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Le journal d'un esprit libre

Hommage à la marche nocture.

"Je marche dans la nuit dans un chemin mauvais, ignorant d'où je viens, incertain où je vais."

"Je marche dans la nuit dans un chemin mauvais, ignorant d'où je viens, incertain où je vais."

Marcher dans la nuit, c'est un peu comme découvrir une nouvelle facette du monde qui nous entoure et que l'on a l'habitude de percevoir le jour, quand chaque chose que nous connaissons est là où elle devrait être.
Un monde qui, lorsque le soleil cède sa place à la lune, devient totalement différent sous bien des aspects. Envahi par les ténèbres, celui-ci vous envoute dans ses méandres et c'est entre angoisse et curiosité que l'on avance lentement, pas après pas, dans ce silence noyé sous la lueur des quelques lampadaires qui trônent ici et là.

Marcher dans la nuit a le pouvoir d'apaiser mon âme dont les recoins s'affrontent tel Éros et Thanatos, l'Alpha et l’Oméga ou bien le Yin et le Yang. Une âme, qui sous la froideur des étoiles se réchauffe à la vue des chaumières et des maisons qui de part leurs fenêtres, illuminent une parcelle de l'obscurité ambiante via à une lumière douce et chaleureuse. On imagine alors la vie, les familles en train de diner, les enfants jouant sur un épais tapis chaud devant les flammes flamboyantes de la cheminée, le tout sous un crépitement relaxant.
M'imaginer le confort d'un foyer alors que dehors le froid enveloppe la moindre once de vie m'a toujours était une pensée apaisante.

Marcher dans la nuit c'est aussi écouter le silence. Entendre ces bruits provenant de nul part et de partout à la fois, ces rumeurs lointaines et rassurantes, ces sons inconnus et tenter d'en discerner la provenance. C'est apprendre à abandonner tout le vacarme quotidien, tout ce brouhaha stressant et omniprésent. Alors que tout autour de moi, la cacophonie de la vie semble s'être arrêtée aux frontières de ces murs de bétons qui me séparent de mes semblables, j'avance solitairement pareil à une âme invisible et éphémère. Je suis seulement de passage, ne vous souciez pas de celui qui passe devant chez vous, ne prenez donc pas la peine de me scruter depuis vos fenêtres.

Marcher dans la nuit lorsque le froid a pris possession des lieux c'est aussi découvrir un monde aux parfums différents. Les gaz d'échappement ont laissé place à l'odeur réconfortante des cheminées, crachant dans un ciel d'encre l'âme du bois mort qui depuis la nuit des temps permet à l'homme de se réchauffer sans rien demander en retour si ce n'est qu'un peu d'empathie envers ses confrères.

Marcher dans la nuit m'inspire. Cela m'inspire au point d'en écrire un texte une fois la chaleur de mon foyer retrouvée.
Et dans ce monde obnubilé par l'action, le mouvement et la recherche systématique d'activité, la nuit est pour moi ce château fort fait de cartons et de couvertures que chaque enfant s'amuse à construire afin de régner en maître sur leur royaume ; un royaume où l'imaginaire est Roi, un royaume dont la Reine n'est autre que la rêverie et qui comme chaque nuit, avec l'aide de Morphée, sème au fond de nos pensées le moyen d'échapper à la réalité.

 

Pour finir ce petit hommage à cet échappatoire romantique qu'est la marche nocturne, voici l'un des passage du récit "La nuit" du fantastique et glorieux Guy De Maupassant.

 

 

" J'aime la nuit avec passion. Je l'aime comme on aime son pays ou sa maîtresse, d'un amour instinctif, profond, invincible. Je l'aime avec tous mes sens, avec mes yeux qui la voient, avec mon odorat qui la respire, avec mes oreilles qui en écoutent le silence, avec toute ma chair que les ténèbres caressent. Les alouettes chantent dans le soleil, dans l'air bleu, dans l'air chaud, dans l'air léger des matinées claires. Le hibou fuit dans la nuit, tache noire qui passe à travers l'espace noir, et, réjoui, grisé par la noire immensité, il pousse son cri vibrant et sinistre.


Le jour me fatigue et m'ennuie. Il est brutal et bruyant. Je me lève avec peine, je m'habille avec lassitude, je sors avec regret, et chaque pas, chaque mouvement, chaque geste, chaque parole, chaque pensée me fatigue comme si je soulevais un écrasant fardeau.

Mais quand le soleil baisse, une joie confuse, une joie de tout mon corps m'envahit. Je m'éveille, je m'anime. A mesure que l'ombre grandit, je me sens tout autre, plus jeune, plus fort, plus alerte, plus heureux. Je la regarde s'épaissir la grande ombre douce tombée du ciel : elle noie la ville, comme une onde insaisissable et impénétrable, elle cache, efface, détruit les couleurs, les formes, étreint les maisons, les êtres, les monuments de son imperceptible toucher.

Alors j'ai envie de crier de plaisir comme les chouettes, de courir sur les toits comme les chats ; et un impétueux, un invincible désir d'aimer s'allume dans mes veines.

Je vais, je marche, tantôt dans les faubourgs assombris, tantôt dans les bois voisins de Paris, où j'entends rôder mes sœurs les bêtes et mes frères les braconniers."

 

 

Hommage à la marche nocture.

La jeunesse est une attente mystérieuse; c'est pourquoi on marche volontiers la nuit, sans but.

Victor Hugo

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