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Le journal d'un esprit libre

Nuit d'été - Nouvelle.

"Je ne voulais pas leur faire mal. Juste les tuer." David Berkowitz

"Je ne voulais pas leur faire mal. Juste les tuer." David Berkowitz

Voici un nouveau récit écrit en collaboration avec Romain.
Il s'agit de notre quatrième nouvelle et les règles n'ont pas changé : Même style, même introduction, ne pas se dévoiler l'avancé de l'écriture...

 

Si vous avez loupé nos trois précédentes nouvelles, vous pouvez les lire ici :

Pour le meilleur et pour le pire : Une petite virée en enfer, ça vous tente?

Mauvaise place : Vous ne verrez plus jamais les parkings sous-terrains de la même façon.

Very Bad Santa: Quand le père Noël devient fou, c'est loin d'être la fête!

 

Pour cette nouvelle histoire, Romain s'est chargé de l'introduction. Vous y suivrez les mésaventures de Gloria, jeune femme kidnappée qui va passer une très mauvaise nuit. 

Le récit est bien plus sombre et violent que d'habitude, âmes sensibles s'abstenir!

Vous voilà prévenu. Bonne lecture :)

 

Les deux histoires sont situées sur cette page ou bien une version en PDF est téléchargeable ci-dessous. 

 

"Nuit d'été" racontée par Romain... suspens et frissons sont au rendez-vous!

"Nuit d'été" racontée par Stéphane... estomacs fragiles s'abstenir!

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Nuit d'été

Introduction par Romain C.

 

  C’est une belle soirée d’été et l’asphalte recrache la chaleur qu’il a emmagasinée pendant la journée. Les grillons chantent par millier, disséminés dans les herbes hautes, et rien ne semble pouvoir troubler la quiétude de cet endroit engouffré dans les ténèbres. Excepté un moteur V8 qui s’approche rapidement. Ce moteur, qui appartient à une grosse berline métallisée gronde sur la route comme un dragon endormie. Puis se calme, et le véhicule s’immobilise.
On peut entendre l’air conditionné de la voiture qui tourne à plein régime et, si on tend l’oreille, on peut aussi percevoir le bip bip régulier qui signifie que le conducteur vient de retirer sa ceinture de sécurité. Alors, soudainement, tout s’arrête. Le véhicule s’endort, et le silence reprend ses droits.Pendant une bonne minute, rien ne se passe, et l’on ne peut qu’observer cette machine à l’arrêt, ses phares balayant la route dans un halo blanchâtre, des particules de pollens dansant lentement devant les ampoules halogènes du monstre en ferraille de deux tonnes.
Puis la portière, encadrée d’une vitre teintée, s’ouvre à la volée et la petite lampe de l’habitacle éclaire une silhouette mince et nerveuse. Celle-ci sort de la voiture rapidement et se met à marcher à pas précipités vers le coffre. Ses mocassins en cuir marron claquent sur le macadam et sa semelle droite racle le bitume quand elle s’arrête devant le hayon. Les feux arrière éclairent alors un visage luisant de transpiration et, dans leur lumière rouge sang, les yeux du visage ressemblent à deux braises incandescentes. Ce faciès terrifiant à l’air d’hésiter, la mâchoire contractée, ses maxillaires remuant comme des serpents sous ses pommettes. Les narines du protagoniste sifflent par intermittence, sa respiration est rapide et laborieuse. Il baisse la tête doucement, et ses cheveux gras retombent sur ce masque rouge grotesque, nous épargnant un temps cette vision déconcertante.
Les grillons chantent toujours. Aucune voiture n’a croisé la berline grise arrêtée au beau milieu de la route 87.
Soudain, c’est un coup sourd et puissant qui résonne dans le coffre. L’homme relève la tête subitement et ses yeux se plissent, comme s’il était en train de réfléchir à une énigme particulièrement difficile. Il se passe une main dans ses cheveux gras et un léger sourire se dessine sur ses lèvres, fines et pâles.Un deuxième coup, encore plus rageur.
L’homme piétine le sol poussiéreux et, à la lumière jaune des petites diodes qui éclairent la plaque minéralogique, on peut voir une bosse commencer à se former dans son pantalon de costume anthracite.
Un troisième coup, désespéré celui-là, finit par décider l’homme.
Il ouvre le coffre dans un grand geste théâtral, se penche et son sourire s’élargit, laissant apparaître une rangée de dents de guingois et remplies de tartre.
Puis il se met à parler et sa voix nasillarde résonne dans l’air chaud :
« Z’est pas bientôt fini d’abimer ma voiture ? Je devrais peut-être te tuer maintenant, qu’en penzes-tu ? »
L’homme zozote et, au-delà de son apparence, c’est ce cheveu sur la langue qui terrifie le plus la forme tapie dans le coffre.
« Mais normalement, ze n’est pas izi que je dois le faire. »
Il s’assoit sur le bord du coffre et la suspension arrière de la voiture s’affaisse légèrement. Il semble réfléchir quelques instants, le regard perdu dans le vague, puis il se penche encore un peu plus et Gloria reçoit une goutte de sueur brûlante sur son front.
Gloria, jolie demoiselle aux cheveux blond cendré qui, deux heures auparavant, s’apprêtait à rejoindre son petit ami au centre commercial.
« Tu zais, je ne veux pas te faire du mal. Il y’aura de la douleur, bien zûr, mais pas tant que za. »Elle sent l’odeur fétide de son haleine lorsqu’il lui parle et, instinctivement, elle ferme les yeux. L’homme semble se vexer.
« Regarde-moi, veux-tu ? Ze n’est pas tous les jours qu’on a droit à une zérémonie pareille ! »
Cérémonie ? De quoi parle-t-il ? se demande Gloria.
Puis elle sent un étau bouillant lui saisir la mâchoire et quand elle rouvre les yeux, elle comprend que c’est la main aux longs doigts mous de son kidnappeur.
« Ah ! Voilà qui est mieux. Tu dois faire des efforts, zale petite fille. »
Mais ce n’est plus une petite fille. Elle a vingt ans et, il y’a cent-vingt minutes, elle allait annoncer à son fiancé qu’elle était enceinte. Alors pourquoi lui dit-elle que c’est une petite fille ? Parce que c’est un fou furieux. Voilà tout.
« Il y’a encore une bonne heure de route avant d’arriver, ma puze. Là, tu pourras zortir et le festin commencera. »
Une bonne heure de route encore à rester pliée en deux dans ce coffre étouffant. Et puis ensuite ? Il a dit un festin ? Mais de quoi parle-t-il ? Tout cela est incompréhensible et des larmes se mettent à couler le long de ses joues. Puis elle prononce deux mots, assourdis par son bâillon au goût de moisi : « Auf kour ! »
« Au zecours ? »L’homme tourne la tête vers les hautes herbes, où chantent toujours les grillons.
« Tu n’as pas besoin d’être zecourue, ma prinzesse. Là où tu vas, tu zeras glorifiée à jamais !! »
Il se relève et ses genoux craquent comme des coups de pistolets. Puis il regarde derrière lui, aucune voiture. Il s’écarte alors de son propre véhicule et va uriner sur le bas-côté de la route.
Tout en se vidant la vessie, il consulte sa montre à quartz : 23h08. Le souper sera tardif.
Il remet sa verge à moitié en érection dans son caleçon, crache sur ses mains une salive jaune, et se les frottes énergiquement tout en se redirigeant vers sa voiture.
Gloria est toujours là, ligotée et bâillonnée, les yeux fous, le visage noirci par son mascara.
« Bon, z’est pas tout za, mais il y’a encore de la route, petit coeur. A toutes à l’heure !
- Non ! parvient-elle à articuler.
- Tut-tut-tut, lui répond l’homme, une heure et tu zortiras.
Puis il saisit le hayon et le referme énergiquement, laissant Gloria dans les ténèbres moites et épaisses du coffre…

 

Fin de l'introduction.

 

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Nuit d'été racontée par Romain C.

 

 

   « Code 10-29v. Je répète, code 10-29v. Un témoin nous a signalé une voiture suspecte sur la route 87, près de Victoria. Possible enlèvement. Jeune femme blonde, vingt ans, yeux clairs. Recherchée depuis deux heures trente. Officiers sur zone ? »

Jim Anderson, sergent de police depuis huit ans, se réveille en sursaut et émet un ronflement guttural. Il décolle sa joue de la vitre de sa voiture de patrouille et s’empresse de prendre le micro attaché au tableau de bord.

« Ici le sergent Jim Anderson. Je suis sur zone, je prends. Signalement de la voiture suspecte ? »

—  Tiens, salut Jim. Ok. Le témoin est sûr que c’est une berline grise. Peut-être de marque allemande. Il n’a pas pu relever la plaque. Ben voyons. »

Jim sourit en se frottant les yeux. Kacey, l’opératrice de nuit, a toujours été franche. Ils sont amis depuis dix ans et Jim l’invite souvent, elle et son mari, à des repas dominicaux.

« C’est un peu maigre, mais je vais essayer de faire avec. Je suis près de l’aéroport de Victoria. D’autres officiers sur zone ?

—  Juste Franckie et toi.

—  Ok. Alors c’est à celui qui la trouvera le premier. Une boîte de beignets pour le gagnant.

—  Tu parles. Tu connais Franckie et ses régimes.

—  Ouais. Allez, je décolle.

—  Sois prudent mon bichon. »

Et la transmission se coupe dans un grésillement.

Jim soupir et balaye les miettes de donuts qui maculent son uniforme noir. Ces cochonneries ne l’aident pas à perdre du poids et chaque mois, il voit son ventre tendre de plus en plus sa chemise.

« Protéger et servir, quelle connerie », pense-t-il.

Sa motivation a grandement baissé depuis son divorce et, tous les soirs, il prend son service avec paresse. Il sait que ses supérieurs verront tôt ou tard que son courage est en train de le fuir et il sait aussi qu’il se fera taper sur les doigts. La police texane ne plaisante pas avec ce genre de chose. Alors il faut qu’il s’accroche.

Il tourne la clé de contact et la voiture, une Ford Crown Victoria noire et blanche, démarre paisiblement. Il sort de sa planque et s’avance doucement sur la route tout en consultant son ordinateur de bord. Aucune berline grise signalée volée depuis vingt-quatre heures. Ok. Mais il manque cruellement d’informations et, puisque l’informatique ne lui est d’aucun secours, il devra faire comme les anciens flics : ouvrir l’œil.

Alors la Ford s’engage sur la route 59, qui croisera la 87 dans vingt bons milles. D’ici là, il espère voir cette fichue voiture avec peut-être à son bord la jeune femme enlevée.

Il roule à la vitesse réglementaire et écoute distraitement la fréquence radio qui résonne dans l’habitacle : « 10-50 sur la route 83 près de Weser, 10-41 je commence la patrouille, 10-21 les gars… »

Rien qui puisse le concerner. Il est déjà sur un autre coup. Mais les sucreries lui ont rendu la gorge sèche. Il a soif.

Deux milles plus loin, il voit l’enseigne aux néons d’une station-service et il pousse un « Aaah » soulagé lorsqu’il voit, accolé au panneau lumineux, l’indication « Food and drink ».

Il entre dans le petit parking au béton gris clair et se gare devant la pompe numéro une, celle réservée aux camions. Il estime qu’il n’en aura pour seulement cinq minutes alors il pose son stetson sur son volant et sort de la voiture en s’étirant. Il marche nonchalamment vers le petit snack en face de la station-service et, c’est seulement en ressortant, un gobelet de Pepsi de 50 cl dans la main, qu’il voit la Mercedes classe E en train de faire le plein à la pompe numéro deux…

 

Tandis qu’il porte la paille de sa boisson à ses lèvres, il sent son rythme cardiaque qui s’accélère. Cette voiture, son instinct lui dicte de ne pas la lâcher. Il ne peut pourtant pas l’étudier plus attentivement : son conducteur, adossé à la portière, le regarde fixement, une cigarette à la bouche. Jim a du métier et il sait que ce type a quelque chose à se reprocher. Il le voit à son attitude. L’homme essaie d’être désinvolte, mais ses efforts pour paraître détendu sont trop poussés. Il voit son mocassin battre frénétiquement le sol avec le talon, il voit la transpiration qui lui recouvre le front et qui ruisselle le long de ses joues crasseuses, il voit le tic nerveux à l’un de ses sourcils. Alors, subitement, il sait que c’est lui le kidnappeur. Et que la fille est quelque part dans la voiture. Certainement dans le coffre.

Il se dirige toujours aussi lentement vers sa Ford. Sirote calmement une gorgée de Pepsi, et rentre agilement dans le véhicule. Là, il revisse son chapeau sur son crâne et fait mine de prendre quelques notes sur son calepin. L’homme à l’extérieur, éclairé par les puissantes lampes à sodium, continu de remplir son réservoir. Et cet enfoiré fume dans une station-service. Si Jim avait été incompétent, il se serait tout de suite précipité sur l’homme pour lui ordonner d’éteindre son tube à cancer, avec une amende à la clé. Puis il l’aurait laissé repartir, emportant sa victime avec lui. Mais Jim n’est pas un si mauvais flic, alors il ne dit rien et attend que le type reparte, pour pouvoir le filer à la trace.

Les minutes passent et elles semblent s’étirer, devenant des heures. Jim commence à être nerveux et sa main se porte discrètement à la crosse de son 45. Il ne se sent pas prêt à faire feu, ses doigts semblent engourdis, sans force. Il se regarde dans le rétroviseur et constate que son visage est devenu blême. La chaleur de son corps semble s’être dérobée.

« Allez, reprend- toi. Ce n’est pas la première fois que tu te retrouves dans ce genre de situation ».

Dans ce genre de situation, peut-être. Mais c’est en revanche un début pour lui de tomber sur un individu comme celui qui se tient à cinq mètres de lui. Il le sait, l’homme qui fait le plein de carburant à sa Mercedes classe E, est un criminel de la pire espèce, situé tout en haut de l’échelle de la voyoucratie.

 

Sa radio se met à crachoter et il sursaute violemment quand la voix retenti :

« Patrouille 41, ici l’officier Sanchez. Rapport ? »

 C’est Carlos Sanchez, son collègue patrouilleur, qui ne doit pas être loin de lui, et qui s’inquiète peut-être de son mutisme. Il saisit son micro avec un geste qu’il espère décontracté, et dit :

« Ici l’officier Anderson, je suis sur la route 87. Rien à signaler.

—  Qu’est-ce que tu foutais Jim ? Ca fait quinze minutes que j’essaie de te contacter. »

Jim est prêt à tout lui déballer. Il veut lui dire qu’il se trouve à côté de celui qui a enlevé la fille. Il veut lui dire d’amener des renforts le plus vite possible. De déclencher un foutu code 10-24. Mais il voit le gars en costume gris élimé le regarder avec méfiance. Et il se ravise.

« Oui désolé Carlos. J’ai été étanché ma soif. Je repars directement.

     — Ca va, ça va. T’as pas à t’excuser Jim. Mais fais quand même gaffe au prochain coup. Allez, j’ai une bagarre sur la 90 entre deux types bourrés, je file. Force et honneur ! »

Force et honneur… Ses camarades et lui aiment se scander cette devise Romaine avant chaque service. Mais quand il voit ses dix kilos de trop, il se demande si elle est toujours d’actualité…

WOOONK !

« Et merde », pense-t-il.

L’avertisseur du camion-citerne Texaco juste derrière lui fait vibrer la carrosserie de la Ford et il grimace en serrant les dents. Il se tord le cou pour voir le chauffeur du quarante tonnes, une expression perplexe sur son visage bouffi, et baisse sa vitre tout en sortant sa tête.

« Dis donc vous ne savez pas lire sur la voiture ? C’est marqué police non ? »

Le chauffeur hausse les épaules dans sa cabine et passe lui aussi sa tête à travers sa portière.

« Désolé m’sieur l’agent, mais j’suis pratiquement à sec et j’ai encore de la route à faire. Demain, je dois livrer mon essence aux pompes d’Oklahoma. Voyez l’truc ? Alors si vous avez fini… »

Jim soupire, agacé. Il ne veut pas perdre l’homme une seule seconde de vue. S’il démarre maintenant, il devra faire mine de s’éloigner et la Mercedes pourra l’esquiver. Mais c’est alors que le type en question replace bruyamment le pistolet à essence sur la pompe, sort sa carte de crédit, paye rapidement et remonte en voiture pour démarrer dans un crissement de pneus. La Mercedes s’engage de nouveau sur la route 87 et Jim suit des yeux les lueurs rouges de ses feux qui s’éloignent rapidement. Il met alors lui aussi le contact, fait un signe au chauffeur du camion genre « bonne route » et se met à suivre de loin le suspect. Son suspect…

 

L’air se fait de plus en plus rare dans le coffre et Gloria commence sérieusement à suffoquer. En tâtonnant, elle est parvenue à trouver la petite grille d’aération et elle colle maintenant sa bouche dessus en aspirant de maigres goulées d’oxygènes.

Tout à l’heure, il lui a semblé que le véhicule s’est arrêté et elle a entendu un klaxon retentir à l’extérieur. Mais elle n’a pas eu la force de crier, sa gorge est en feu et aussi sèche que du carton. Elle a bien donné quelques coups de pied sur le hayon, mais ils ont été bien trop faibles pour être perçus. Elle a aussi entendu un homme parler et la voix, étouffée par cinq centimètres d’acier, lui a semblé rassurante. A moins que ces oreilles ne lui jouent des tours, elle a cru entendre le mot « police ». Mais elle n’en est pas sûre. Pas sûre du tout. Elle se met quand même à espérer.

« Peut-être que la police sait que c’est ce cinglé qui m’a enlevé. Peut-être qu’ils sont en train de le poursuivre. Qu’ils vont l’attraper, me libérer et le mettre en prison pour toujours. »

Mais l’espoir se dissipe bien vite.

« Réfléchis ma grande. S’ils étaient en train de le poursuivre, tu entendrais les sirènes et la voiture roulerait beaucoup plus vite. »

Elle n’entend pas les sirènes hululer juste derrière elle. En revanche, devant-elle, elle reconnaît la chanson que son kidnappeur vient de mettre : « Goodbye Horses » de Q Lazzarus. Sa musique préférée.

Tandis que les basses de la batterie font trembler tout le coffre, une larme chaude et salée coule lentement le long de son nez et elle se dit : « Si je survis à ce cauchemar, je n’écouterai plus jamais cette chanson de ma vie… »

 

 

***

 

Tout en fredonnant le refrain de sa chanson favorite, Pietrus commence à se détendre derrière son volant. Il transpire moins et son tic nerveux commence à s’atténuer. Sa tension est montée en flèche quand il a vu ce flic, à la station-service, sortir de ce snack minable. Il a prié intérieurement pour que la fille ne fasse pas de bruit dans le coffre. Et elle n’en a pas fait. Il a regardé les litres de carburant défiler sur le cadran de la pompe, bien trop lentement à son goût. Puis, quand son réservoir a été rempli, il s’est empressé de quitter cet endroit, sans pour autant éveiller les soupçons. Il ne croit pas que le flic se soit intéressé à lui. D’après sa grosse bedaine, Pietrus pense qu’il s’intéresse surtout à la nourriture plutôt qu’à arrêter des méchants. Une bien piètre nourriture… qui rend gros et lent.

Et maintenant qu’il est loin de ce poulet, il sourit en permanence et pense à ce qu’il va faire bientôt. Puis il remonte dans le temps et c’est carrément un orgasme psychique. Cette fille, la façon dont il l’a enlevée. Un vrai coup de maître. Mais pour une telle réussite, il lui avait fallu attendre plusieurs heures dans sa voiture, en feignant l’indifférence. C’était ça le plus difficile. Plusieurs fois, il avait vu des filles correspondant à ses critères : bien faites et jeunes. Mais à chaque fois, elles étaient accompagnées. C’était toujours le cas des jolies filles. Il suffisait d’avoir un beau petit cul pour se trouver un mâle. Les garces.

Il était près à abandonner, à remettre son projet au lendemain,  lorsqu’il l’avait vue, elle. Cette sublime blonde, aux jambes élancées et à la poitrine parfaite marchant seule, son cellulaire à la main. Son cœur s’était emballé et son membre s’était immédiatement durci, l’excitation le saisissant d’un seul coup. Puis il s’était forcé de se calmer et avait préparé son plan. Il était simple mais terriblement efficace et à l’approche de la fille, il n’avait pas hésité un seul instant pour le mettre en place.

Il avait reculé brusquement et avait percuté la fille au niveau de la hanche. Elle avait poussé un cri de surprise et avait lâché son téléphone, qui s’était brisé au sol. Lui était sorti de son véhicule, l’air affolé et s’était précipité vers sa victime en vérifiant qu’il n’y avait personne dans le parking souterrain du centre commercial.

« Olala ! ze suis vraiment confus mademoizelle. Vous n’avez rien ? »

Quand elle avait vu sa face paniquée, elle avait semblé se détendre et avait frotté sa jupe en regardant, consterné, son Smartphone gisant sur le béton.

« Vous auriez pu regarder en reculant monsieur ! Regardez, maintenant mon téléphone est brisé ! »

Elle avait une petite voix toute douce et Pietrus avait senti sa température corporelle grimper.

« Ze vois ça, mon Dieu ! Ze vais vous en repayer un zoyez-en zûre ! Ze vais vous accompagner de ze pas à la boutique des téléphones. »

Elle avait eu un léger sourire, qui s’était éteint presque aussitôt.

« Non, merci. Mon copain m’attend à l’intérieur du centre commercial. Je vais aller le chercher et si vous êtes encore là, nous verrons à trois comment régler cette histoire. »

Elle s’était méfiée… et avait un copain. Forcément. Quand on est jolie, on a tout les copains qu’on veut. La petite salope.

Il n’avait alors plus perdu de temps et son visage avait perdu son expression confuse pour se transformer en haine absolue. Il avait sorti de sa poche à une vitesse fulgurante un chiffon imbibé de chloroforme et l’avait plaqué sur sa bouche violemment. Elle n’avait même pas crié, tant la surprise était totale, et quand elle l’avait vu actionner l’ouverture de son coffre, elle s’était débattue, d’abord follement, puis de plus en plus faiblement à mesure que le composé chimique faisait son œuvre. Elle était devenue une masse inerte dans les bras de Pietrus, et ça avait été un jeu d’enfant de la mettre dans le coffre et de lui placer un bâillon sur les lèvres. Il ne l’avait pas ligoté tout de suite, trop de risque. Il avait roulé vers son aire de repos préférée. Celle qui ne servait plus et qui contenait autrefois un restaurant de routiers. Il s’était garé derrière le bâtiment et l’avait ligotée avec de la grosse corde. Avant de repartir, il lui avait pincé les fesses en faisant rouler la fine couche de graisse entre son pouce et son index. Parfaite…

 

Un choc provenant de la banquette arrière le tire brusquement de ses pensées et le ramène au présent. Sa captive. Elle est toujours là. C’est vrai. Il se concentre à nouveau sur la route et, quand il voit la maison en bois blanc au pignon décrépi sur sa droite à travers les pins, il se passe doucement la langue sur ses lèvres. Il décélère lentement et se prépare à tourner pour prendre le petit sentier de terre qui mène chez lui. Dans son antre.

Il consulte une nouvelle fois sa montre. Minuit. « L’heure du crime… et d’une autre petite dose de chloroforme pour ma prinzesse », pense-t-il.

Les pneus crissent quand il s’engage sur le chemin privé et, quand il s’arrête devant la demeure perdue parmi les conifères, le moteur de la berline cliquetant dans la nuit, son érection se calme enfin. Il n’y a plus aucun risque maintenant. La fille est à lui. Pour toujours.

Méthodiquement, il débouche le flacon de chloroforme, en imprègne un mouchoir qu’il pioche dans la boîte à gants, ouvre la portière, sort du véhicule et se dirige vers le coffre en sifflotant…

 

 

***

 

« Alors, c’est là que tu habites, enfoiré. Un parfait endroit pour faire tes coups, j’en conviens. Mais plus pour longtemps. »

Jim se parle à lui-même. Suivre l’homme sans se faire voir n’a pas été une mince affaire. Mais ça aussi, ça fait partie du boulot. La discrétion. Par deux fois, il a eu Kacey à la radio pour lui demander comment ça allait et à chaque fois, il a répondu la même chose : « R.A.S ». Il sent qu’il ne doit alerter personne. Au fond de lui, il sait que si un cortège de voitures de police rapplique gyrophares et sirènes en marche, tout capotera. Cette traque, elle est pour lui. L’affaire de sa vie.

Il a donc suivi le type, phares éteints, et ne s’est fié qu’aux feux de son suspect. Il l’a déjà fait. Quand il était aux mœurs. Pour suivre les proxénètes. L’homme a roulé vite et quand Jim a consulté son compteur, il a vu qu’il roulait à plus de 100 mph. « Pressé, mon salaud », s’est-il dit.

Cette traque a vite commencé à être soporifique, le ronronnement du moteur de sa Ford étant propice à l’endormissement, mais, quand il a vu les feux du type étinceler signifiant qu’il freinait, l’adrénaline a de nouveau coulé dans ses veines et il s’est repris. L’homme a tourné à droite et, l’espace d’un instant, Jim a cru qu’il allait se prendre un arbre. Puis il a compris. Il a vu la maison blanche dans une clairière au milieu des pins et un frisson lui a parcouru l’échine. « C’est la maison d’un démon », a-t-il pensé. Il a lui aussi ralentit et s’est arrêté sur le bas-côté, un peu après l’habitation. Il est sorti de son véhicule en enfonçant son stetson sur sa tête et il a commencé à marché vers la maison où une lumière sinistre brillait à l’une des fenêtres du premier étage. Mais il s’est ravisé et a fait demi-tour vers sa voiture. Pour prendre son fusil à pompe accroché en dessous du tableau de bord. «Juste au cas où ».

 

Il marche maintenant à côté du petit sentier boueux et ses bottes émettent de légers frottements dans les herbes sèches. Il voit la Mercedes garée devant la maison et il se plaque derrière un tronc quand il voit une silhouette passer rapidement devant une lucarne crasseuse. Il lui a semblé que l’ombre portait quelque chose d’assez lourd et peinait à marcher. Il est presque sûr que c’est le corps de la fille qu’il tient. Il accélère sa marche et se rapproche doucement de cette maison lugubre, son fusil à pompe en bandoulière et son calibre 45 à la main. Il s’arrête à la limite de la forêt et se prépare à courir vers la berline argentée pour vérifier le coffre. Avant de s’élancer, il souffle profondément par la bouche et murmure tout bas : « C’est maintenant que tout va se jouer, mon gros Jim. Ne foire pas ton intervention. Comme à l’école, allez ! » Et il galope vers le véhicule de luxe, son fusil bringuebalant dans son dos, le cœur au bord des lèvres.

Ici aussi, les grillons chantent…

 

***

 

« Hey m’man ! Ze zuis rentré ! »

Pietrus s’engage dans le salon, le corps de la fille endormie dans ses bras, et se présente devant le fauteuil de sa mère. Elle est de dos et il ne peut voir que le sommet de son crâne. Elle a encore mis ses bigoudis et elle regarde la télé (un talk-show stupide) sur un vieux poste télé à tube cathodique en noir et blanc. Il lui a déjà dit de changer mille fois, mais mille fois, elle lui a répondu qu’elle préférait ce genre d’appareil. Plus fiable, d’après elle. Le téléviseur hurle et Pietrus grimace quand il entend le faux rire des spectateurs de l’émission se répandre dans la pièce.

« Baizze un peu zette télé m’man, on z’entend plus. »

La tête de sa mère ne bouge pas d’un poil et sa voix stridente s’élève du fauteuil.

« C’est quoi ces remontrances gamin ? T’oublierais pas un peu que c’te maison est à moi des fois ?

—  Pas du tout m’man, mais z’est que…

      — Alors boucle là, tu veux ? Tant que j’suis encore vivante, je mets le son aussi fort que j’veux. Compris sale gosse ? Va te laver les dents ! »

Pietrus danse d’un pied sur l’autre derrière sa mère, mal à l’aise. Il a tout de même presque quarante ans et l’entendre lui parler comme si c’était un enfant le met un peu en colère. « C’est quand même moi qui fais tout dans cette baraque. Le ménage, les courses et la cuisine. Mais ça, j’aime bien », pense-t-il.

Il se racle la gorge et avance encore d’un pas timide vers le dossier.

« M’man… j’ai trouvé quelque choze… »

Un long silence s’installe et il sent une goutte de sueur perler sous son œil droit. La voix de sa mère devient soupçonneuse.

« Une fille ? Encore une ? 

—  Hum… oui. Mais zelle là est vraiment jolie !

      — Sur la tête de mon Igor ! J’avais pourtant dit de plus ramener de donzelles ici ! Elles crient tout le temps au sous-sol, ça me fout en boule !

—  Mais là za sera différent, m’man. Elle zera zage.

—  C’est vrai que j’l’entends pas. C’est bien la première fois.

—  Ze l’ai endormie m’man. Avant de la prendre du coffre. Chloroforme et hop !

      — Espèce de cinglé ! Tu me dégoûtes vraiment parfois. Pauvre gamine. Elle veut pas d’une pâtisserie que j’ai faite ce matin ?

—  Nan, elle en veut pas m’man. »

Il sent que la conversation risque de s’éterniser et le poids de la fille commence à lui engourdir les bras. Il recule prudemment du fauteuil et dit :

« Bon, ze vais aller vaquer a mes occupazions. Ze te laisse regarder tes bêtises.

—  C’est ça ! Et va te torcher le cul, ça ne nous fera des vacances ! »

Pietrus quitte le salon, furieux, et entreprend de descendre au sous-sol. C’est toujours pareil avec sa mère. A chaque fois qu’il ramène une fille, elle n’est jamais d’accord. Déjà quand il était adolescent et amoureux de la petite Rachel, elle lui avait expliqué que « cette gamine lui volerait son cœur et le mangerait tout cru ». Alors il l’avait écouté et n’avait plus jamais revu Rachel Smith, terrorisé à l’idée qu’elle puisse manger son organe au petit-déjeuner.

Il descend les marches lentement et jubile intérieurement quand il voit le sol de terre battue se rapprocher petit à petit. Le sous-sol. S’il y a bien une pièce dans cette maison où il se sent bien, c’est celle-là. Il l’a bien aménagée : table, chaises, vaisselier, buffet, comptoir, panoplie de couteaux affûtés, de hachoirs tranchants, de crochets brillants. Il prépare ses ustensiles chaque soir. Ils les bichonnent, leur parlent. Il sait bien qu’ils ne vont pas lui répondre, mais il sent qu’ils font partie de lui, de sa chair. C’est dans cette pièce privée qu’il cuisine tous ces repas et qu’il absorbe cette nouvelle énergie, ces précieuses calories, cette vie. Chaque absorption de nourriture est un rituel pour lui et c’est avec un respect absolu qu’il mitonne ses petits plats. Sa mère n’est jamais descendue ici. Et elle ne descendra jamais. Si elle le fait, Pietrus la tuera. Tant pis.

Quand il atteint la dernière marche, il sent la fille remuer doucement dans ces bras. Il la regarde et il voit une mèche de ses cheveux blonds s’élever doucement devant ses lèvres à chacune de ses expirations. « Qu’est-ce que tu es belle. Tu me donneras tout ce soir, chérie ». Quand il se parle en pensée, il ne zozote jamais et il lui arrive parfois de se parler ainsi à lui-même des nuits entières. Il a l’impression d’être un homme nouveau. Les mots fusent sans difficulté et il se sent fort, viril. C’est quand il ouvre la bouche qu’il perd toute sa confiance et qu’il se sent tout petit face aux autres. Il ne compte plus les fois où, à l’école, les autres se sont moqués de lui « Pietrus, le polonais bègue, disaient-il ». Mais il ne bégaye pas, il a juste un cheveu sur la langue comme on dit. Mais les autres n’ont jamais compris. Sauf Donald quand il l’a noyé dans la rivière. Aux derniers instants de sa vie, il a compris qu’il avait fait une grosse erreur en se fichant de lui.

La fille pousse un gémissement et se tortille plus violemment. Pietrus se dirige vers un long canapé en cuir noir craquelé et la dépose délicatement, un air tendre sur le visage. Il a envie de la réveiller tout de suite, il a hâte que la cérémonie commence. Mais il va la respecter et attendre qu’elle sorte doucement de son sommeil comateux. Elle aura une grosse migraine avec le chloroforme et il se tord les mains d’angoisse à l’idée qu’elle puisse le rouspéter. Comme maman avec Rachel. Mais il n’avait pas tellement le choix. Alors…

La fille ouvre péniblement un œil vitreux et sa pupille se dilate à la lumière des bougies que Pietrus vient d’allumer. Son globe oculaire roule dans son orbite pour analyser où elle se trouve et, quand elle comprend, son deuxième œil s’ouvre et on peut y lire toute la terreur du monde.

De son côté, Pietrus, prépare maladroitement son plus beau sourire et se passe rapidement une main dans ses cheveux gras. Il veut être beau pour elle. Il veut qu’elle se détende.

Il le sait, une viande qui n’est pas stressée à bien meilleur goût…

 

 

***

 

Gloria émerge doucement et elle a l’impression qu’un diadème garni de pointes lui enserre le crâne. Son mal de tête est épouvantable et elle se demande un instant si elle n’a pas une commotion cérébrale.

 Elle ouvre doucement un œil, mais ne voit rien. Sa vision est floue et elle ne distingue qu’une lueur orangée à deux mètres d’elle. « On dirait des chandelles », pense-t-elle. Elle cligne lentement et une larme s’échappe de ces cils pour atterrir sur un sol de terre brune. Elle y voit mieux maintenant. Elle distingue d’abord les bougies en cire blanche posées sur une table en chêne polie par les années. Elle porte son regard plus loin et voit des murs en pierres grises l’entourer où sont accrochés des râteliers contenant toutes sortes d’ustensiles. Cela ressemble à une sorte de cuisine, mais c’est bien trop sombre et humide pour en être une. Elle ne comprend pas, ne se rappelle plus, jusqu'à que son œil douloureux aperçoive l’individu en face d’elle. Un grand homme maigre au visage de bovin et au costume gris trop petit la regarde attentivement, un sourire gauche sur les lèvres. Elle cri dans son bâillon et essaie d’enlever les liens qui l’entravent. Sans succès. L’homme semble embarrassé et se lève précipitamment de sa chaise, ses paumes devant lui, comme s’il avait peur.

« Hey chut, prinzesse ! Z’ai dis que tu allais être zage à maman alors zi tu fais trop de bruits, elle va croire ze suis un menteur. Tu ne veux pas que ze te rendormes quand même ? »

Gloria, terrifiée, ne veut surtout pas. Si il l’a rendort, il la tuera à coup sûr dans son sommeil. Alors elle secoue doucement la tête en reniflant. L’homme semble satisfait et se rassoit en face d’elle en croisant les jambes, plus sûr de lui.

« Voilà qui est plus raizonnable. Za te dis de commencer la zérémonie ? »

La peur la submerge complètement. Mais ce zozotement, ce putain de cheveu sur la langue la rend encore plus folle. Elle ne supporte plus sa voix de pervers mélangé à… elle ne saurait dire quoi exactement. De l’envie ?

Elle veut retirer son bâillon, parler avec ce type pour gagner du temps. Essayer de tenter quelque chose quand il se déconcentrera à un moment ou un autre. Il le faut. Elle bafouille et sa langue rencontre le chiffon taché d’huile dans sa bouche. Elle a un haut-le-cœur et l’homme le voit.

« Tu veux que je te retire zette cochonnerie ? »

Elle hoche vivement la tête.

« Tu seras zage ? »

Nouveau hochement.

« Alors ze te fais confiance. Ne me dézois pas. »

Il s’approche d’elle doucement et elle peut sentir une odeur de transpiration âcre l’envelopper. Ce type est répugnant, par tous les aspects. Mais elle ne doit pas lui montrer. Elle doit lui faire croire qu’elle s’intéresse à lui. Entrer dans son jeu. Quand il lui retire le chiffon, elle a l’impression de revivre. Elle respire une goulée d’air salvatrice attrape une quinte de toux rauque.

« Tu veux un verre d’eau ? 

—  Oui, prononce-t-elle d’une voix qu’elle ne reconnaît pas. Oui, s’il vous plaît.

—  Za va. »

Il saisit une carafe d’eau sur la table sans la quitter un seul instant des yeux et entreprend de lui verser une eau trouble dans un verre sale. La première gorgée ne passe et elle recrache le précieux liquide sur le sol. L’homme ne cille même pas. Elle avale plus doucement la seconde gorgée et l’eau qui s’écoule dans sa gorge en feu est l’une des meilleures sensations de sa vie. Elle a un goût terreux, mais qu’importe, elle boit le verre en trois secondes et fermes les yeux de contentement. Quand elle les rouvres, elle voit l’homme, un air cette fois tendu sur le visage.

« Bien bien bien. Ze crois avoir répondu à toutes tes exigenzes. Nous allons pouvoir commenzer.

—  Commencer quoi, monsieur ? »

Elle voit son regard pétiller d’amusement.

« Tu peux m’appeler Pietruz tu zais. Monzieur… za me vieillit. »

Il se lève et s’étire, faisant craquer ses vertèbres.

« Eh bien, commenzer la zérémonie. Le repas. Comme tu le vois, j’ai drezzé zette table pour nous deux. »

Gloria se dressa doucement sur le canapé.

« C’est que… je n’ai pas très faim Pietrus. »

Il s’esclaffe comme si elle lui avait raconté une bonne blague.

« Oh, toi, tu ne mangeras pas ma belle. Tu as un tout autre rôle. Zelui de me nourrir. »

Elle est maintenant complètement assise, et espère avoir mal compris.

« Comment ça… vous nourrir ? »

Il soupire, agacé.

« Ze ne peux pas être plus clair. Tu t’es regardé ? Tu as vu le morceau de choix que tu fais ? Non, évidemment. Tu te contentes zuste de remuer ton petit cul et tous les chiens en rute rappliquent pour te culbuter. Et tu aimes za. Tu t’exhibes comme une putain, mais tu zais quoi ? Les putes, elles, ze font payer au moins. Toi, tu fais za gratuitement. »

L’homme s’énerve de plus en plus et Gloria sait que si elle n’essaie pas de le radoucir un peu, il la tuera rapidement. Alors elle tente quelque chose. Elle baisse la tête et prend une voix coupable.

« C’est vrai. J’aime ça. C’est plus fort que moi. J’aime faire saliver tous les mecs dans la rue et chaque soir après m’être faite baiser, je pense au type d’après qui me pourra me donner encore plus de plaisir. »

Son kidnappeur semble être complètement pris au dépourvu et il agrandit les yeux, interloqué. Il porte les doigts à sa bouche et se les mords violemment. Puis elle voit que son autre main vient caresser son entre-jambe, puis revient brusquement se plaquer dans son dos.

« Ze… hum… oui. Z’est bien, tu le reconnais toi-même. »

—  Evidemment, répond-t-elle en priant intérieurement pour que les secours arrivent.

—  Mais zi tu crois que ça va te zauver.

—  Mais je…

      — Tais-toi ! Et maintenant laizze moi t’expliquer comment ze vais prozéder. Ze vais d’abord t’enlever les yeux et les gober directement. Tu zais qu’un globe oculaire et l’un des meilleurs mets au monde ? Il faut zuste ze dépêcher de couper le nerf optique, pour que l’humeur aqueuse zoit bien chaude à la dégustazion. Za vaut vraiment le coup. »

Gloria est paralysée. Son sang semble s’être totalement vidé son corps. Elle a froid et sent un puissant frisson lui remonter le long de l’échine. Elle prononce quatre mots d’une voix aiguë et tremblotante :

« Vous êtes complètement fou. »

Mais il ne semble pas l’avoir entendue et continue de parler d’un ton enjoué :

« Enzuite il y a les doigts et les orteils qui peuvent zervir d’amuse-bouche pour l’apéritif. Za ze mange un peu comme des cuizzes de grenouilles. Tu zais, ce dont les franzais raffolent. Je préfère de zolis petits doigts moi. Plus… authentiques. »

Il s’assoit sur un coin de la table, le regard rêveur.

« Ah, zi tu zavais. La viande humaine a vraiment le goût du porc. En plus riche. Mais, comme pour tout animal, il faut choizir une viande de qualité. Z’ai toujours pris une nourriture avec le moins de matière grazze pozzible. Zentir la chair fondre zous la langue. Quel délize. Bien plus fort que le zexe. Crois-moi. »

Alors… c’est pour cette raison que ce cinglé l’a enlevé. Pour la manger. Elle est tombée sur un cannibale, qui dévore les victimes qu’il kidnappe. Elle se souvient qu’elle regardait « Le silence des agneaux » avec son père en gloussant dans le fauteuil. Elle se disait que cela ne pouvait se passer que dans les films. Que ça n’existait pas en vrai. Que l’horreur restait confinée derrière l’écran de la télévision. Mais elle s’est trompée. Et maintenant… c’est son tour.

 

***

 

Jim Anderson, d’un coup de ranger bien placé, fait voler la serrure en éclats et la porte d’entrée s’ouvre à la volée. Le battant rebondit sourdement sur le mur du corridor et Jim se précipite dans le salon en lançant d’une voix tonitruante : « Police ! Que personne ne bouge ! »

La télévision vocifère dans la pièce et Jim entend des rires nasillards fuser du haut-parleur. Un malaise l’envahit quand il passe en courant près du fauteuil au tissu élimé en face du poste, mais il n’a pas le temps d’approfondir son ressentiment. Le suspect est en bas, au sous-sol, peut-être avec la fille.

Il serre encore un peu plus la crosse de son revolver quand il pénètre dans la cuisine et, quand il voit la porte du fond entrouverte d’où s’échappe par l’interstice une lumière chiche, il vérifie bien que la sécurité de son arme est enlevée. L’individu ne l’a pas entendu entrer et crier, la télé va trop fort, tant mieux. Il s’arrête un instant pour reprendre son souffle et sent son cœur qui semble faire des cabrioles dans sa poitrine. Il hésite. Peut-être devrait-il appeler des renforts, là maintenant. Peut-être que Carlos n’est pas loin du secteur et pourrait venir le rejoindre en dix minutes. Il s’apprête à saisir sa radio accrochée à son épaule pour appeler son collègue quand soudain un hurlement féminin retentit. Un hurlement de douleur. Il avait donc raison. C’est bien le kidnappeur. Des points noirs se mettent à danser devant ses yeux et une rage bestiale l’envahit. Il n’a jamais ressentit une colère aussi forte dans sa vie. Même quand sa femme l’a trompé avec son crétin de voisin. Il se dit intérieurement : « Ne la touche pas, espèce de salaud. » puis « J’arrive ma puce ». Et il oublie sa radio et ses renforts. Il fonce vers la porte qui mène aux enfers et se prépare à combattre le monstre qui habite ses lieux. Il est prêt. Il n’a jamais été aussi prêt. Quand il descend l’escalier de bois vermoulu, une détermination féroce se lit sur son visage et, à cet instant, il a vraiment l’air d’un soldat Romain partant à la guerre…

 

 

Pietrus ne peut plus s’arrêter. La nourriture humaine, c’est son domaine. Il ne se sent à l’aise que quand il découpe de larges tranches de chair sur son comptoir. Il imagine déjà faire cuire à feu doux les cuisses de la fille et sa salive s’épaissit dans sa bouche. Il sent déjà l’odeur qui lui montera aux narines. Une odeur de viande grillée, riche en protéine. Il gardera peut-être sa tête en souvenir, car elle est vraiment jolie. Il l’a déjà fait une fois avec une rouquine, mais, une semaine après, elle sentait mauvais et ne ressemblait plus à rien. Cette fois, il fera attention, il la mettra au congélateur comme ça, il pourra venir lui rendre visite chaque soir, à l’insu de sa mère. Sa mère… cette mégère, qui ne lui laisse aucune liberté. A chaque fois qu’il pense à elle, ses pensées s’obscurcissent et il sent une fureur indescriptible l’envahit. Il ne compte plus les disputes avec elle, toujours le cul posé dans son fauteuil, à regarder ses débilités à la télé. Alors il l’évite le plus possible et il sait qu’elle a compris. Les disputes se font plus rares ses temps-ci. Elle finira bien par le laisser tranquille. Une bonne fois pour toute.

Ses pensées reviennent à la beauté assise dans son canapé, les yeux écarquillés. Il ne sait pas pourquoi elle a aussi peur. Après tout, c’est un grand honneur qu’il lui offre. Elle va finir en lui, ingurgité, pour vivre à jamais dans son corps. Il n’a jamais compris pourquoi toutes les filles qu’il a ramenées ici, peut-être une dizaine étaient si désespérées. Mais qu’importe, ça ne le perturbe pas trop.

Il saisit un long couteau à viande et voit la fille se ratatiner dans le canapé quand il lève la lame devant ses yeux. Elle brille à la lumière des bougies et il s’amuse un petit peu avec la petite lumière dorée qu’elle renvoie au plafond. Puis il se lasse et décide de passer à l’action. Il s’approche de la fille, une expression vide sur son visage, et lui balafre rapidement la joue.

« Comme za, les hommes réfléchiront à deux fois avant de te la mettre entre les cuizzes. »

La fille hurle et Pietrus grimace. Il croit qu’elle a mal. Il n’en est pas sûr. Quand il voit le filet de sang rouge clair s’écouler de la plaie, il y pose ses lèvres et aspire bruyamment le fluide. Il adore le sang. Ce goût de fer chaud l’enivre au plus haut point. Mais il faut qu’il fasse attention. Une fois, il en trop bu et il a été très malade. Il a passé la nuit sur le sol de terre à vomir et il a bien cru qu’il allait mourir. Alors cette fois, il se contente de quelques gouttes. Quand il aura vidée la fille, il le fera bouillir et sera bien plus buvable.

Il s’écarte de sa victime, ses lèvres barbouillées d’hémoglobine, et sourit de satisfaction.

« Tu as un zang zucculent ma chérie. Zucrée et tiède. Un délize. Mais pazzons aux choses zérieuses. Z’est le moment de mémorizer tout ze que tu vois pour te zouvenir. Ze vais te prendre tes yeux. »

La fille pousse un nouveau cri et il la gifle violemment. Sa tête part en arrière et revient comme un boomerang pour se poser sur sa poitrine. Il saisit son menton entre ses doigts et approche doucement la lame ensanglantée de son œil droit. Elle ferme immédiatement les yeux et il hausse les épaules « Ca ne fait rien, ça revient au même, je vais découper la paupière avec. »

Le couteau n’est plus qu’à quelques millimètres du précieux organe et son excitation grimpe en flèche. Elle touche la paupière et s’enfonce légèrement quand il entend une sorte de grattement derrière lui. La lame recule un peu et la fille ouvre les yeux. Elle fixe un point au-delà de son épaule et une larme de soulagement coule sur sa joue balafrée pour se mélanger avec son sang.

Pietrus se retourne et il voit un homme derrière lui, un revolver à la main. Il est tellement abasourdi qu’il ne voit pas la fille tomber du canapé et se mettre à ramper le plus loin possible de lui.

« Qu’est-ze que tu fous là toi ? T’es un flic ? »

     — Oh que ouais, répond le type. Et tu jettes ce couteau en mettant les mains en l’air mon gars. Si tu fais le moindre pas, je te mets une balle en pleine tête.

—  Z’est que…

—  T’as gueule ! Mets tes putains de mains en l’air fils de pute ! ca va ma puce ?

—  Je… oui je crois, répond Gloria.

—  Tu as inzulté maman ?

—  Quoi ?

—  Tu as inzulté maman… de pute ?

      — Et alors ? Pour mettre au monde une raclure comme toi, ça doit bien en être une. Putain, bouge pas ! »

Mais trop tard. Pietrus, dans un hurlement de rage pure, envoie la table valser à l’autre bout de la pièce et se jette sur Jim. Le policier tire et la détonation résonne impitoyablement dans le sous-sol. Il a fait mouche et il voit une tache rouge fleurir sur sa chemise en flanelle jaunâtre. Mais ce dernier continu sa course et il ne semble pas avoir senti l’impact. Le choc est violent quand il percute Jim au plexus et ils s’écroulent tous les deux dans la terre grasse. De son côté, Jim sent qu’il perd le contrôle. Toutes ces années de malbouffe et de sédentarité n’ont pas aidées. Il a perdu son calibre et son fusil à pompe lui rentre dans le dos sans qu’il parvienne à s’en saisir. Ses forces diminuent de seconde en seconde et il sent que dans quelques instants, tout sera perdu. Tout ça pour rien… Il résiste encore un peu et, petit à petit, laisse l’homme prendre complètement le dessus.

« Z’ai gagné, gros lard, tu croyais vraiment pouvoir m’arrêter. Regarde-toi. Tu n’avais aucune chanze de… »

Bang !

Une nouvelle détonation claque au-dessus des deux hommes et cette fois-ci, le type en costume s’effondre purement et simplement sur Jim. Il semble extrêmement lourd malgré son aspect efflanqué et Jim à dû mal à le repousser sur le côté. Quand il y parvient, il souffle un grand coup et voit la fille à deux mètres de lui, le revolver à la main, canon fumant. Elle prononce d’une voix épuisée :

« Je n’en pouvais plus d’entendre ce zozotement. » Puis elle s’effondre mollement dans la poussière…

 

***

 

Jim se relève péniblement en suffocant et regarde d’un œil indifférent le corps déjà en train de refroidir à ses pieds. « Quel homme pitoyable », pense t-il. Il regarde cette pièce hideuse qui ressemble à une chambre de torture et ses craintes se confirment quand il voit des mèches de cheveux pendre à une poutre au plafond. « Apparemment, tu avais l’habitude de faire ça. Espèce d’enfoiré. » La télévision projette un rire sinistre dans le salon, au-dessus de sa tête, et il sursaute en portant la main à sa radio. Elle s’est brisée dans sa lutte avec le cannibale et il peste intérieurement. « Merde. Je vais devoir appeler les renforts de la voiture. Une sacrée trotte avec la fille dans mes bras. » La fille. Il admire son courage. Elle ne s’est pas démontée devant ce fou furieux et elle est parvenue à se venger, à juste titre. Elle est maintenant évanouie face à lui et il va doucement la récupérer dans ses bras. Elle ne pèse pas bien lourd et il lui caresse les cheveux d’un geste paternel. La plaie à sa joue est profonde, mais le sang ne coule plus et commence à se coaguler. Lui, de son côté, a l’arcade sourcilière ouverte et, il n’en est pas sûr, peut-être une côte cassée. C’est un moindre mal. Il vient de passer à deux doigts de la mort. Quand la fille se réveillera, il lui apportera un énorme bouquet de fleurs à l’hôpital et ne divulguera jamais à personne le fait que ça soit elle qui a tiré. Il dira que c’est lui qui a ouvert le feu, légitime défense, et ça passera. Il ramasse son arme et ses empreintes s’impriment à nouveau sur la crosse. Voilà qui est réglé. Il se dirige d’un pas maladroit vers les escaliers et, une fois au sommet, des applaudissements crépitent dans le salon. « Cette foutue émission, on dirait qu’ils m’acclament, c’est dingue. » Il traverse rapidement la cuisine, qui ne contient rien d’autre qu’une petite table en formica, et entre dans le salon, où le poste diffuse ses images glauques. Il s’apprête à se rendre dans le corridor quand il remarque, abasourdi, la masse de cheveux grisonnants hérissé de bigoudis roses qui dépasse du fauteuil devant la télévision. Il dépose aussi vite que possible la fille sur la moquette crasseuse et saisit son fusil à pompe. Cette fois, plus question de prendre des précautions. D’un va et vient rapide sur la pompe, il arme le fusil et s’adresse à la femme :

« Madame, c’est la police qui est là. Restez où vous êtes, je viens à vous. Si vous tentez quoi que soit, je vous abats immédiatement. Est-ce clair ? »

Aucune réponse. L’a-t-elle entendue avec cette télé tonitruante ?

« Madame, vous m’avez compris ? »

Elle ne bouge pas d’un pouce. Est-elle sourde ? Possible.

Jim s’avance alors doucement vers elle, le canon pointé sur le dossier du fauteuil et, arrivé à un mètre d’elle, se met à courir brusquement et bondit devant elle, masquant l’écran en noir et blanc du poste.

« Police ! Pas un g… »

Il s’interrompt, choqué. Face à lui, se trouve un squelette brunâtre habillé d’une chemise de nuit à fleurs rongé par les mites. La mâchoire du cadavre momifié pend sur sa gorge décomposée et une main décharnée est posée sur la télécommande, comme si elle gardait un trésor. La lueur fantomatique de la télévision éclaire les orbites vides du squelette, semblant lui donner vie, et Jim presse un peu plus la détente de son arme. Il inspecte encore un peu cette misérable carcasse et voit une entaille dans le sternum qui pourrait correspondre à un coup de couteau. Alors il comprend tout. Il abaisse subitement son arme et hoche la tête d’un air désemparé. Puis, brusquement, il quitte cette scène de cauchemar, remet son fusil en bandoulière et se dirige vers la fille pour la prendre à nouveau dans ses bras.

« Ca va aller ma jolie. C’est fini. On va prendre soin de toi. Tu as été une championne », lui murmure- t-il à l’oreille.

Il s’engage dans le corridor et franchit la porte d’entrée grande ouverte, quittant cette maison maudite…

Une fois dehors, un vent doux lui caresse le visage et une odeur de foin vient remplir ses narines. Il regarde l’orée de la petite forêt à dix mètres de là et il se dit que le retour sera beaucoup plus agréable que l’allée. Un million de fois plus agréable. La fille dans ses bras (il saura plus tard à sa remise de médaille qu’elle s’appelle Gloria) gémit faiblement et passe fébrilement ses mains autour de son cou.

« Merci, chuchote-t-elle. Vous êtes mon héros. »

Elle s’endort de nouveau et Jim lui dépose un léger baiser sur le front.

« De rien, ma chérie. Force et honneur. »

Avant de rentrer dans la forêt pour rejoindre sa voiture de l’autre côté, il s’arrête et contemple le ciel étoilé en souriant.

« C’est une belle nuit d’été », se dit-il.

Les grillons, indifférents aux drames humains de cette planète, chantent toujours…

 

Fin.

 

Romain C.

 

 

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"Tuer une femme c'est comme tuer un poulet, les deux hurlent" - Kenneth Allen McDuff

"Tuer une femme c'est comme tuer un poulet, les deux hurlent" - Kenneth Allen McDuff

Pas eu trop peur?
Envie de connaitre la suite?
Voici donc la version racontée par moi-même.
Estomacs sensibles, passez votre chemin !!

 

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Nuit d'été racontée par Stéphane G.

 

Ernest

 

  Voilà presque une heure que je conduis ma voiture. Ce bolide est si pratique et si confortable que je ne vois pas le temps passer quand je suis au volant. J’aurais pu rouler comme ça encore toute la nuit accompagnée de mon chanteur préféré, Willie Nelson. Mais nous arrivons enfin à la maison. J’ai hâte de présenter Gloria à Mère. J’espère qu’elle lui plaira autant qu’elle me plait.

  Mon véhicule s’engage sur le chemin tapissé de gravier. Les roues émettent un bruit agréable, comme celui de mes souliers sur la neige fraiche. Devant moi apparait la maison familiale. Une simple et noble bâtisse construite par mon grand-père – que Dieu ait pitié de son âme. D’ici, je peux déjà distinguer la lumière du salon par la porte vitrée. Cette soirée va être magnifique, j’en suis persuadé !

  Je gare mon auto près du tracteur. Je peux entendre les coassements des grenouilles dans la marre près du champ de maïs. Les grillons se taisent dès que je fais claquer ma portière. Après quelques secondes, ils reprennent leur symphonie parfaite. Je m’apprête à aller chercher Gloria dans le coffre quand soudain je vois mon propre reflet dans la vitre arrière de la voiture. J’ai une mèche de cheveux qui tombe sur mon front, me donnant un air d’abruti. Pas question que la femme de ma vie me voie comme ça. Hop, je crache dans le creux de mes mains et je plaque tout ça vers l’arrière.

  Quand j’y pense, qu’elle drôle d’idée de l’avoir mise dans le coffre. Elle était si nerveuse et agitée que je n’ai pas osé l’installer près de moi ou bien sur les sièges arrière. Tant pis. Mon coffre est spacieux et j’ai pris soin d’éviter tous les nids de poule sur la route.

  La lune est belle ce soir. Elle éclaire notre jardin et me permet de distinguer la niche de Serrano, notre chien. Bizarrement, il n’est pas venu me faire la fête comme à son habitude. Peut-être est-il dans la maison en compagnie de Mère, essayant de chiper un ou deux morceaux de viande trainant un peu trop au bord de la table.

  Je me tiens devant le coffre, je respire profondément et d’une main tremblante, je l’ouvre lentement. La lueur de la lune vient illuminer l’intérieur de l’habitacle et j’aperçois enfin ma douce. Elle me regarde avec ses gros yeux qui semblent dire « Ernest, tu es l’être le plus charmant qu’il m’a été donné de voir ». Je lui souris en retour et l’attrape par-dessous son épaule gauche pour la soulever et la sortir du coffre. Elle se tient à présent debout à côté de moi. Même avec si peu de clarté, je peux deviner les courbes de son corps et je ne peux m’empêcher d’avoir une érection que je tente si bien que mal de cacher. Il n’est pas encore l’heure de copuler. Nous devons manger avant. Nous ne sommes pas des bêtes, faisons ça avec élégance et romantisme.

  Je la prends par sa main gauche et lui dis d’une voix douce :

   — Ma Gloria, il est l’heure de faire les présentations. Mère nous attend à l’intérieur avec un excellent diner. Ne tardons pas et empressons-nous de la rejoindre pour cette divine soirée qui nous attend.

  Puis, telles deux âmes sœurs, nous marchons au même rythme en direction de la maison.

  Les grenouilles se sont tues pour nous laisser profiter du calme de la nuit qui nous appartient déjà.

 

 

 

 

Gloria

 

 

  J’ai l’impression d’étouffer.

  Je ne sais pas depuis combien de temps je suis enfermé là-dedans. Je pense avoir perdu la notion du temps. Cet endroit est si étroit que j’ai l’impression d’être l’une de ces contorsionnistes que l’on peut voir à la télé dans des numéros de cirque. Et cette odeur. Mon Dieu, quelle puanteur ! Il doit y avoir un animal mort à côté de moi, ou bien une douzaine d’œufs pourris, mais c’est insupportable.

  Ce taré conduit comme un fou. Toutes les deux minutes, la voiture est secouée dans tous les sens. J’ai l’impression que nous roulons sur la lune ou bien dans un terrain de moto-cross. Et en plus de tout cela, nous écoutons la même musique en boucle depuis le départ. Du country, à fond et en boucle. Si l’odeur ne me tue pas, alors c’est cette musique que le fera.

  Soudain, la voiture ralentit. Nous roulons désormais sur des graviers, je peux l’entendre. Puis nous freinons brusquement, si brusquement que je me cogne la tête contre la paroi du coffre.

  Une porte claque et j’entends des bruits de pas qui se rapprochent de moi. Puis plus rien. J’ai envie de hurler, de crier de toutes mes forces, mais ma gorge me fait atrocement mal. J’ai tellement pleuré et gueulé pendant des heures que je suis incapable de faire sortir le moindre son de ma bouche.

  Et dire que la soirée avait si bien commencé. Je m’étais faite si belle pour retrouver mon Mike. Si belle pour lui annoncer qu’en moi grandissait son futur enfant. Tout aurait pu se dérouler comme prévu si je n’avais pas été si conne pour m’arrêter devant cette voiture en panne et demander à ce putain de consanguin s’il avait besoin d’aide. Je n’ai rien vu venir. Je me souviens seulement qu’il semblait me connaitre, car il m’avait appelé par mon prénom puis plus rien.

  Le coffre s’ouvre. Je suis éblouie par la lune qui parait bien plus grosse que d’habitude. Mes yeux commencent à s’habituer à cette clarté et j’aperçois mon kidnappeur en train de me mâter comme un chien mâterait un poulet en train de rôtir. Sa bouche est ouverte et il me fixe sans rien dire.

  Voilà qu’il se penche vers moi et me saisis par mes aisselles. Ce connard me fait mal et je lui fais comprendre en poussant un grognement qu’il ignore totalement. Il me met debout à côté de lui, ce qui est atrocement douloureux pour mes jambes. Après être restée plusieurs heures recroquevillée dans un espace si réduit, le faite de me tenir debout me donne des crampes des fesses jusqu’aux pieds.

  Je regarde tout autour de moi. Il y a une maison affreuse qui parait abandonnée et j’entends des grenouilles et autres animaux nocturnes. Quand je tourne la tête vers lui, je le surprends en train de me dévisager de haut en bas, me dévorant des yeux. Il vient de poser une main sur son entrejambe et se caresse tout en bloquant sur ma poitrine. Un frisson de dégout me traverse. Je m’apprête à partir en courant quand il m’attrape par le poignet et me parle à quelques centimètres du visage, soufflant son haleine puante dans mon nez.

   — Allez, Gloria, z’est l’heure de rentrer à la maison ! Mère nous z’attend pour un zuper diner ! Z’espère que t’as faim, car il te faudra des forces pour me combler toute la nuit !

  J’ai du mal à comprendre ce qu’il vient de dire et j’espère avoir halluciné quand il a mentionné « me combler toute la nuit ».

  Je n’ai pas le temps de répondre qu’il se met en marche en direction de la maison, me trainant derrière lui comme une poupée de chiffon. Mes yeux scrutent le moindre détail dans le paysage. Sur le côté, je distingue une niche surmontée d’un petit écriteau sur lequel y est écrit Serrano.

  Alors qu’on s’apprête à rentrer dans son épouvantable demeure, je remarque qu’un étrange silence vient de s’abattre sur nous. Les grenouilles se sont tues. Elles aussi semblent se cacher de ce fou furieux. La nuit va être longue, très longue.

 

 

 

Ernest

 

 

 Je sens ses petits doigts fragiles au creux de ma main. Elle n’essaye pas de fuir, au contraire. Je pense même qu’elle est impatiente de rencontrer Mère. De toute façon, si elle tentait de s’échapper, elle n’irait pas bien loin. Ici, vous ne trouverez aucune autre habitation à des kilomètres à la ronde. Les routes sont sinistres et sombres, et on peut tomber sur de véritables cinglés ! Elle a de la chance de m’avoir rencontré, oh ça oui !

  J’ouvre la porte de la maison familiale et une délicieuse odeur me monte au nez. Je ferme les yeux un instant et tente de deviner de quoi il peut s’agir. Moutons ? Non non… Oui je sais, de l’agneau ! Cuit avec du vin, des oignons et peut-être des champignons, mais ça, je n’en suis pas sûr. Quand j’ouvre les yeux à nouveau, je surprends Gloria en train de me fixer de son regard de félin. Elle doit se demander pourquoi je me suis arrêté soudainement.

   — Ma Gloria, mon âme sœur. Rentrer dans cette demeure avec toi me fait tourner la tête. Et ces odeurs… sens-tu tous ces parfums ? N’est-ce pas une sorte de romance indescriptible ?

  Mais elle ne me répond pas. Les femmes sont vraiment des créatures mystérieuses !

  Alors que je m’avance de quelques pas et referme la porte, j’entends la voix fluette de Mère résonner dans le couloir.

   — Ernest ? Mon chéri, est-ce toi ?

   — Oui Mère. Je suis rentré et je suis accompagné de ma bien-aimée.

 Je reconnais soudainement le bruit de ses chaussons sur le parquet ciré. Elle accourt pour venir nous saluer. Je me retourne vers Gloria et lui chuchote :

   — Tu verras, Mère est unique. Il n’y a pas deux femmes comme elle sur Terre. Elle va t’adorer, et je termine la phrase d’un clin d’œil.

  La voilà. Habillée de sa plus belle robe à fleurs, elle se présente devant nous. Elle porte autour du cou un tablier de cuisine sur lequel on peut y distinguer des taches de farine. À l’heure qu’il est, la tarte doit être en train de cuire dans le four ! Elle vient me prendre dans ses bras, j’en ai le sang qui monte aux joues. Puis elle tourne la tête en direction de Gloria. Un large sourire se dessine sur son visage.

   — Elle est magnifique mon fils, tu l’as très bien choisie ! Vous formez un couple parfait tous les deux !

   Elle fait signe à ma future épouse de venir contre elle et l’enlace telle une mère câlinerait son enfant. Je les regarde, ému comme jamais. Je ne peux retenir une larme qui s’échappe de mon œil pour venir terminer sa course sur ma joue.

 Puis, un tintement nous fait sursauter. La grande horloge du salon indique qu’il est l’heure de diner. Fini les accolades, j’attrape ma douce par la main et l’emmène dans le salon. Derrière, je sens le regard de Mère posé sur nous.

  Un regard doux, un regard aimant, un regard protecteur.

 

Gloria

 

 

 Mes jambes me font tellement souffrir que je ne peux espérer fuir. En plus d’être trainée comme un chien, ce cinglé me broie les doigts. Il me serre tellement la main que j’ai l'impression que mes phalanges vont bientôt exploser. Je n’ai pas envie de rentrer dans cette maison pourrie. Elle est encore plus effrayante que ce malade. Je veux résister, mais je n’y arrive pas…

  Trop tard. Il vient d’ouvrir la porte et me pousse à l’intérieur. Et là, mon estomac tressaute et une bile acide remonte le long de mon œsophage pour inonder ma bouche. Je dois ravaler le tout pour ne pas vomir sur le sol. L’odeur qui règne ici est tout simplement abominable. Celle du coffre de la voiture n’était finalement pas si horrible si on la compare à celle-ci. Un mélange de viande avariée, de merde et de vomi. Le tout réchauffé, flottant dans les airs comme le parfum d’une tarte chaude. Alors que je grimace et tente de rester en apnée le plus longtemps possible, je regarde mon kidnappeur qui semble s’être endormi debout.

  Ses yeux sont fermés et un petit sourire malsain se forme sur son faciès. Le voilà maintenant qu’il parle tout seul !

   — Du… du…du mouton ? Non z’est pas ça… je ne zais pas… de l’agneau ! Oui c’est ça, z'est de l’agneau. Avec du vin ! Et des oignons, z’adore quand les petits z’oignons craquent sous mes dents ! Hum…. Z’adore ça….

  Puis il ouvre les yeux et tourne la tête vers moi brutalement. Il me regarde en souriant. Je ne sais pas quoi faire ni quoi dire. Il reste là un moment en train de me fixer avec ses yeux vitreux et finalement, me parle.

   — Ma Gloria, ze suis si content d’être izi avec toi, dans ma maison. Et za zent zi bon ! Tu zens ces odeurs ? Hein, tu zens zes bonnes odeurs ?

  Au même instant, il s’approche de moi et fait claquer la porte. Je sursaute. Puis ce sont les hurlements d’une femme qui me font sursauter de nouveau.

   — Ernest !! Bordel de merde, je t’ai déjà dit de pas faire claquer cette porte ! Tu es enfin rentré, c’est pas trop tôt !

  Et voilà que lui aussi se met à gueuler.

   — Oui Mère ! C’est moi, ze suis là ! Y a aussi Gloria avec moi !

  Sa mère. Vu la tronche du fils, je ne veux pas voir à quoi doit ressembler celle qui l’a mise au monde. Mais malheureusement, je ne vais pas tarder à le savoir. J’entends ses pas résonner dans toute la bâtisse. Une démarche lourde et nonchalante. Elle doit déambuler dans le couloir avec des sabots en bois ou quelque chose dans le genre, car je peux sentir les vibrassions de ses pas sous mes pieds.

  Puis je la vois.

  Elle se dresse devant nous, un hachoir à la main. Elle porte une robe de chambre à fleurs et un tablier de cuisine parsemé de taches rouges et marron. Une partie des jambes est visible et je distingue des touffes de poils sur les mollets. Ses cheveux gris lui tombent sur le visage, collant et gras. Elle nous dévisage puis s’approche de son fils et, d’un mouvement brutal, lui colle une gifle en pleine tête. Le bruit résonne dans tout le couloir et le bougre recule de trois pas avant de trébucher et de se rattraper de justesse contre le mur. Il se caresse la joue tout en souriant. Je ne connais pas la raison d’une telle claque, peut-être leur façon de se dire bonjour.

  Puis la vieille peau se retourne vers moi. Je fais discrètement un pas sur le côté et me prépare à recevoir une gifle.

   — Elle va t’aimer, tu vas voir, me dit Ernest accompagné d’un clin d’œil.

  Ses vieilles mains fripées viennent m’attraper par les avant-bras puis remontent vers mon cou, mes joues et l’un de ses doigts à l’ongle jauni contourne mes lèvres lentement. Je ferme les yeux et tente de ne pas pleurer. Je sens soudainement une douleur. Cette connasse vient de me choper les nichons et les pince fermement ! Alors qu’elle relâche la prise, elle balance à son fils :

   — Mouais… pas très en chair celle-là ! T’aurais pu trouver mieux. M’enfin… c’est ton choix.

  Un tintement sourd retentit dans la maison. On dirait le son de l’horloge de ma grand-mère qui chaque heure sonnait, faisant trembler le vieux sol en bois.

  C’est alors que je suis poussée en avant par l’autre cinglé derrière moi. Je m’avance prudemment vers le salon et je peux sentir le regard de la vieille posée sur moi.

  Un regard noir, un regard haineux, un regard malfaisant.

 

 

 

Ernest

 

  Alors que nous nous dirigeons vers le salon pour savourer un divin festin, je ne peux m’empêcher de penser à notre rencontre.

  Ça faisait un bout de temps que je suivais Gloria, discrètement bien entendu. Je l’avais croisée dans l’une des boutiques du centre commercial à la sortie de la ville, vous savez, celui qui est ouvert 24h/24. C’était une boutique de jeux vidéo et je m’apprêtais à acheter une nouvelle mannette  (Mère avait cassé l’ancienne) quand je l’aperçus. Elle portait un petit t-shirt moulant et un de ces leggings à la mode. Peut-être allait-elle au sport ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que sa beauté m’a frappé et à l’instant où je l’ai vu, je me suis dit : une si belle fille dans une boutique de jeux vidéo ? C’est curieux…

  Elle avait acheté plusieurs jeux et était partie avec son sachet à la main. J’ai su qu’elle serait mienne. Il fallait que j’en sache plus sur elle ! Je l’ai donc suivie jusqu’à chez elle et j’ai pu constater qu’elle vivait avec un homme – un blaireau, une petite bite, un fils de pute, je hais cet homme au plus haut point. Son copain – je hais ce type et je hais l’appeler comme ça ! – travaillait dans une banque ou un truc dans ce genre. Elle était encore étudiante. Elle allait à l’université tous les matins. Et tous les matins, je me postais non loin du bâtiment principal de son école et je l’observais discrètement depuis mon bolide. Je me souviens de cette agréable journée de la fin du mois de mai. Elle portait une petite jupe d’écolière à carreaux rouges et blancs et des talons. J’imaginais ses petites fesses sous ce morceau de tissu et Dieu sait que je me suis retenu pour ne pas sortir de la voiture et la prendre sauvagement ici, sur l’herbe devant tous les autres étudiants à la con. Je me suis masturbé et j’ai joui trois fois cette matinée-là. Une fois à la maison, j’ai réfléchi à un plan pour que nous soyons enfin réunis tous les deux.

  J’ai tenté de l’enlever il y a trois semaines. Les cours étaient finis, mais parfois elle se rendait encore à l’université pour faire je ne sais quoi. Alors qu’elle approchait du boulevard Lincoln à pieds, je sortis de mon véhicule et je marchais dans sa direction, prêt à lui bâillonner la bouche et la transporter dans ma voiture. Il ne me restait plus que quelques mètres pour être à sa hauteur lorsqu’une pétasse sur le trottoir d’en face se mit à gueuler. Il s’agissait d’une de ses copines. Les deux se saluèrent et marchèrent ensemble… J’ai dû renoncer à mon plan et c’est avec une énorme colère que j’ai frappé de toutes mes forces dans un panneau sens interdit. Le bruit les alerta et elles se retournèrent dans ma direction. Lorsque Gloria croisa mon regard, je ne pus bouger. J’étais totalement sous le charme, comme envouté. Elle fit une drôle de tête et se remit en marche, un sourire aux lèvres.  

  Après cet échec, j’ai décidé de planifier un autre plan plus élaboré. Je devais m’y prendre le week-end et en soirée. Et surtout, elle devait être seule ! J’ai su par l’intermédiaire de son enfoiré de petit copain – ne me demandez pas comment, vous le saurez bien assez tôt – qu’elle était libre samedi soir, c'est-à-dire aujourd’hui. Elle lui avait donné un rendez-vous pour lui annoncer une nouvelle importante que j’ignore totalement. Bref, j’ai donc sauté dans ma voiture et je l’ai attendue non loin du restaurant où elle était censée aller diner. Je me suis garé en double file, ouvert mon coffre et j’ai fait mine d’être en panne. Quand je l’ai vu arrivé au bout de la rue, dans son petit jean et haut moulant, mon cœur s’est mis à battre à m’en faire jaillir du sang par les oreilles ! Je lui ai fait un signe avec mes bras et je lui ai demandé si elle pouvait m’aider à sortir la roue de secours au fond du coffre. Bien entendu, elle ne s’est doutée de rien.

  Elle s’est penchée légèrement et d’un coup sec et rapide, je l’ai assommée avec un coup de coude bien placé sur la nuque. Elle s’est affalée à moitié dans le coffre et en quelques secondes, je l’avais déjà bâillonnée à l’aide d’un torchon et je prenais la route pour venir chez Mère.

  Tout cela s’est déroulé il y a un peu plus de trois heures. Trois heures durant lesquelles je suis en compagnie de ma douce. Les trois plus belles heures de ma vie, pour l’instant.

 

Gloria

 

  Alors que nous nous dirigeons vers je ne sais où dans cette maison qui sent la charogne, je ne peux m’empêcher de penser à cette histoire et surtout à cette soirée où tout a basculé.

  J’aurais dû me méfier de ce type qui m’accoste dans la rue pour me demander de l’aide, car sa soi-disant roue de secours était bloquée. Pendant que je cherchais à comprendre comment débloquer cette foutue roue, je me suis souvenu de son visage et de la fois où je l’avais rencontré.

  J’ai toujours été assez physionomiste et un tel visage de pouilleux ne s’oublie pas si vite. Il y a quelques semaines, alors que j’achetais deux jeux vidéo pour l’anniversaire de Mike – j’ai horreur de ces trucs-là – j’ai aperçu ce gars qui me fixait comme si j’étais la Sainte Vierge. Pendant que je rejoignais ma voiture dans le parking du centre commercial, j’aurais juré l’avoir revu en train de m’épier parmi la foule. Je me suis dit « encore un puceau qui veut mater tes fesses ma Gloria ! ».

  Il y a trois semaines, je me rendais à mon université pour bosser sur des rattrapages quand j’ai croisé l’une de mes amies sur le trottoir d’en face. Elle m’a rejoint et nous avons fait le chemin ensemble. Mais curieusement, on a entendu un gros bruit métallique juste derrière nous. De peur, on s’est retourné et c’est à ce moment-là que je l’ai revu. Lui et sa tête de pouilleux. Il venait de foutre un coup de poing dans un panneau et nous regardait avec ses gros yeux d’ahuri. Ma copine m’a chuchoté qu’il devait être fini à la pisse, ce qui m’a fait sourire et nous avons continué notre route. Pendant que nous marchions, j’essayais de me souvenir à quel moment j’avais déjà rencontré ce type. Mais impossible de savoir où et quand.

  Et puis, j’ai eu la curieuse impression de l’avoir revu plusieurs fois non loin de mon université dans sa voiture moisie. Mais je ne pouvais pas deviner qu’il s’agissait d’un putain de psychopathe !

  Et ce soir, alors que je marchais en direction du restaurant pour y rejoindre le futur père de mon enfant qui grandit en moi, j’ai été accosté par un mec qui m’a demandé de l’aide pour changer sa roue de secours. Pendant que j’étais là en train de me salir les mains avec son pneu dégueulasse, j’ai d’un coup repensé au magasin de jeux vidéo. Mais je n’ai pas eu le temps de me retourner pour dire quoi que ce soit que soudainement, j’ai senti un choc sur mon cou et ce fut le noir total.

  Quand j’ai ouvert les yeux de nouveau, j’étais dans son coffre qui pue… Et me voilà maintenant ici, après trois heures de calvaire.

  Sans doute les pires heures de ma vie, pour l’instant.

 

 

 

Ernest

 

 

  Nous arrivons dans le salon. Sur les murs, on peut voir nos photos de famille. Moi, Père – que Dieu ait pitié de son âme – et Mère. Dommage que mon petit frère soit mort trop jeune. Nous n’avons aucune photo de lui. Ce fut une atroce période, remplie de tristesse et de désespoir. Mère a voulu conserver son berceau qui trône près de l’armoire au fond du salon. Rien que d’y penser, j’ai les larmes qui montent aux yeux.

  Bref, passons à autre chose. Je suis en compagnie de ma Douce Gloria et je veux profiter de chaque seconde en sa compagnie comme un met délicieux que l'on ne savoure qu’une fois dans sa vie. Je la vois contempler notre magnifique salon avec de gros yeux. Sans doute est-elle surprise de voir autant d’amour dans une seule pièce.

  Mère est repartie dans la cuisine pour finir de préparer le repas. Je lui ai apporté les ingrédients et elle s’occupe de les cuisiner avec ses mains d’experte. D’ici, je peux entendre la cuisson des aliments et j’imagine tous ces petits légumes en train de remuer dans l’eau bouillante tandis que la viande mijote dans sa sauce sous une chaleur de 180°.

  Je demande à Gloria de venir s’installer à table. Ce soir, nous serons côte à côte pour diner. Elle ne parle pas, mais je la comprends. C’est toujours une épreuve déstabilisante de devoir rencontrer sa belle-famille.

  Alors que ma main glisse lentement sous la nappe de la table pour venir se poser sur la cuisse de ma bien-aimée, Mère arrive soudainement dans le salon, les mains encombrées par un plateau rempli de succulentes choses. D’un regard coquin et espiègle, ma Maman me lance d’une voix quelque peu chatoyante. 

   — Ernest ! J’ai vu ta main sous la table ! Attends un peu pour ça. Dans la chambre, vous pourrez faire tout ce que vous voulez, en attendant, on se comporte comme des gens civilisés.

  Et elle termine sa phrase avec un clin d’œil et repart dans la cuisine. Je ne peux m’empêcher de rougir tout en regardant Gloria.

   — Sacrée bonne femme hein ? Elle a toujours le mot pour rire.

  Puis, je saisis délicatement un de ces toasts au saumon que Mère adore préparer pour l’apéritif et je le mène jusqu’à la bouche de mon âme sœur. Ses deux lèvres pulpeuses s’ouvrent lentement et je le dépose sur sa langue. Je la vois fermer les yeux et déguster ce délice.

   — Tu aimes ça, hein ?  J’aime te voir manger. J’aime les femmes gourmandes et qui n’ont pas peur de prendre un peu de poids.

  Je reprends donc trois toasts et les fais pénétrer sensuellement l'un après l’autre dans la bouche de Gloria. Alors qu’elle peine à avaler toute cette nourriture, j’essaye difficilement de cacher mon érection qui prend naissance dans mon pantalon.

  Soudain, j’entends Mère qui crie dans le salon :

   — Chaud devant ! J’apporte le plat de résistance ! Faites de la place sur la table s’il vous plait les enfants.

  Je me lève pour déplacer les plateaux de toasts que je pose sur la table basse du salon en repoussant les divers bibelots que Mère aime collectionner. Il y en a des dizaines. Des petits chats en porcelaine, des petites grenouilles dans toutes les positions, des verres sur lesquels sont imprimés de charmants petits dessins. Bref, le genre d’objet que l’on peut retrouver chez beaucoup de femmes âgées dans le pays.

  La pièce est maintenant noyée dans cette odeur divine de rôti. Le plat est sur la table et un couvercle argenté le recouvre, un service digne des plus luxueux hôtels ! Mère s’assoit face à nous et allonge ses bras sur la table, les mains ouvertes dirigées vers le plafond. Je comprends tout de suite qu’il est l’heure du bénédicité. J’attrape la main de Gloria et je baisse la tête en fermant les yeux.

 — Remercions le Seigneur pour ce repas ainsi que pour tous les autres repas qui nous ont permis de manger à notre faim. Merci pour cette tendre et délicieuse jeune fille qui partage désormais le cœur de mon bien aimé fils. Nous te remercions pour ta bienveillance et nous te saluons, Ô toi Seigneur. Amen.

 — Amen, dis-je après avoir écouté Mère.

  Je lance un regard à Gloria et lui fais comprendre qu’elle doit aussi remercier notre Seigneur. Elle lance un petit « amen » timide et me souris en guise d’excuse. Impossible de lui en vouloir. Elle est si belle.

   — J’espère que tu as faim mon fils, me demande Maman. Il faut des forces pour pouvoir combler sa future épouse, n’est-ce pas Gloria ?

  Mais au lieu de répondre, ma douce et tendre se met à tousser. Elle vient d’avaler de travers son verre d’eau qu’elle était en train de boire. Je lui tapote le dos pour la soulager et lui demande si ça va. Pour la réconforter un peu, je me lève de ma chaise et me place derrière elle pour lui masser les épaules tandis que Mère se prépare à servir le rôti.

   — Gloria, dit-elle, pour cette soirée spéciale, je voulais te servir un diner spécial. J’ai pris beaucoup de plaisir à le cuisiner et tous les ingrédients m’ont été apportés par mon adorable fils Ernest.

  Alors que Mère place ces deux mains sur le couvercle argenté pour le soulever, j’accentue la pression de mes doigts sur les épaules de Gloria. Un massage doit se travailler en profondeur, parait-il.

   —  Et voici le plat de résistance : Rôti de Mike aux champignons et oignons, cuit dans son jus.

  Le couvercle est maintenant posé sur la table. Dans le plateau, la tête de cet enculé d’ex-petit ami de Gloria – c’est en réalité maintenant son ex-défunt petit ami -  et une partie de ses cuisses, le tout posé sur une salade frisée. À la place de ses yeux, deux gros champignons et une tête de persil plantée dans sa bouche ouverte. Son cuir chevelu a disparu et laisse place à un trou rempli d’une mélasse rose et visqueuse dans laquelle trois cuillères sont enfoncées. Une odeur de gibier s’y dégage, je ne peux m’empêcher d’humecter mes lèvres à l’aide ma langue.

  Sous mes doigts, je sens les épaules de Gloria se rétracter puis se relâcher soudainement. Et la voilà qui tombe de sa chaise, les yeux révulsés vers le ciel. Le plat n’a pas l’air d’être à son goût, Mère risque de mal le prendre.

Gloria

 

 

 

Nous arrivons dans le salon. La pièce ressemble à un vide-grenier. Des objets aussi pourris et vieillots que cette baraque trainent dans les moindres recoins. Sur les murs reposent plusieurs portraits de familles. La vieille, ce cinglé et un homme bien plus vieux – peut-être le père ou le grand-père. Je balade mes yeux un peu partout pour tâter le terrain. Je remarque une photographie avec une jeune fille nue en train d’uriner contre un arbre tenant dans sa main droite ce qui ressemble à un chat mort. Ma tête se met légèrement à tourner.

  Ernest regarde devant lui avec de gros yeux. Il a l’air pensif. J’essaye de voir ce qu’il contemple et aperçois un berceau dans lequel semble reposer quelque chose. En m’avançant un petit peu, j’y découvre un squelette d’une taille minuscule. Surement un enfant en bas âge. Il porte un petit bonnet en laine sur sa tête dépourvue de peau et tient un hochet entre ses phalanges blanches comme de l’ivoire. Ma tête se met à tourner de plus en plus.

  Alors que le sol s’effondre lentement sous mes pieds, voilà que mon cinglé de kidnappeur me demande de m’installer à table près de lui. Je ne préfère rien dire et accepter. De toute façon, ai-je le choix ?

  J’entends sa mère qui parle seule depuis la cuisine. Elle fait tomber quelque chose qui résonne dans toute la pièce et se met à gueuler comme une tarée. Pourvu qu’elle s’électrocute ou tombe dans une marmite d’eau bouillante…   

  Soudain, je sens la main d’Ernest se poser sur ma cuisse. Je baisse les yeux et vois ses doigts aux ongles noirs me caresser et remonter doucement vers mon entrejambe. Un frisson de dégout me traverse tel un courant électrique. Alors que je m’apprête à le gifler de toutes mes forces, sa mère fait irruption dans le salon et nous observe sans bouger. Surpris, Ernest enlève sa main immédiatement et la repose sur la table. Sa mère s’avance vers nous avec un plateau rempli de toasts et se met à crier.

   — Espèce de petit con ! Que fais-tu avec ta main sous la table ? Tu veux que je te coupe les doigts ? Hein, c’est ça que tu veux espèce de petite merde ingrate !

  Bouche bée, le voilà qui essaye de dire quelque chose. Il me regarde, puis regarde sa mère et me regarde de nouveau. Mais il n’a pas le temps de se défendre qu’elle se remet à gueuler.

   — Et toi petite salope, tu lui ouvres déjà ta chatte alors qu’on est encore à table ? Petite putain, on ne t’a jamais appris les politesses, hein ? Si je te revois en train de jouer les catins, je t’arrache les seins pour m’en faire un bonnet de bain, tu comprends ?

  Elle pose le plateau sur la table et nous regarde tout en essuyant ses mains grasses sur son tablier.

   — Bouffez maintenant. J’apporte le reste dans cinq minutes. Je vous ai à l’œil.

  Et elle repart dans la cuisine, faisant trembler le parquet à chaque fois qu’elle pose un pied au sol. Je suis terrifiée. Elle est encore plus folle que son fils et sa façon de me regarder pendant qu’elle m’engueulait m’a totalement pétrifié. C’est la voix d’Ernest qui me sort de mon état de léthargie.

   — Ze suis désolé Gloria chérie… Mère est une zacrée femme. Elle a zes principes, mais t’inquiète pas, ze pense qu’elle t’apprécie.

  Bizarrement, je ne l’apprécie pas tant que ça cette bonne femme. Mais je préfère me taire. La situation est déjà très compliquée, je ne dois absolument pas l’empirer.

  Je regarde le plateau sur la table. Il est composé de plusieurs toasts dont j’ignore totalement la garniture. Du poisson ? Ou bien de la charcuterie ? J’ai soudain l’impression que quelque chose vient de bouger sur l’un d’eux. Je retiens ma respiration et essaye de cacher ma répulsion.

  Ernest se jette dessus et en attrape quelques-uns dans ses mains crasseuses avant de se les fourrer directement dans la bouche. Il mâche bruyamment et manque de s’étouffer. Il se met alors à tousser jusqu'à expulser des miettes de l’autre côté de la table. Tout en continuant de mastiquer comme un ruminant, il saisit un toast et le dirige vers moi en faisant l’avion, tel un père apporterait une cuillère de purée à son fils. Mais je refuse d’ouvrir la bouche. Il m’attrape alors par la nuque et essaye de l’enfoncer avec force entre mes lèvres. Le pain s’écrase contre mon menton et mon nez et je sens quelque chose de visqueux et froid contre moi. Il appuie bien plus fort et la douleur m’oblige à ouvrir la bouche.

  C’est immonde. Amer, fort et gluant. J’avale le tout sans trop réfléchir à ce que ça pourrait être. Un haut-le-cœur survient alors et je me retiens de vomir.

   — T’aimes ça, hein ? Z’aime te voir manzer. Tu as l’air gourmande, za me plait bien. Les vraies femmes, y a que za de vrai !

  Je n’ai pas le temps de comprendre ce qu’il vient de me dire qu’il reprend plusieurs de ces toasts horribles et vient me les introduire dans la bouche. Ses doigts rentrent entre mes lèvres et s’enfoncent pratiquement jusqu’à mes amygdales. Je le repousse et crache en même temps. Je pleure et me plie en deux pour essayer de régurgiter cette immondice qui se loge sur ma langue. Pendant que je reprends lentement mon souffle, je l’entrevois en train de caresser son sexe par-dessus son pantalon. Ce salaud aime me voir en train de gerber. 

  Sa psychopathe de mère se ramène et ne peut s’empêcher de hurler.

   — Ernest ! Fais de la place, enlève-moi ce plateau, je me brûle les mains bordel de merde !

  Cette conne porte un plat fumant sans gant ni serviette. Il doit tout juste de sortir du four et elle le tient comme s’il s’agissait d’une simple assiette.

  Son fils se lève et balance le plateau au milieu du salon. Les toasts volent dans tous les sens et s’écrasent au sol, renversant plusieurs objets tous plus moches les uns que les autres.

  Déjà que la pièce sentait le moisi et le renfermé, maintenant il y a une odeur de pourriture depuis qu’elle a emmené son plat. Il y a une espèce de cloche grise par-dessus. Je n’ose imaginer ce qu’elle renferme.

  Sa mère vient de s’asseoir face à moi. Elle lance son bras dans ma direction et attrape ma main. Ernest fait la même chose avec l’autre main. Que se passe-t-il ? Que font-ils ? J’essaye de me débattre, mais leurs doigts exercent une pression de plus en plus forte. Tous les deux ont les yeux fermés à présent et la vieille se met à parler.

   — Merci mon dieu. J’espère que cette fille en vaut la peine. Bénis ce repas. Amen.

   — Amen, dit Ernest.

  Croyants. Ces tarés sont des croyants.

  Voyant que je ne réponds rien après ce lamentable bénédicité, les deux me regardent sans broncher. Le fils prend la parole.

    — Tu dois dire amen ! Après le bénédizité de Mère, on doit dire amen ! Dis-le, sinon elle va s’énerver !

  Je ne veux pas la mettre en colère et me retrouver découpée en petits morceaux dans des sacs poubelles, je lance alors un petit « amen » peu convainquant, mais qui à l’air de leur suffire.

   — Ernest ! T’as intérêt à avoir faim ! Il faut manger pour avoir des forces ! Et des forces, il va t’en falloir si tu veux faire grouiner ta femelle !

  Ces mots résonnent dans ma tête et j’avale de travers ma salive. Que vient-elle de dire cette salope de mégère ? Me faire grouiner ? A-t-il l’ambition de coucher avec moi ?

  Alors que je tousse à m’en fracturer une côte, ce con d’Ernest vient me taper dans le dos, espérant me soulager. Mais ce ne sont pas de gentilles tapes que ferait une mère à son fils, ce sont de réelles claques qui ne vont pas tarder à me décoller la plèvre. Comprenant qu’il vient de me faire mal, il se lève de sa chaise et se place derrière moi. Ses mains granuleuses se posent sur mes épaules et il se met à me masser. Je suis pris d’un profond dégout, mais je tente de rester impassible pour ne pas le vexer.

   — Toi là-bas, me dit-elle. Ernest a insisté pour que je te prépare un plat spécial. C’est lui qui m’a ramené les ingrédients, alors tu me feras le plaisir de bouffer toute ton assiette sinon je te gave comme une oie, compris ?

  J’acquiesce mollement.

  La vieille se lève et attrape la poignée de la cloche qui recouvre le plat. Pendant ce temps, je sens les doigts d’Ernest s’enfoncer plus profondément dans ma peau. Ce n’est plus un massage, mais une séance d’acupuncture ! 

   — Et voici le diner : tête de Mike farci. Bon appétit… Gloria.

  Devant moi se dresse la tête de Mike, mon Mike. Le futur père de mon enfant, celui que j’aime, celui que je devais rencontrer ce soir afin de lui annoncer cette merveilleuse nouvelle.

  Je contemple son visage dont l’expression d’horreur semble s’être figée à jamais sur lui. Et quand j’aperçois la bouillie rose à l’intérieur de son crâne ouvert, un voile noir se met à couvrir ma vue et je perds connaissance.

  Alors que je m’écroule sur le sol, j’entends la vieille se plaindre que le plat n’a pas l’air de me plaire.

 

 

 

Ernest.

 

  Voilà dix minutes que ma Gloria est toujours dans les vapes. J’avoue que la surprise était peut-être un poil trop indécent. Mais je tenais à ce qu’elle sache qu’elle n’avait plus aucune chance de se retrouver avec ce petit merdeux de Mike. Il s’agissait là d’une déclaration d’amour et de guerre. Je suis capable du meilleur comme du pire pour lui prouver à quel point je l’aime. J’espère qu’elle le comprendra tôt ou tard.

  En attendant, Mère et moi-même avons dégusté la marmelade de cervelle, et ça, directement dans le crâne. Un peu comme un gros pot de glace qu’on partagerait entre amis. Ce fut délicieux. Mike fait un peu partie de moi maintenant, Gloria le remarquera-t-elle ? Sentira-t-elle son odeur à travers moi ?

  En tout cas, ça n’a pas été difficile de sortir les vers du nez à ce bon – je devrais dire délicieux - vieux Mike. Je l’ai choppé à la sortie de chez lui hier soir. C’est à ce moment-là qu’il m’a dit qu’il devait retrouver sa petite amie samedi soir, car elle devait lui annoncer une bonne nouvelle. Je me suis chargé ensuite de lui entailler la gorge silencieusement et le foutre dans une bâche sur les sièges arrière de mon bolide. J’ai livré le cadavre à Mère qui l’a ensuite cuisiné avec amour.

  Ah, voilà que mon âme sœur reprend connaissance.

   — Gloria, ma douce et tendre Gloria.

   — Qu’est-ce… qu’est-ce qu’il s’est passé… je… Mike…

   — Mike est avec nous, regarde, dis-je en pointant du doigt sa tête vide qui repose au centre de la table. Mais sa réaction est totalement immature et théâtrale. Elle se met à pleurer et hurler. Elle tente de se lever de la chaise, mais n’y parvient pas. Mère a eu la bonne idée de l’attacher de peur qu’elle essaye de fuir notre maison.

   — Calme-toi ma chérie. Ça ne sert à rien de hurler. Je suis là moi, Mike n’était qu’un petit fils de pute et un bon à rien ! Regarde, s’il t’aimait vraiment, il ne t’aurait jamais laissée seule dans cette rue sombre à la merci du premier homme aux intentions plus que douteuses, tu ne crois pas ?

  Mais elle refuse de m’écouter. Elle renifle, bégaye des mots incompréhensibles, tremble de toute part comme une junkie en manque de crack, pleure… Mes nerfs commencent à lâcher tout doucement. Si ça continue, elle va me couper l’envie de baiser.

   — Gloria… je t’en prie… calme-toi ! Mère ne supporte pas quand on pleure. Elle va se mettre dans tous ses états.

   — Va te faire foutre espèce de taré ! Tu… tu as tué Mike ! Tu l’as tué ! Espèce de monstre, toi et ta putain de mère allez brûler en enfer ! Je vous hais ! Je vous déteste !

  Face à ces mots, je me sens totalement perdu. Je ne l’imaginais pas comme ça. Elle paraissait si douce et si pure. Bon, il est vrai qu’elle vient de vivre un évènement pénible, mais quand même. Traiter Mère de la sorte, une si gentille femme, c’est exagéré. Bien que je découvre une face cachée de ma Gloria, je suis toujours persuadé qu’elle fera une excellente épouse et mère pour mes enfants.   

  J’approche lentement ma main de ses cheveux afin de la caresser pour essayer de la calmer, mais elle essaye de me mordre. C’est à ce moment-là que Mère entre dans le salon. Elle a la tête de ses mauvais jours. La soirée prend une tournure totalement différente de ce que j’avais prévu. Il va falloir passer à l’étape suivante avant que je ne change d’avis.

   — Que se passe-t-il ici Ernest ? Pourquoi hurle-t-elle comme ça ? J’ai l’impression qu’on égorge une truie.

   — Elle… elle fait une crise de nerf on dirait. Je crois que c’était une mauvaise idée le coup de la tête de Mike. Elle n’était pas prête.

   — Je le pense aussi. Écoute mon fils, es-tu sûre que c’est la bonne ? Car si tu as des doutes, on arrête ça tout de suite et tu me la donnes. J’ai encore des boyaux dans la cabane, je peux faire de bonnes saucisses avec elle, tu ne crois pas ?

  Je réfléchis rapidement. Je repense à toutes les fois où je l’ai suivie, aperçue. Toutes les fois où j’ai fantasmé sur elle, rêvé de ce moment. Non. Ça ne serait que du gâchis si je devais m’en séparer maintenant.

   — Mère, c’est la bonne. Laissons-lui le temps de se calmer un peu et je l’emmènerai dans la chambre à coucher.

   — C’est toi qui décides mon fils. Il est temps de passer aux choses sérieuses. Tu sais, quand je me disputais avec ton père, nous mettions parfois du temps pour nous réconcilier. Mais une chose est sûre, c’est qu’il n’y a pas meilleure solution qu’une partie de jambe en l’air pour retrouver la paix dans le ménage.

  Je reste bouche bée. Je tourne la tête vers Gloria, elle s’est un peu calmée. Elle ne crie plus, mais pleure toujours un peu. Parfois, un hoquet l’a fait sursauter sur sa chaise. Elle nous ignore totalement et fixe sans interruption la tête de Mike.

  Mère a surement raison. Le feu ardent de l’acte sexuel lui fera oublier ce petit incident.

   — Tu as raison ! Je l’emmène dans la chambre et je…

   — Non ! Fais-le ici. Montre-moi de quoi tu es capable. Je veux te voir semer la petite graine qui fera de moi une grand-mère. Je veux être fier de toi mon fils.

  À ce moment-là, Gloria ne pleure plus. Elle ne sursaute plus non plus. Elle nous fixe avec d’énormes yeux rougis. Tout comme elle, je suis un peu sous le choc. Une telle requête n’était pas prévue au programme. Mais pourquoi pas, il est temps pour moi de montrer à Mère quel homme je suis !

 

 

 

Gloria.

 

 

  Je ne sais pas combien de temps j’ai perdu connaissance, mais j’ai l’impression d’être passé sous un rouleau compresseur. Ma tête tourne et semble peser des tonnes. J’espérais me réveiller dans mon lit près de Mike et me rendre compte que tout cela n’était qu’un terrible cauchemar, mais non. Je me demandais pourquoi ne m’avait-il pas répondu hier soir lorsque j’avais tenté de l’appeler. J’étais tellement impatiente de lui annoncer cette nouvelle…

 Mais toute cette merde est réelle. Je ne suis pas dans mon lit. Mike ne saura jamais que je porte en lui son enfant. Mais il est là. Enfin, seulement sa tête. Elle est penchée sur le côté et je peux voir que l’intérieur a été vidé. J’essaye de me relever lentement, mais on m’a attaché à la chaise.

   — Gloria, enfin t’es réveillée ! Z’ai eu peur !

  Ce connard d’Ernest se trouve à côté de moi. Il me regarde tout en léchant une cuillère dont les rebords sont roses et luisants.   

   — Qu’est-ce… qu’est-ce qu’il s’est passé… dis-je avec du mal. Mike…

  Puis la réalité me frappe de nouveau. Mike est mort. Je me mets à pleurer et hurler. Je veux me lever de cette saleté de chaise et sortir d’ici en courant, mais je n’y parviens pas.

   — Hey calme-toi ! Faut pas crier. Ze suis là moi. Ton Mike était zeulement un zale fils de pute ! Il n’est même pas capable de se protézer lui-même, alors comment veux-tu qu’il te protèze ? Moi ze…

  Je n’entends rien de ce que demeuré raconte. Je panique comme une folle et tremble comme une feuille. Le monde s’écroule sous mes pieds et je veux seulement mettre fin à toute cette folie.

   — Gloria ! Arrête de gueuler zinon ma mère va z’énerver ! Elle zupporte pas quand on hurle ici dans la maison !

  J’en peux plus. Voilà que ce taré s’inquiète et flippe de la réaction de sa connasse de mère.

   — Va te faire foutre espèce de taré ! Tu… tu as tué Mike ! Tu l’as tué ! Espèce de monstre, toi et ta putain de mère allez brûler en enfer ! Je vous hais ! Je vous déteste !

  Ernest me regarde comme un gosse qui vient de se faire engueuler. Il a perdu toute notoriété et reste la bouche grande ouverte prête à gober les mouches. Il lève sa main vers moi et tente de ma caresser les cheveux. Par réflexe, j’essaye de le mordre. Il prend peur et range des bras sur ses genoux sous la table.

  Au même moment, sa mère entre le salon. Elle me fixe puis pose ses yeux sombres sur son fils. Si elle avait eu deux flingues à la place des pupilles, nous serions morts à l’heure qu’il est.

   — C’est quoi ce bordel ! hurle-t-elle. Pourquoi est-ce que cette catin fait autant de boucan ?

   — Mère… elle… elle fait une crise de nerfs. Elle refuse de m’écouter, ze zais plus quoi faire…

   — Putain ! Ne me fais pas perdre de temps avec cette pouffiasse comme tu l’as fait avec les autres ! Tu m’as fait chier pour que je fasse cuire cette tête à la con qui était dégueulasse en plus, et maintenant tu me dis que cette conne est incapable de se calmer ? Je te laisse trois minutes pour te décider avant que je la transforme en chair à saucisse pour nourrir le chien.

  Ernest ne bouge plus. Sa mère le regarde sans cligner une seule fois des yeux. Je reste passive et contemple cette scène comme si je n’en faisais pas partie. Je n’ai plus une seule larme en moi et ma gorge me fait atrocement mal.

  Mais ce silence ne dure pas. Ernest reprend la parole.

   — Non. C’est la bonne. Ze suis certain que z’est avec elle que ze deviendrai un homme heureux. Et pour le reste auzi…

   — J’espère que tu fais pas une connerie. Elle m’a coupé l’appétit. Passons aux choses sérieuses. Il est temps que tu la fasses gueuler autrement cette petite garce, tu ne crois pas ?

  Ces mots résonnent dans ma tête. Que vient-elle de dire ? Incite-t-elle son taré de fils à me baiser ? Je préfère mourir brûler vive plutôt que de me faire pénétrer par ce putain de consanguin ! Malgré ma panique, je n’arrive pas à crier. Je sursaute seulement sur ma chaise et tente de défaire les liens qui m’y attachent. Devant moi se trouve la tête de Mike. J’aimerais tellement qu’il soit encore là…

   — Tu as raison maman ! Ze vais l’emmener dans la zambre et la...

   — Oh non ! Tu vas rester ici et tu vas la prendre devant moi, ici, sur la table. On va voir si tu as enfin des couilles et si tu baises aussi bien que ton père me baisait. Ça sera un spectacle parfait, n’est-ce pas Gloria ?

  Je ne sursaute plus. Je ne respire plus. Je fixe cette vieille peau dans l’espoir qu’elle nous balance un « je plaisante ! Va donc la baiser dans la chambre ! », mais non, rien ne vient. Elle s’est assise devant nous et croise ses bras sur son tablier crasseux.

  Ernest a l’air aussi surpris que moi, mais un petit sourire sadique se dessine lentement sur son visage.

  Il est temps pour moi leur montrer quelle femme je suis et qu’il ne sera pas si facile de m’avoir à leur botte !

 

    

  

 

Ernest

 

 

 

 

 

  Je me lève de la chaise et après avoir fixé Mère dans les yeux, je me tourne vers Gloria.

  Ça y est, le grand soir est arrivé. Le moment que j’attendais depuis si longtemps va enfin être célébré.

  Et pas de n’importe quelle manière, oh non ! Je vais pouvoir féconder ma promise et ça sous les yeux de Mère. Cela peut paraitre obscène, mais elle pourra être aux premières loges dans la création de mon futur descendant. Je vais devoir m’appliquer afin qu’elle puisse être fière de moi et de sa belle-fille.

   — Mère, je suis prêt, lui dis-je d’une voix rassurée et virile.

  Gloria semble stressée et commence à gesticuler quand elle me voit m’approcher d’elle. À l’aide d’un couteau trouvé sur la table, je coupe les liens qui l’attachent à sa chaise. Elle se lève brusquement et tente de partir en courant, mais je la chope par sa queue de cheval et la tire vers moi. Elle s’effondre dos sur la table, renversant assiettes et autres vaisselles sur le sol.

   — Calme-toi ma Gloria d’amour, calme-toi. Je vais devoir sévir si jamais tu continues à te débattre de la sorte.

  Mais elle n’écoute pas un mot de ce que je lui dis. Elle me griffe et tente me gifler. Je lève les yeux vers Mère et je remarque une once de désespoir dans son regard. Je dois redevenir maitre de la situation.

  J’écrase la tête de Gloria contre la table et la frappe avec mon autre main, le poing serré. Mes phalanges s’enfoncent contre sa joue et je sens ses dents craquer sous le choc. Mais je veux être sûr qu’elle comprenne le message, alors je viens abattre une nouvelle fois mon poing contre son beau et doux visage. Je ne prends aucun plaisir à faire ça, bien au contraire. Faire du mal à celle que j’aime me fait terriblement souffrir. Mais c’est pour son bien, pour notre bien.

  Je relâche sa tête et l’observe. Elle ne bouge plus trop. Elle tente de respirer avec difficulté. Un large filet de sang coule depuis le coin de sa bouche. Ses yeux observent le plafond et ne tardent pas à laisser échapper quelques larmes.

   — Je suis désolé ma chérie, vraiment désolé. Mais je dois le faire ! Nous devons donner la vie !

  Ma testostérone vient de rejaillir en moi tel un volcan en éruption ! De mes deux mains, je viens arracher son t-shirt et l’envoie valser derrière moi. Je découvre son ventre plat qui sautille à chaque respiration. Sa poitrine est maintenue par un soutien-gorge blanc que je ne cesse de contempler. Voilà des semaines que je rêve de découvrir ce corps, de pouvoir jouer avec la moindre parcelle de chair, de pouvoir goûter aux joies de l’interdit et de la luxure. Je n’attends pas une seconde de plus et je saisis mon couteau pour venir découper la bretelle centrale.

  Le soutif tombe de chaque côté, révélant ses seins parfaits. Tels deux aimants, je plaque mes deux mains dessus et les palpe comme deux gros fruits bien mûrs. Mon excitation est à son plus haut point !

   — Glo… Gloria, tu es si sexy… pardonne-moi, mais je ne veux pas perdre de temps avec des choses futiles. Si je ne te pénètre pas maintenant, je risque de jouir dans mon caleçon !

  Je crois qu’elle essaye de me dire quelque chose, mais cela ne m’intéresse pas trop. Je veux seulement la prendre, maintenant et sauvagement. Mon instinct de mâle a pris possession de mon être et je n’arrive plus à contrôler ces pulsions.

  Je me jette sur son pantalon et lui enlève en un temps record. Ses belles jambes douces pendent le long de la table. Je remonte mon regard jusqu’à son entrejambe et aperçois son sous-vêtement. Rose pâle, légèrement transparent.

  Sans m’en rendre compte, je viens de sortir mon sexe de mon jean. Je le caresse lentement tout en savourant du regard cette femme qui est maintenant mienne.

   — Ernest, me lance soudainement Mère. Qu’attends-tu ? Arrête donc de te tripoter comme ça et plante donc cette graine au fond de ta fleur.

  Elle a raison. Je dois arrêter de me masturber et passer à l’action. J’approche mon visage de celui de Gloria et lui dis :

   — Ma douce Gloria, ce soir nous allons nous unir et créer une vie qui prendra forme au fond de toi pour nous combler de bonheur dans neuf mois. Je suis tellement heureux que nous soyons enfin réunis, pour le meilleur et pour le pire.

  Alors qu’une de mes mains vient baisser doucement son string pour que je puisse la pénétrer, je l’entends me chuchoter quelque chose à l’oreille. N’ayant pas compris le moindre mot, je lui demande gentiment de répéter. Elle doit être si heureuse de vivre ça avec moi, je veux absolument qu’on soit en accord total pendant cet acte mémorable.

   — Qu’as-tu dit ma chérie ?

  Tout en approchant mon oreille de sa bouche, la voilà qui hurle à m’en faire péter les tympans.

  — Je suis déjà enceinte espèce de pauvre connard !!

  Je me redresse, mes mains contre mes tempes et je sens une vive douleur prendre naissance dans ma poitrine. Quand je baisse le regard, je remarque un couteau, mon couteau, planté en plein milieu de mon pectoral droit.

  Devant moi, Gloria se trouve debout, totalement nue. Elle tient une fourchette dans sa main et dirige son regard vers mon sexe.

  Au moment où sa bouche ensanglantée se met à sourire, je comprends ce qu’elle s’apprête à faire.

  Et c’est alors que j’entends Mère hurler.

 

 

Gloria

 

 

  Ernest vient de se lever de sa chaise et me fixe avec ses yeux d’abrutis.

  Ça y est, il va surement passer à l’action devant sa mère. Je vais devoir réagir, mais j’avoue ne pas savoir quoi faire.

   — Mère, ze zuis prêt, dit-il.

  Et il s’approche de moi.

  Dans sa main, il tient un couteau qu’il vient de ramasser sur la table. Il approche la lame et coupe les liens qui m’attachent à la chaise. Tel un réflexe de survie, je tente de fuir en courant. Mais à peine ai-je bondi de ma chaise que je sens une main m’agripper par ma queue de cheval. Ce connard me tire la tête en arrière jusqu’à ce que je perde l’équilibre et tombe sur la table. La douleur est fulgurante, j’ai l’impression qu’on vient de me scalper.

   — Calme-toi ! Ze… ze t’en prie ! Zi tu continues, ze vais devoir te faire mal !

  Mais tout ce que cet enfoiré me dit me rentre par une oreille et ressort par l’autre. J’arrive à le choper par le bras et en profite pour le griffer. Une fois sa tête proche de moi, je lance ma main pour le gifler, mais le loupe de peu.

  Je sens la colère qui monte en lui et son regard change. Il m’écrase la tête contre la table et me donne un puissant coup de poing contre ma joue. Je crois qu’une dent vient de se casser dans ma bouche. La douleur m’assomme quelque peu, mais je tente désespérément de retourner la situation à mon avantage. C’est alors que je ressens une nouvelle fois son poing. Et un voile noir tombe sur mes yeux. Ma tête se met à tourner et je n’entends plus qu’un son lointain. J’essaye de respirer, mais l’air semble manquer.

  Je crois qu’il me parle. Je ne comprends pas tout, seulement quelques mots.

   — Ze… chérie. Désolé… donner… vie…

  Alors que j’essaye de déchiffrer ce qu’il vient de me dire, je sens ses deux mains contre ma poitrine. Il me saisit par mon t-shirt et l’arrache violemment. L’air chaud de la pièce vient caresser mon ventre nu. Je frissonne de peur et me concentre pour retrouver ma force et mon esprit. J’ai peut-être un plan en tête, je dois encore attendre un peu.

  Quelque chose de froid rentre en contact avec mon nombril et remonte jusqu’à mon plexus. Son couteau. Ce fou furieux balade la lame de son couteau sur mon ventre. Je serre les dents et redoute le moment où la lame va s’enfoncer dans ma chair, perforant la graisse et les muscles pour venir se loger dans mes organes vitaux. Mais à la place, j’entends seulement un tchak et je comprends alors qu’il vient de couper mon soutien-gorge en deux. Les morceaux de tissus tombent de chaque côté, dévoilant mes seins à ce salopard.

  Ses deux mains froides viennent se poser sur ma poitrine et me les pressent comme deux oranges. Il me pince les tétons et je l’entends parler tout bas.

   — Hum… Gloria… tu es zi sexy ! Ze… ze ne peux plus attendre, ze vais exploser ! Il faut que ze te baise maintenant !

  Il doit attendre encore un peu. Il n’est pas assez proche de moi. Je cherche quelque chose à lui dire, il faut que je puisse l’amadouer pour pouvoir mettre mon plan en action.

   — Attends Ernest… tu veux pas qu’on…

  Mais il ne m’écoute pas. Il se jette sur mon pantalon et l’enlève subitement. Je peux sentir son haleine chaude et puante sur mes jambes. Je l’imagine en train d’observer mon intimité, d’approcher ses doigts poisseux… ou pire encore !

  J’ose baisser le regard vers lui et je le vois en train de me mâter, sa main droite posée sur son sexe sorti de son pantalon.

   — Ernest ! Hurle sa mère. Tu attends quoi ? Arrête de te branler comme un gosse et baise-moi donc cette putain ! Tu veux l’engrosser, oui ou merde ?

  Alors qu’il regarde la vieille d’un air idiot, j’en profite pour saisir son couteau qui était posé sur la table. Je le cache sous mon avant-bras, le manche en direction ma paume de main.  Il tourne la tête vers moi et se rapproche. C’était moins-une !

 — Ma douze Gloria, ze zoir nous z’allons nous unir et créer une vie… un bébé. Tu t’imazines ? Tu zeras la mère de mon enfant et on va être lié enzemble juzqu’à la fin de notre vie !

  Ce fils de pute ignore que je suis déjà enceinte. Ça sera ma petite surprise, à mon tour de jouer un peu.

  Alors que ses mains viennent baisser sauvagement mon string, je lui chuchote quelque chose de façon à ce qu’il ne comprenne rien.

   — Je… déjà… nard…

  Il hausse les sourcils et approche son visage hideux de moi. Son oreille est à quelques centimètres de ma bouche.

   — Tu as dit quoi Glor…

  Il n’a pas le temps de finir sa phrase que je hurle le plus fort possible.

   — JE SUIS DEJA ENCEINTE ESPECE DE PAUVRE CONNARD !!!

  Il se redresse brusquement, les mains sur les oreilles. Son visage est déformé par la douleur. J’en profite pour saisir mon couteau et lui planter en plein milieu de la poitrine. Je veux viser le cœur, mais avec le stress et la précipitation, je loupe ma cible et enfonce la lame dans le pectoral droit. Je sens quelque chose de dur après avoir traversé plusieurs centimètres d’épaisseur de chair.

  Il baisse la tête et ouvre de grands yeux. Un filet de salive coule de sa bouche. Il essaye de parler, mais seuls quelques mots incompréhensibles sortent de sa gorge.

  Je me dresse devant lui et jette un regard à sa mère. Elle vient de se lever et parait totalement perdue. Je crois qu’elle me dit quelque chose, mais je n’entends plus rien. Je pose mes yeux sur la table et prends une fourchette qui trainait là.

  Puis je regarde Ernest. Lui aussi me regarde. Il vient de découvrir la présence de la fourchette dans mes mains. Et quand il remonte son regard vers le mien, je désigne sa bite encore dure.

  Et je souris.

  Je crois qu’il vient de comprendre ce que je m’apprête à faire.

  À ce moment-là, j’entends sa mère hurler. Elle aussi vient de comprendre.

 

 

 

Ernest.

 

 

  Ma poitrine me fait mal.

  Je ne comprends pas pourquoi Gloria m’a poignardé de la sorte. Je pensais que nous étions faits l’un pour l’autre et qu’elle m’avait excusé pour le coup de la tête de son ex-fiancé.

  Mère hurle à nouveau. Je reprends mes esprits et regarde cette femme qui aurait pu faire une mère parfaite.

   — Glor… Gloria… pourquoi m’as-tu fait ça ? Pourquoi…

  Mais elle ne me laisse pas terminer ma phrase qu’elle m’attrape par le sexe. Je sens sa main chaude s’enrouler tout autour. Bizarrement, mon érection n’a pas faibli malgré ce qui vient de se passer.

  Elle baisse les yeux vers mon membre et me parle à voix basse.

   — Ça n’aurait pas pu marcher entre nous, elle est trop petite.

  Sans me laisser l’occasion de répliquer quoi que ce soit, elle plante violemment la fourchette juste en dessous de mon gland. Le temps que la douleur s’imprègne en moi, elle la ressort pour venir l’enfoncer d’un coup sec dans mes testicules. Mes jambes se dérobent et je tombe en arrière, terrassé par une décharge inimaginable.

  Je suis roulé en boule au sol, mes mains posées sur mes couilles qui saignent abondamment. J’ai totalement oublié que j’avais encore un couteau planté dans ma poitrine tellement cette blessure parait insignifiante. J’entends Mère crier puis un bruit d’assiette qui se brise sur le sol. Des pleurs, des insultes et ensuite ce sont plusieurs bruits lourds, comme-ci on tapait sur un tapis pour y enlever la poussière. 

  Mère ne crie plus. Je lève la tête et tente de me remettre debout. J’aperçois Gloria qui se précipite vers la porte d’entrée, toujours nue. Je regarde ses fesses et je m’imagine en train de lui faire subir les pires choses que l’on puisse imaginer.

  La porte vient de claquer, Gloria a fui la maison. Je dois la retrouver et lui faire payer. Cette garce m’a bien eu, elle va le regretter.

  Quand je me relève, je me rends compte que Mère se trouve au sol. Sa tête n’est plus qu’une bouille où s’entremêlent divers os et cheveux gris, le tout noyé dans un liquide rouge foncé. À côté d’elle, un tabouret renversé dont l’un des pieds est recouvert d’une substance gluante. Cette petite salope a tué Mère… dis-je à voix basse.

  La douleur a disparu pour laisser place à la haine. J’enlève le couteau de ma poitrine et le balance contre un mur. Je veux la tuer sans armes. Je veux pouvoir sentir son cœur s’arrêter dans le creux de mes mains.

   — GLORIAAAAA !!!! GLORIAAAAA !!!!

  Je hurle de toutes mes forces et pars en courant de la maison. Je suis toujours à poils et me dirige vers ma voiture. Les pneus sont crevés. Cette pute a crevé mes pneus. Je gueule si fort que le monde entier peut m’entendre.

   — GLORIAAAAA ! Je vais te trouver et bouffer ton gosse sous tes yeux ! Tu m’entends ? Je vais t’étriper !

  Je vais fouiller le moindre centimètre de tout ce patelin, je vais traverser tous ces putains de champs de maïs, je vais trouver cette garce et lui faire comprendre que sa vie m’appartient.

  Ici, elle n’ira pas bien loin.

  Ici, tout le monde me connait et fait partie de la « famille ».

  Ici, elle comprendra ce que le mot souffrance veut réellement dire.

 

 

Gloria

 

 

  Je me sens soudainement bien.

  D’avoir planté ce couteau dans la poitrine de ce taré vient de procurer en moi une sorte de bien-être malsain inexplicable. Le voilà qui me regarde maintenant d’un air apeuré, tel un enfant battu. Espère-t-il une quelconque once de pitié de ma part ?

   — Gloria…. Pourquoi m’as-tu fait za ? Pourquoi…

  Je ne lui laisse pas le temps de me baratiner que j’attrape son sexe et enroule mes doigts fortement tout autour. Bien qu’il ait un couteau logé en lui, ce malade bande toujours. Je regarde son membre et imagine ce qu’il aurait pu en faire avec moi. Je suis pris d’une envie de vomir et ma colère ne cesse de grandir. Je lui dis d’une voix basse :

   — Ça n’aurait pas pu marcher entre nous, elle est trop petite.

  Et je viens y planter la fourchette. Elle pénètre la peau juste en dessous de son gland, faisant résonner un petit chplok humide. Je l’enlève presque immédiatement et d’un mouvement sec et rapide, je viens l’enfoncer au beau milieu de ses couilles. L’effet est immédiat, il s’écroule au sol comme un vulgaire chiffon.

  Sa mère hurle comme un cochon et se dirige vers moi. Je la stoppe en lui balançant une assiette en plein visage. Celle-ci se brise et la vieille tombe par terre de façon grotesque. Je bondis près d’elle et saisis un tabouret en pleine main et lui écrase la gueule avec l’un des pieds. En quelques coups puissants et bien placés, je réduis sa tête en pâtée pour chien.

  Après avoir jeté un rapide coup d’œil sur son psychopathe de fils qui est toujours roulé en boule sur le sol, je sors rapidement de cette maison de dingue sans avoir pris le temps de me rhabiller et j’emporte avec moi un couteau.

  Ma douleur a disparu pour laisser place à la haine. Je traverse l’allée et passe devant sa voiture. J’ai aperçu les clefs tout à l’heure en quittant la maison, elles étaient posées sur une petite table près de la porte d’entrée. Je pourrais lui piquer sa caisse et rouler le plus vite possible jusqu’au poste de police le plus proche. Mais quand je tourne la tête en direction de la bâtisse, j’entrevois la silhouette d’Ernest à travers la fenêtre du salon. Il vient de se relever et sera surement ici dans quelques secondes. Alors, à l’aide de mon couteau, je viens crever tous les pneus du véhicule puis je sprinte à travers le jardin et cours nue sur la route éclairée par la lune. Une voiture finira bien par passer.

  Au loin, j’entends des cris. Ce connard m’appelle, mais je n’y comprends rien à part mon nom. Mes pieds sont meurtris par le macadam tiède, mais je garde l’allure malgré mon souffle qui commence à me faire faux bon. Autour de moi, le silence absolu. J’en profite pour faire une petite pause afin de retrouver ma respiration quand j’entends le vrombissement d’un moteur. Je me jette sur le bas côté et observe. Il s’agit d’un pick-up, rien à voir avec la voiture de mon kidnappeur. Je saute alors sur la route et fais de grands signes avec mes bras.

  La voiture s’arrête à une dizaine de mètres, les phares m’éblouissent au point d’en fermer les yeux.

  Quand la portière s’ouvre, un petit chien en descend et court vers moi, la langue pendante. Il me saute dessus et me griffe légèrement avec ses petites pattes. Tout en lui caressant la tête, je me surprends à pleurer. Je ne m’attendais pas à voir un si gentil petit être vivant après cette horrible soirée que je viens de vivre e compagnie de ces fous furieux.

  Je le prends dans mes bras et m’apprête à aller saluer mon sauveur quand je remarque une petite plaque argentée sur son collier. À voix haute, je lis le nom de mon nouvel ami.

 — Serrano…      

 

 Fin.

 

Stéphane G.

 

 

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Et voilà!

Fin de l'aventure pour Gloria! J'espère que la lecture de ces deux nouvelles vous a plu. Nous avons adoré les écrire et nous entamerons prochainement l'écriture de deux nouvelles histoires.

 

N'hésitez pas à commenter et à partager, c'est toujours très motivant pour nous de voir que nos histoires plaisent.


A  bientôt pour de nouvelles aventures sanguignolentes!

"Dites mois, une fois que ma tête sera tranchée, est-ce que j'entendrais, ne serait-ce que pour un court instant, le son de mon propre sang en train de jaillir hors de mon cou ? Ce serait la plus belle manière d'en finir. "

Peter Kurten AKA "Le Vampire de Dusseldorf"

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