchie aveuglée par le profit, n'hésitant pas à licencier la première victime d'un accident de travail. 

Une plongée vertigineuse dans l'univers sombre des abattoirs. Un livre dans la même lignée que Eat de Gilles Lartigot.
L'empathie et le dégoût se rejoignent.
Certains deviennent fous au point de torturer, d'autres tombent dans l'addiction de diverses substances.
Mais peut-on leur en vouloir?
Tant que le monde actuel ne prendra pas conscience de la demande hors-norme du marché de la viande, rien de changera du l'autre côté des murs des abattoirs.

 

 

Retrouvez ce livre aux éditions Monpoche.

 

"Je suis persuadé que quand on a tué une bête, on peut tuer un homme. Dans un moment de délire, je me suis vu le faire. Si on faisait du mal à ma famille, ou que je suis très énervé un jour, j'ai peur de tuer quelqu'un. Je ne plaisante pas. Il n'y aurait pas cette retenue parce que l'acte est banalisé. Le geste, le couteau, l'odeur du sang, tout cela ne impressionne plus."

 

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jean85 11/10/2019 07:09

bonjour
je suis totalement d'accord avec votre résumé du travail dans un abattoir.
j'ai travaillé 39 ans a l'abattoir municipal (viande bovine).
je viens de me faire licencié pour inaptitude le 30 aout et je peux vous assuré que ce jour là a fait parti d'un des plus beaux jours de ma vie.

Supervagabond 21/10/2019 16:18

Bonjour,
Merci pour votre commentaire.
39 ans, ce n'est pas rien en effet.
Lire que votre licenciement fut votre plus beau jour de votre vie en dit beaucoup sur le travail que ce métier représente.
Courage pour la suite,
Prenez soin de vous.

Stéphane.