Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le journal d'un esprit libre

Steak Machine - Geoffrey Le Guilcher

Steak Machine - Geoffrey Le Guilcher

Résumé:
Un CV imaginaire, une fausse identité, et un crâne rasé. Steak Machine est le récit d'une infiltration totale de quarante jours dans un abattoir industriel en Bretagne. Geoffrey Le Guilcher a partagé le quotidien des ouvriers : les giclées de sang dans les yeux, les doigts qui se bloquent et les défonces nocturnes. Un univers où, selon un collègue de l'abattoir, "si tu te drogues pas, tu tiens pas". L'usine ciblée par le journaliste abat deux millions d'animaux par an. Une cadence monstrueuse qui mène inéluctablement au traitement indigne des hommes et des animaux.



"La direction a fait disparaître la souffrance animale en la dissimulant derrière un mur."

 

Dans la même lignée que Le peuple des abattoirs, Steack Machine est une investigation dans le milieu des abattoirs, là où l'animal passe de l'état de vivant à celui d'une simple pièce de viande.
Mais entre les deux, il y a un monde. Un monde aux odeurs de sang, de souffrance et de douleur. Car ici, même si les animaux sont les premières victimes de la boulimie des humains, les employés ont aussi leurs lots de supplices : accidents, problèmes physiques et psychologique, blessures, corps meurtris...
Pour faire face à l'absurde demande, le travail s'enchaine. Peu importe si les règles d’hygiène et de sécurité sont respectées, il faut remplir les rayons pour satisfaire la population.

 

Embauché en temps qu'intérimaire dans un abattoir de Bretagne, l'auteur y passera un peu plus d'un mois dans l’absolu anonymat. Car depuis les diffusions des vidéos de la L214 sur la condition des animaux dans ces lieux de massacre, les abattoirs sont devenus de plus en plus vigilants. Il y a certaines vérités que le public ne doit pas connaitre, surtout quand celles-ci touchent leurs assiettes.
Les premiers jours de travail passent, les premières douleurs émergent. Doigts, mains, coudes... Les gestes sont les mêmes. Un coup de couteau pas ici, un autre par là. Il faut être prudent, les accidents peuvent vite survenir.


Et des accidentés, il y en a un paquet ici. Des hommes qui souffrent et bien souvent oubliés par la direction car on ne tolère pas trop les arrêts maladie. Et lorsqu'un incident survient, celui-ci est contesté.
Quand ce n'est pas l'accident qui vous freine, c'est votre santé qui vous lâche. Après plusieurs années dans le métier, les corps sont cassés, déchirés, usés. Et face à cette douleur permanente, les hauts placés font les sourdes oreilles.

Pour survivre ici, il faut accepter la galère. Pour mieux y parvenir, certains tombent dans la drogue, seul moyen pour s'échapper de cette atmosphère poisseuse et puante. Malgré ces conditions plus que pénibles, des amitiés se sont créées. Souffrir à plusieurs, c'est plus simple parait-il.

 

  • Chaque année, l'abattoir où se trouve l'auteur génère près d'un milliard d'euros de chiffre d'affaire et abat deux millions d'animaux.
  • A la journée, cela signifie la mise à mort de 600 bœufs et 8500 porcs aussitôt transformés en carcasses, puis en barquettes dans la semaine.

 

Un excellent ouvrage d'investigation. Aucune phrase moralisatrice, seulement une vérité dure à avaler. Loin des vidéos de la L214, ici les êtres humains y sont présentés comme des victimes d'une machinerie infernale qui pour engraisser son chiffre d'affaire n'hésite pas à passer outre le côté humain, méprisant les règles et n'hésitant pas à balayer d'un revers de la main la souffrance des ses employés.

Et parfois, dans toute cette folie, il arrive que quelqu'un pète les plombs....

 

"(...)la Steak Maichine a encore frappé. Elle fonctionne comme le hachoir à viande en Inox du boucher. Pour faire du steak haché, il faut sans cesse y introduire de la viande et la broyer. D'un côté, le monstre de métal a besoin de quantités astronomiques d'animaux, sa matière première. Bien les "traiter", c'est-à-dire bien les tuer, n'est pas un but en soi. Le but premier, c'est de vendre le plus de viande possible. Face aux vidéos de l'association L214 pouvant effrayer le consommateur, il fallait agir. Mercure a estimé qu'il était moins coûteux de cacher la souffrance que d'essayer de l'éviter. Une attitude répandue. "

 

 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article